Victoria et les Staveney, Doris Lessing

 

65350060

Victoria et les Staveney, Doris Lessing

Editions Flammarion, mars 2010

 

 

Le monde contemporain : une vaste hypocrisie sociale.

 

      Victoria, une fillette orpheline de neuf ans à la peau noire, attend sa tante à la sortie de l’école. Mais cette dernière, hospitalisée en urgence, ne viendra pas. .Une solution  de secours est alors trouvée en la proposition de la famille Staveney d’héberger la petite pour la nuit.  Pour Victoria, c’est le choc des cultures: elle découvre un univers diamétralement opposé au sien, comme seuls jusqu’alors les contes de fée s’en étaient fait l’écho. Tout n’y est qu’abondance, douceur, chaleur, luxe, démesure. L’univers d’une famille aisée de race… blanche.

 

      Cette nuit passée dans un monde presque irréel, celui d’une réussite sociale inaccessible, fantasmée, la hantera longtemps. Et de retourner régulièrement observer de loin, en cachette, ladite magnifique demeure, tandis qu’elle vit désormais dans « l’autre moitié du monde », dans un appartement insalubre, où tous sont entassés les uns sur les autres. Ce monde que Madame Staveney qualifie volontiers de « bas-fonds ».

 

      Deux réalités qui se côtoient mais ne se croisent pas. Pourtant, Victoria, devenue une séduisante jeune femme, caressera à nouveau son rêve en vivant une idylle d’un été avec le plus jeune des fils Staveney. De cet amour naîtra Mary, une adorable petite à la peau caramel, qu’elle commencera par lui cacher. Mais, six ans plus tard, exténuée par les combats auxquels la confronte l’extrême misère, consciente qu’elle ne pourra pas offrir à sa fille l’éducation à laquelle elle pourrait prétendre si elle était élevée dans la famille de son père, elle décide de révéler l’existence de l’enfant aux Staveney.

 

      Une décision lourde de conséquences, où la mère célibataire se retrouve piégée par ses bonnes intentions. Sa fille Mary se trouve en effet confrontée à une situation pénible : celle du choix entre sa famille blanche et sa famille noire. Pour sauver la fillette de la précarité, Victoria devra t-elle payer le prix fort, à savoir risquer de la perdre ? Les Staveney et leur discours humaniste, bien-pensant, sont-ils dans les faits aussi ouverts à la différence que dans leurs propos ? Font-ils montre d’un humanisme sincère ou de charité intéressée ?  Considèrent-ils le métissage comme un exotisme tendance ou la couleur de peau est-elle indifférente ? C’est ce que Doris Lessing s’emploie à dénoncer avec sobriété, sans verser dans le manichéisme ni la caricature, dans ce roman très fort, très engagé. A 91 ans, le prix Nobel de Littérature revient en effet avec cette verve qui la caractérise sur ses combats de toujours: l’hypocrisie sociale, le racisme, l’ambition, la famille.

 

      Une vision désenchantée, cruelle, lucide, contemporaine et juste sur une Angleterre libérale qui tolère tout…tant que chaque monde reste à sa place, à savoir loin de l’autre…

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s