Une année étrangère, de Brigitte Giraud (éditions Stock)

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Une année étrangère, Brigitte Giraud
Editions Stock 2009

Dans les années 80, Laura, 17 ans, part comme jeune fille au pair pendant six mois en Allemagne. Elle est reçue par les Bergen, couple avec deux enfants. Une famille germanique que tout semble opposer à la sienne, tant le déroulé de leur vie est en apparence paisible, lent, lisse. Illusion qui se dissipera toutefois. Par ailleurs, très rapidement, on réalise que l’apprentissage de la langue n’est pas le réel motif de sa venue. Car Laura fuit… Elle ne supporte plus l’étau de sa famille détruite par la mort de son jeune frère Léo, mort dont chacun de surcroît rejette la faute sur l’autre. Elle a quitté sa famille en lambeaux pour essayer de faire peau et âme neuves en débarquant dans un pays étranger, là où tous les repères sont nouveaux (langue, environnement, famille), là où tout est à construire. Là où elle espère se reconstruire. « Depuis l’accident de Léo, je ne parviens plus à me sentir exister. Mon corps s’est comme rétracté et mes sens ont reflué si loin que la fille que je suis devenue est une autre, dont les gestes trahissent le désordre qui l’a gagnée. » Mais les 1000 kilomètres qui la séparent du foyer natal suffiront-ils à mettre de la distance avec son indicible douleur ou emporte t-on ses démons avec soi, nichés au creux de notre âme ? L’incommensurable chagrin qui la ronge et sur lequel elle achoppe à mettre des mots restera t-il bloqué à la frontière ? Dans la routine de ce nouveau quotidien, sans parvenir à trouver vraiment sa place, entre tenue de la maison et accompagnement des enfants, elle essaye de s’oublier, d’oublier tout court. Et le personnage de Laura, vulnérable et imprévisible, sauvage et transparent, fort et fragile à la fois, de nous bouleverser.

Avec une acuité absolument remarquable, un style très épuré, Brigitte Giraud nous peint point par point, telle une toile de Seurat, la lente double métamorphose qui opère. Celle d’une jeune fille qui passe de l’adolescence à l’âge adulte. Celle du deuil d’un petit frère tant aimé.

Avec une lenteur et une économie de moyens extrêmes, on s’enfonce dans le roman à l’atmosphère étrange et mystérieuse, la respiration coupée, conscients sans pouvoir les identifier, que d’autres blessures et danger menacent.

Un roman d’une rare intensité dont la douce violence nous enveloppe dès les premières pages pour ne plus nous quitter, y compris la couverture refermée…

 

 Citation p131: « Je me demande ce qui est pire : mourir peut-être bientôt en souriant ou vivre encore sans jamais plus pouvoir sourire ? »


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