Dans la nuit brune, Agnès Desarthe

Dans-la-nuit-brune-205x300

Dans la nuit brune, Agnès Desarthe

Editions de l’Olivier, 2010

 

  Tandis que le petit ami de sa fille, Armand,  trouve la mort dans un accident de moto, Jérôme se trouve désemparé. Comment aider son enfant que la vie catapulte trop vite, trop brutalement, dans le monde adulte ?« A quoi lui servait-il à présent ? A quoi  servent les parents d’enfants devenus grands ? » Il sait qu’il doit agir, réagir. Or il se sent impuissant, prisonnier de cette forme de léthargie qui est sienne depuis toujours. Comme anesthésié.

Pourtant, cette vie qui stoppe net pour Armand, cette nuit qui l’engloutit à tout jamais, remet en question le mode de fonctionnement de Jérôme. Ce corps qu’on inhume devant lui exhume ses propres blessures. Lui qui jusqu’alors a survécu dans le déni, dans une perpétuelle fuite en avant, est arrêté dans sa course. Réveillé brutalement. Secoué. Et une évidence de se faire jour : la nuit brune qui entoure ses origines doit être à présent percée. L’enfant sauvage trouvé errant à l’âge de quatre ans dans les bois ne peut plus ramper. Il doit se relever. Faire face à son histoire. Comprendre.

Savoir d’où il vient pour envisager où il peut aller.

Il s’enfonce alors dans le dédale intérieur obscur de son passé. Un monologue interne aussi labyrinthique que les bois où, petit, il a rodé, avant d’être trouvé par un couple et adopté. Or Jérôme est épuisé par les combats qu’il lui a fallu mener enfant pour survivre et garder espoir dans la solitude angoissante de la forêt. Seul son corps a gardé la mémoire dont son esprit est dépourvu. Il éprouve ainsi régulièrement en secret le besoin irrépressible de fuir en pleine nature, faisant corps avec la terre, rampant sur les sentiers au milieu des feuillages humides et des racines, respirant les fragrances d’humus. Aujourd’hui, il est exténué. Alexandre, commissaire à la retraite, qui enquête sur la mort d’Armand, décide alors de lui offrir son aide, de remonter pour lui jusqu’à ses racines.

 

Avec limpidité, douceur, sobriété, dans un climat de tension permanent et envoûtant, Agnès Desarthe dissèque avec une finesse chirurgicale  l’âme de ses personnages et la nature de leurs relations au scalpel de sa plume. Le lecteur s’engouffre dans sa nuit brune, sur des sentiers initiatiques surprenants et multiples, avide de voir le jour se faire sur la vérité. Une vérité sombre, mais avec laquelle il faut apprendre à composer. Pour vivre dans la lumière du jour. Enfin.

 

Agnès Desarthe : Dans la nuit brune par Koryfee