Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert : Quelle « l’âme de fond » !

 

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Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert

 

Éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2012

 

 

 

      Un samedi matin de juin, le narrateur se réveille brutalement. Non, le bébé n’est pas mort, ce n’était qu’un cauchemar. Non, il ne doit pas prêter attention à ce mauvais rêve. Sa femme est là, à ses côtés, et attend leur premier enfant. Non, il ne va pas se mettre à y voir un sombre présage. Non, non, non… Pourtant, il a beau rejeter cet horrible pressentiment, ce dernier lui revient comme un boomerang.

 

      Et si le présent n’était qu’un éternel recommencement? Car si c’est la première fois qu’il s’apprête à devenir père, sa femme, lors d’une précédente union, a déjà vécu l’indicible horreur : la perte de son petit Ferdinand, alors âgé de cinq jours. «Peur que quelque chose se passe mal, se grippe et compromette sa maternité. A mes appréhensions de devenir père se substituaient plus fortement encore celles de ne pas le devenir. Pour moi, mais surtout pour elle, car je ne voulais pas que le drame qu’elle avait vécu se répète.» 

 

      Elle. Un petit oiseau blessé au fort tempérament. Une fragilité forte. Une femme courage. LA femme de sa vie. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au Pays basque. L’amour fou. Une évidence. Parce que c’était elle. Parce que c’était lui. «Cette beauté discrète et aérienne, à la Verlaine, qui s’impose sans rien qui pèse et qui pose.» Elle sera sa femme et la mère de leurs enfants. Si Dieu le veut… 

 

      Lui. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle tombât enceinte si rapidement après leur mariage. Une grossesse que le futur père vit animé de sentiments contradictoires : une exaltation intense mêlée à l’angoisse de ces nouvelles responsabilités. Poignante échographie de l’âme masculine. 

 

      Et soudain le cauchemar devient réalité. La fausse couche. L’épreuve inhumaine. Pas de péridurale face à de telles souffrances morales. L’heure est à la révolte, à la douleur, à la haine. Colère contre l’acharnement de la vie, colère contre le manque de psychologie tant du personnel soignant qu’administratif, colère contre Dieu. Comment garder la foi? Dostoievski ne disait-il pas que la mort d’un enfant empêche de croire en l’existence de Dieu? Colère mais aussi courage, car il est hors de question de laisser leur désir d’enfant s’échouer sur la grève.

 

 

 

      Avec beaucoup de dignité, une sincérité bouleversante, une force vitale époustouflante, Harold Cobert nous emmène surfer sur les vagues alarmes, les vagues à larmes, cette mère agitée par les tourments de la grossesse, devant laquelle les difficultés veulent s’ériger en brisants, mais qui toujours se relève. Pas d’exhibitionnisme ni de pathos ici, mais le cri d’amour d’un homme pour la femme de sa vie, d’un mari pour son épouse, d’un père en devenir pour son enfant.

 

     On le suit des embruns plein les yeux, de l’eau salée sur les joues. Et… on sourit face à la vie, ce courant si fort, qui nous entraine à nouveau sur la crête des vagues, la tête hors de l’eau. Car la vie reprend son cours. Toujours… 

 

P. 143 : « Il m’arrivait juste de caresser l’idée que si Ferdinand avait été une petite comète, celle ou celui que nous n’avions pas connu avait été une étoile filante. Et tous deux, à leur mesure, laissaient dans notre ciel une trainée de poussière d’étoiles que rien ni personne ne saurait effacer. » 

 

 

 

L’amour en miettes, Catherine Siguret : autopsie du chagrin d’amour

 

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L’amour en miettes, petit abécédaire du chagrin d’amour, Catherine Siguret

Éditions Albin Michel, janvier 2012

 

Autopsie du chagrin d’amour

 

     Avec dix huit millions de célibataires en France, la quête et la perte de l’Autre sont des sujets qui qui interpellent beaucoup. Qui n’a pas vécu un jour, peu ou prou un chagrin d’amour ? Un sujet tant rebattu par la presse, les études sociologiques, la littérature, que l’on pourrait penser avoir tout dit, tout vu et tout lu le concernant. C’est méconnaître ce savoureux ouvrage de Catherine Siguret, écrivain et journaliste, qui apporte un regard neuf, formidablement juste, aussi émouvant que drôle sur le chagrin d’amour.

     Sous forme d’abécédaire, tel un chapelet dont elle égrène les lettres, de A comme Amour à V comme Voeux en passant notamment par D comme désaimer, F comme Facebook, ou P comme Pervers, l’auteur dépeint toute la palette des émotions par laquelle passe l’être quitté. Un tableau complet, riche en couleurs : déchirure, espoir, désillusion, culpabilité, tristesse, colère, pitié, jalousie, haine, soulagement, joie. Touche par touche, comme une toile de Seurat, se dessine la vie sans l’Autre, juste après la rupture déclenchée par ces trois mots tranchants comme la lame d’un sabre « Je te quitte ».

     Un amour dont il ne reste que des miettes que le lecteur peut picorer comme il l’entend, de façon linéaire ou non. « Admettre n’est pas comprendre. Comprendre n’est pas guérir. C’est l’impasse et, au bout de l’impasse, souvent, l’injustice, la colère et la haine. » Un cheminement que l’on suit tantôt avec le sourire (la tablette de beurre ou le gel douche de l’Autre que l’on ne se résoud pas à jeter), tantôt un pincement au coeur, toujours avec admiration pour la justesse de l’analyse.

     Et ce passage par la lettre F comme Facebook d’être particulièrement lucide et savoureux, drôle et terrible à la fois. A l’heure des nouveaux médias et réseaux sociaux, la rupture avec l’Autre, qui suppose de cesser tout contact, de renoncer à le voir, à l’entendre, à savoir ce qu’il advient, devient difficile. Tyrannie des technologies qui rendent compte en quelques clics de ce que fait l’autre, permettent de voir ses photos seul ou avec son nouvel amour sur sa page facebook ou, si on l’a radié de ses « amis », sur la page d’amis communs. Le virtuel entretient le lien que vous vous efforcez de couper dans le réel et sait se montrer machiavélique à souhait.

     Un livre qui se déguste miette par miette ou d’une seule traite, dans l’ordre comme dans le désordre!

 

P45 : « On sait, bien mieux qu’un nouveau-né, ce que l’on perd quand l’Autre nous expulse de son ventre, avec cette douleur en prime, si l’on est quitté et non quittant, qu’il s’agit à nos yeux d’une aberration de la nature. C’est, en fait de naissance, une fausse couche, un avortement forcé si l’on devine que des forceps se cachent derrière la décision prise. »