Les heures souterraines, de Delphine de Vigan (éditions JC Lattès)

de-vigan

Les heures souterraines, Delphine de Vigan
Editions JC Lattès 2009

« Pourquoi ces rivières

Soudain sur les joues qui coulent

Dans la fourmilière

C’est l’Ultra moderne solitude »

 

Les paroles de Souchon auraient pu accompagner la mélodie de ce récit. Avec justesse, fluidité, sobriété, l’auteur de No et moi revient sur ses thèmes chers : la solitude, la fragilité de l’existence, ces carrefours de la vie où tout peut basculer.

 

Mathilde est cadre supérieure en banlieue parisienne. Chaque jour, sa vie est rythmée par le triptyque « Métro, boulot, dodo ». Jusqu’à ce 20 mai où la répétition devient source de souffrance, insupportable, accablante… Les journées sont d’autant plus longues que ce travail qui la passionnait, qui lui valait reconnaissance et respectabilité, est aujourd’hui un enfer. Sans qu’elle n’ait fait quoi que ce soit qui le justifie, elle se retrouve mise au placard, transparente, quantité négligée et négligeable, dépossédée de toutes ses tâches. Les pratiques délétères sont légion. Brimades, vexations, injonctions paradoxales, isolement de la part de son supérieur, Mathilde tente de survivre à ce harcèlement moral, criblée de doutes, de culpabilité, alternant entre désespoir et colère. L’attaque récurrente de ses compétences, la mise systématique en situation de justification, le climat « persécutoire » finissent par la ronger de l’intérieur aussi efficacement qu’une armée de termites. Ses fondations sont d’une fragilité extrême. Son image d’elle-même très altérée. Et la précarité de l’emploi de générer chez ses collègues les symptômes bien connus du silence, de la surdité et de la cécité. Chacun pour soi, soi pour aucun.

Pour autant, Delphine de Vigan ne rédige pas une diatribe contre le monde de l’entreprise. Car si aujourd’hui ce lieu de travail est devenu pour Mathilde celui de la destruction, c’est grâce à cet emploi que quelques années plus tôt, elle a réussi à trouver un second souffle, à renaître. Mais aujourd’hui, le virage est pris à 180 degrés…

 

Thibault, lui, est médecin au service des Urgences Médicales de Paris. Au quotidien, il est confronté à la détresse humaine, à ses petits et grands maux, à la solitude des habitants des grandes villes qui parfois ne verront que lui dans leur journée. Tous les jours, il lui faut de plus se battre avec les embouteillages, l’urgence, le bruit. Ce 20 mai, il décide de mettre un terme à une relation amoureuse déséquilibrée et donc douloureuse : Lila l’aimait bien quand lui l’aimait tout court. Elle prenait. Lui donnait. Solitude affective, travail harassant, Thibault est usé, vidé. A bout de souffle. A bout de course.

 

Dans cette ville tentaculaire, grouillante, on se prend à espérer que ces deux êtres esseulés aux destins parallèles, aux souffrances et aux espoirs communs se croisent, se rencontrent, et enfin se trouvent. Car tous deux ont à se battre contre deux mêmes personnages, certes incorporels, mais néanmoins très présents et puissants : la ville et l’entreprise. On avance dans le récit avec cette attente fébrile. On suit les protagonistes dans leur course effrénée chapitre après chapitre.

 

Un roman sombre, traité brillamment, sans effet de style ni concession.

Bibliographie :

Jours sans fin, Editions Grasset 2001
Les jolis garçons, Editions JC Lattès 2005
Un soir de décembre, Editions JC Lattès 2005
No et moi, Editions JC Lattès 2007. Prix des libraires 2008

Ouvrages collectifs :

Coeur ouvert in Sous le manteau, Editions Flammarion 2008
Mes jambes coupées, in Mots pour maux, Editions Gallimard 2008

Informations Pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 300
ISBN : 9782709630405

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