L’unique objet de mon désir, de Frédéric Teillard : L’essence des sens

 

9782351761427

L’unique objet de mon désir, de Frédéric Teillard
Editions Galaade, août 2011

 

   L’essence des sens
Quand sa femme Alix lui a proposé d’aller seule chez ses parents lors des fêtes de fin d’année, afin de le laisser se consacrer à l’écriture de son roman, Gilles a approuvé l’idée. Mais il y a ce que l’on imagine, ce que l’on projette… et la réalité.
Et ici les divergences sont doubles. D’une part, Alix ne se rend pas chez ses parents. Sous couvert de bienveillance à l’endroit de son mari, elle va en réalité rejoindre Nino, son amant.
Quant à Gilles, le silence et la solitude qui l’entourent, loin d’être propices à l’imagination, le plongent dans la déprime et l’angoisse de la page blanche. Tiraillé entre la nécessité d’écrire pour des motifs financiers mais aussi d’estime et de reconnaissance, et cette appréhension qui rend son imagination stérile, rien n’avance. L’écrivain se heurte à des écrits vains.
Et c’est contre toute attente chez Alix que va naître cet irrépressible besoin d’écrire, chez Alix que les mots vont naître. Un besoin vital pour mettre à plat le trouble qui l’anime, pour se rapprocher de Gilles tout en étant dans les bras de Nino. Jamais elle n’a passé plus de deux jours auprès de son amant et cette semaine tous les deux sera donc une forme de test. Un test angoissant. Car le désir que cet amour soit un nouveau départ dans sa vie est à la hauteur de sa peur de se bercer d’illusions. Ces journées auprès de son amant seront-elles l’aube d’une nouvelle belle histoire d’amour ou un faux départ? Un feu d’artifice ou un pétard mouillé?

Tandis que Gilles essaye d’écrire une histoire d’amour, Alix en vit une. Mais rien n’est simple pour personne. Le désir affole les sens comme une boussole à l’approche d’un champ magnétique. Chacun perd le nord.

Avec « L’unique objet de mon désir », Frédéric Teillard ne nous offre pas un énième roman sur l’adultère. Il aborde avec brio différents thèmes : la question de l’amour et de la volatilité des sentiments, une réflexion poussée sur les tourments que connaît tout écrivain face à la génèse d’un récit, maintenant le suspens jusqu’à la vertigineuse chute finale. Un roman à deux voix, celle d’Alix et de Gilles, au style efficace, à l’écriture fluide et sensuelle, qui attise le désir de le lire.

Extrait P. 155 : « Je veux conserver cette ferveur, cette fougue, cette tension, te dire je t’aime et non je t’aimerai. Je ne vise pas l’amour à l’horizon, Nino, je tire l’amour à bout-touchant. Je veux pousser un cri de joie, pas murmurer une promesse de bonheur. »

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 15€
Nombre de pages : 184
ISBN978 2 35176 142 7

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Le Karinotron avec … Sophie Simon !

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Au printemps 2011, Sophie Simon nous a offert un recueil de nouvelles absolument savoureux. Onze tableaux de scènes quotidiennes au pays de tous les possibles – le pire comme le meilleur, onze toiles à la Edward Hopper auxquelles elle apporte sa french touch pleine de sensiilité et de tendresse. 

     Onze voyages que je vous invite à faire sans plus attendre sur les ailes de sa talentueuse plume.

Le Karinotron de Sophie Simon :

1- Votre livre de chevet :

« La conscience de Zeno » d’Italo Svevo. Un bijou. Je ne comprends pas qu’il ne soit pas plus connu!


2- Vos lectures :

Cheevers, Carver, Richard Yates, Michael Cunningham, Dashiell Hammett, Pat Conroy, John Irving et des tas d’autres… il me faut toujours un de ceux-là à portée de main… les deux premiers sont mes préférés… une faiblesse pour John Irving.

3- Votre façon d’écrire ?

Mmmm… pas très disciplinée… un peu selon mes humeurs! Je voudrais être comme tous ces écrivains qui se lèvent à l’aube et enchaînent 6 heures d’écriture non stop…ça m’épate! En revanche, je peux revenir 100 fois sur une phrase si elle ne me convient pas parfaitement.

4- Votre rapport aux lecteurs :

… voyons… quand j’écris, j’essaie de me mettre à leur place: suis-je bien claire? Pas trop longue? Ennuyeuse? J’en dis trop? Pas assez? Et quand je rencontre un de mes lecteurs, j’ai envie de lui sauter au coup tant je suis touchée!

5- Votre prochain livre?

 il se situe encore en Amérique! Trois amis d’enfance, l’ambition chevillée au corps, luttent, à leurs façons, pour réussir leur vie.

« Ma psy, mon amant » de Brigitte Kernel : autopsie d’un psy

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Ma psy, mon amant, de Brigitte Kernel

Éditions Léo Scheer, juin 2011

 

Autopsie d’une psy 

      Voilà quatre ans qu’Annie suit une psychothérapie. Plus de deux cents consultations au cours desquelles elle s’épanche sur sa vie, devant la thérapeute par définition totalement neutre dans l’abord des situations et des problèmes. Et pourtant, ce jour-là, tandis qu’elle lui avoue vivre une relation adultérine, sa psy perd sa bienveillante neutralité. Gestes auto-centrés, tremblements, lunettes triturées entre ses mains, un trouble perceptible fend son armure de thérapeute.

      Et Annie de s’interroger. Pourquoi et en quoi ses propos la déstabilisent? Elle décide alors de creuser le sujet, d’entrer un peu plus loin à chaque entretien dans les détails de sa vie intime avec son amant et d’épier les réactions de la psy. Une violation de l’asymétrie des échanges qu’elle trouve jubilatoire. Celle censée l’aider est mise en position de fragilité. Plus elle évoque ses rencontres avec son amant, plus elle génère un mal-être palpable chez l’autre. Un pouvoir excitant, presque machiavélique. Et mystérieux. La psy connaît-elle son amant? A t-elle déjà elle-même eu une relation adultérine ou rêvé d’en avoir? Ce qui est certain, c’est que ce sujet la perturbe. Fortement. Et si rien de personnel de la part de la psy ne doit interférer dans le travail thérapeutique, Annie entend bien dynamiter ce principe de base.

      Jusqu’où ira t-elle pour y parvenir ?

      Cette histoire en trois actes – qui se prête à merveille à une adaptation au théâtre- tient le lecteur en haleine de bout en bout. Une analyse d’une justesse chirurgicale des rapports patient-thérapeute, des projections, fantasmes, transferts, de ces moments fragiles où la vie peut basculer et mener aux frontières de la folie, menée au scalpel de la brillante plume de Brigitte Kernel.

 

p. 16 : « J’avoue, je me réjouissais «  Elle aimerait avoir un amant et elle n’y arrive pas! Tout ce que je lui raconte la ramène à son incapacité à se lancer dans une double vie. C’est vrai, souriais-je en moi-même, que je dois être agaçante à être aussi heureuse dans une situation qu’on juge généralement bancale. »

 

Informations pratiques:

Prix éditeur: 18€

Nombre de pages: 222

ISBN: 9782756 103150

Le fils, de Michel Rostain : prix Goncourt du premier roman 2011

 

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Le fils, récit de Michel Rostain

 

Editions Oh ! 2011

 

Ce récit a reçu le prix Goncourt du premier roman 2011.

 

 

 

On n’a jamais eu un enfant, on l’a toujours (Marina Tsvetaïeva) 

 

Le soir même du drame, un ami l’appelle. « Je ne sais pas si un tel jour tu peux entendre ce que je voudrais te dire, mais j’ai vécu cette horreur il y a quelques années, ce désespoir absolu. Je veux te dire qu’on peut vivre avec ça ». ‘Ça’, c’est l’impensable, l’intolérable, le cauchemar éveillé : la mort de son fils Lion, foudroyé à l’âge de 20 ans par une méningite.

 

Pour mettre à distance sa douleur, l’auteur et père emprunte la voix de son fils. Lion parle ici au papa endeuillé. Il se permet de plaisanter, de le railler, d’évoquer de même son intolérable chagrin. Lion nous décrit avec une ineffable émotion, une infinie pudeur mais aussi beaucoup d’humour et d’ironie comment s’est déroulé le drame, mais aussi les jours précédents, puis la vie sans lui désormais. Du marketing des obsèques à son odeur conservée dans ses effets personnels, en passant par la répartition de ses cendres sur le volcan islandais, le lecteur passe du rire aux larmes, tandis que le sujet, grave s’il en est un,  eût facilement pu verser dans le pathos. Et d’évoquer ces regrets propres à tout deuil, le passage en revue de tout ce que l’on aurait pu ou dû faire, dire, savoir, montrer.

 

 Loin d’être un récit où l’auteur s’asseoit dans un fauteuil de lamentations et pleure sur son sort, ce récit bouleversant est une magnifique ode à la vie. « Chaque jour de vie est pour papa comme une décision de vivre. (…). Maintenant que je suis mort il crie à tout bout de champ « Vive la vie ! » avec un volontarisme fou. Il lui faut crier cela, «  Fiat lux ! ».

 

  Un récit qui fait trembler, car cette mort qui touche un proche peut nous concerner tous, mais aussi et surtout, un livre qui est un cri d’amour d’un père à son fils, nous montrant combien les moments partagés, dussent-ils avoir été trop courts, ont laissé une empreinte indélébile dans le cœur et l’âme de ceux qui restent…

 

  P. 9 : un poème qui illustre parfaitement le propos :

 

Chercher encore des mots

 

Qui disent quelque chose

 

Là où l’on cherche les gens

 

Qui ne disent plus rien

 

 

 

Trouver encore des mots

 

Qui savent dire quelque chose

 

Là où l’on trouve des gens

 

Qui ne peuvent plus rien dire

 

 

 

Erich Fried

 

 

 

Informations pratiques :

 

 

 

Prix éditeur : 15.90€

 

Nombre de pages : 174

 

ISBN : 9782361 070 175

 

 

 

Le Karinotron avec… Marine Bramly !

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Marine Bramly est née en 1969 à Dakar. Fille d’ethnologue, elle a beaucoup voyagé, du Sénégal au pays de Galles, confrontée très jeune à la diversité des milieux, des niveaux sociaux, des coutumes. Elle a été journaliste, notamment au magazine Elleet se consacre aujourd’hui à l’écriture.Son premier roman, Festin de Miettes,paru aux éditions JC Lattès en 2008, a reçu le Prix de l’Héroïne Madame Figaro et le Prix René Fallet.Quant àMon Petit Bunker,son deuxième roman paru en 2011 chez JC Lattès, il évoque un double voyage, destination l’Afrique et le Pays de l’Enfance. Ou comment ce qui peut apparaître comme une enfance merveilleuse peut s’avérer être un handicap à l’âge adulte.

       Merci à Marine Bramly de s’être prêtée avec tant de gentillesse au Karinotron, l’interview en cinq questions :

 

1- Votre livre de chevet : 

Pas vraiment de livre de chevet, juste des lectures qui m’ont marquées. Par exemple : Les Enfants de Sanchez.

 

2- Vos lectures: 

Electrico W, d’Hervé Le Tellier, chez Lattès. Très différent de son épatant Assez Parlé d’amour mais formidable aussi.

3- Votre façon d’écrire : 

J’écris comme on fait une « Barbapapa » : en y revenant sans cesse jusqu’à bien étoffer le bâton.

 

4. Votre rapport aux lecteurs

Autant de lectures différentes d’un même roman que de lecteurs, alors c’est un peu eux aussi qui écrivent les livres. Donc double respect.


5. Votre prochain livre : 

Mon prochain livre ? Pas encore de sujet arrêté.

Le Karinotron avec… Jean-Philippe Blondel !

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  Né en 1964, Jean-Philippe Blondel, enseignant en anglais, est un écrivain prolifique qui publie souvent plusieurs livres au cours d’une seule et même année, que ce soit dans le registre des romans pour adultes ou pour adolescents. Une écriture fluide, telle une mélodie envoûtante, qui emporte le lecteur dès les premières notes, dès les premiers mots.

     « Accès direct à la plage », « 1979 », « Juke -Box », « This is not a love song », « Un endroit pour vivre », « A contretemps », » Au rebond », « Le babysitter », « Blog », « Qui vive? », « G229 », « Replay », ou encore le bouleversant  » Et rester vivant » en cette rentrée littéraire 2011, sont ainsi nés de sa talentueuse plume.

     Si Isaac Newton déplorait que les hommes contruisent trop de murs et pas assez de ponts, Jean-philippe Blondel est à contrario un grand bâtisseur de ponts, nous rappelant que nous faisons tous partie de la même humanité. Tel un caméléon, il se fond dans la peau de ses personnages et nous fait ressentir au plus près leurs émotions, au point que le lecteur se glisse dans ses pages et vibre au diapason de la vie des protagonistes. Chaque récit devient de fait une presqu’île reliée au continent des lecteurs, un magnifique pont d’encre et de papier…

 Le Karinotron de Jean-Philippe Blondel :

 

1-Votre livre de chevet :

 A la ra recherche du temps perdu de Proust – c’est en fait le seul livre que je garde toujours à proximité.

 
2- Vos lectures :

Variées et contemporaines. Environ 80 romans par an, la moitié en anglais, la moitié en français. Derniers coups de coeurs : Le Premier Ete d’Anne Percin, le Turquetto de Metin Artidi, Eleven de M.Watson, Limonov de Carrère.


3-Votre façon d’écrire :

 J’écris une heure par jour, sans exception. J’ écouteen boucle le morceau que j’ai sélectionné pour coller à l’univers du roman que j’ai entrepris. Ecrire une heure par jour, ce n’est pas de la discipline – c’est un plaisir égoiste.

4-Votre rapport aux lecteurs :

La question est vaste. Je suis un auteur discret au succès discret, donc je n’ai pas non plus une boite aux lettres débordante de courrier et c’est tant mieux – mes romans sont plutôt fait pour être murmurés et passés de bouche en oreille.

 5- Votre prochain livre :

Aucune idée. Je suis en période de latence. J’ai beaucoup publié cette année (2 romans en littérature générale, 2 en littérature ado), cela m’a épuisé, et là, j’attends avec sérénité qu’une idée forte advienne. En attendant, je fais mes gammes, j’écris toujours, même si cela ne va nulle part – aucune importance.

Le Karinotron avec… Thierry Cohen !

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Thierry Cohen, directeur de l’agence de communication lyonnaise A. Capella,  est un écrivain français né à  Casablanca. Auteur de trois romans au succès retentissant – J’aurais préféré vivre (éditions Plon, 2007), Je le ferai pour toi (éditions Flammarion en 2009), Longtemps, j’ai rêvé d’elle (éditions Flammarion, 2011) – il a reçu en 2007 le grand prix Jean D’Ormesson pour J’aurais préféré vivre. Un prix qui récompense un roman pour sa capacité à défendre la langue française.

 Traduit en plus de dix langues, les droits de ses romans J’aurais préféré vivre et de Je le ferai pour toi ont été cédés pour des adaptations cinématographiques, respectivement confiés à Gilles Paquet-Brenner  (réalisateur de Elle s’appelait Sarah) et à Gérard Krawczyk (réalisateur de Taxi 2, L’été en pente douce). Celui qui s’ingénie à  » faire vivre les mots, pour qu’ils fassent naître des émotions », partage donc avec brio sa vie entre l’écriture, son métier de chef d’entreprise et sa famille. 

 Le Karinotron de Thierry Cohen :

 

1-Votre livre de chevet :


Pas de livre de chevet en particulier. Je n’ai pas trouvé mon roman lumière !
Ou alors mes classiques : Romain Gary, Michael Cunningham, Isaac Bashevis Singer, Kerouac, etc.

2- Vos lectures :

 
Les derniers jours de Stéfan Zweig de Laurent Seksik.
Les heures souterraines de Delphine de Vigan

3-Votre façon d’écrire :


En me laissant porter par mes émotions. Puis en me moquant d’elles lors de la relecture. Je cède à la spontanéité de mes personnages puis je deviens critique de mon travail et je corrige.

4-Votre rapport aux lecteurs :


Un très beau rapport. C’est sans doute l’un des aspects les plus touchant de l’après-écriture. J’adore la relation que nous entretenons. Je réponds à tous les messages qu’ils (surtout « elles ») m’envoient car je considère que se donner la peine de dire à un auteur ce que l’on a pensé de son roman est un acte d’une gentillesse extrême.
Je discute avec eux, de temps en temps, sur Facebook.
Par contre, je n’aime pas les dédicaces qui ne permettent pas vraiment d’échanger. Je préfère les rencontres, les discussions dans le monde réel ou dans celui plus facile d’accès qu’est le virtuel.

5- votre prochain livre :


Celui que je lirai ? La grande maison de Nicole Krauss
Celui que j’écrirai ? Une histoire assez tourmentée autour d’un suspense… existentiel.

 

Double suspense par conséquent, celui de l’attente de découvrir le prochain roman de Thierry Cohen et l’intrigue qui l’anime !