La mousson, de Karine Fléjo

La-mousson
La mousson, de Karine Fléjo
Larges baies vitrées, joli parquet, murs d’une blancheur nivale, je tombai immédiatement sous le charme de cet appartement. Et d’ores et déjà d’imaginer comment je pourrais y apporter ma touche nippone et en faire un petit nid soyeux.
Quelques tours de baguette plus tard,  l’Asie et moi avions investi les lieux.
Seulement voilà : qui dit appartement, dit voisin. Et dans mon cas : voisine…
Native d’Extrême-Occident – que d’aucuns nomment Bretagne, ma voisine dut penser que j’avais la nostalgie du pays. Or malgré la dérive des continents amorcée par le réchauffement climatique, il paraissait quelque peu illusoire que la Bretagne s’annexât à Paris, tout du moins avant quelques siècles. Elle eut alors une idée, comment dire… de « Génie » : lessiver son linge et par la même occasion… mon appartement. Une lessive qui, contrairement au slogan publicitaire du produit éponyme, me fit bouillir. Qu’elle eût recréé dans mon appartement un microclimat breton, avec crachin d’eau de lessive,  ne me convenait guère – oui, je sais, je fais parfois montre d’une ingratitude inqualifiable, je vous le concède.
Chaussures, kimonos, dossiers, livres, estampes, éventail, ombrelle nippone, origamis se transformèrent en jonques tandis que je pataugeais dans la rizière. Faute d’avoir été prévenue, je n’avais même pas semé de riz, de sorte que je ne pus espérer la moindre récolte. Je ris jaune. Tout ce que je récoltai les semaines suivantes furent des champignons sur la tapisserie,  mémoire des murs après ces déluges. Un climat humide qui le demeura des mois durant, à l’opposé de celui, sec, de mes relations avec l’occupante du dessus.
 
Désireuse de s’amender après la dure mousson hivernale, dans sa légendaire bonté ma vénérable voisine  m’offrit des vacances exotiques. Je connaissais le camping à la ferme, le camping sauvage, je découvris une formule inédite : le camping dans l’appartement. La formule idéale ! Pas de frais de transport ni de location, pas d’embouteillages sur les routes et dépaysement garanti. Pendant que les ouvriers s’affairaient dans les pièces voisines, je me retrouvai sur mon futon, véritable île autour de laquelle gravitaient d’étranges archipels, tels l’électroménager, le réfrigérateur, la vaisselle, les vêtements, le mobilier, le canapé, les bibliothèques, les bibelots et autres îlots. Une chambre-camping tout en un qui vous évite le moindre effort : tout est à portée de baguette ! Et fini l’air vicié de la capitale, vive l’air vivifiant de la peinture et de la colle ! Quant à vous ennuyer, que nenni, c’est du camping quatre baguettes au guide Michelin, avec animations originales ! Le silence bienvenu lié à la désertion de la capitale par les aoûtiens fait place au concert des coups de marteau, aux chants du grattage, du ponçage, au ballet des ouvriers et de leur matériel. Les v-a-c-a-n-c-e-s !
Les ouvriers partis, vous reconstruisez grain de riz par grain de riz votre antre nippone, et ,l’hiver venu, … votre voisine récidive !
                Vous qui partez en vacances, faites comme moi pour la QUATRIEME année consécutive (oui, quelle injustice, je ne figure toujours pas au livre des records), campez dans votre appartement !
 
P(ériode) S(oldes) : Cède voisine. Affaire à saisir, en cas de canicule, vous serez hydratés !
Copyright Karine Fléjo, juillet 2007

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