Lucia Antonia funambule, de Daniel Morvan, aux éditions Zulma : une grâce infinie

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Lucia Antonia, funambule, de Daniel Morvan

Editions Zulma, août 2013

 

Arthénice l’absente. La moitié. Le double. Inconsolable suite à la mort accidentelle de sa jumelle funambule, Lucia Antonia la fait revivre sur le fil de sa plume, sur la scène de ses carnets intimes. Des mots déposés avec grâce sur le papier, pas après pas, au fil des souvenirs, au gré des recommandations à suivre pour un jour reconquérir le fil. Avec leur philosophale amitié pour ombrelle. Un équilibre encore si fragile…

Touche par touche, comme une toile de Seurat, Lucia Antonia peint le portrait d’Arthénice, esquisse les liens merveilleux qui les unissaient, son incommensurable chagrin suite à la chute qui lui a couté la vie. Bannie, depuis l’accident, du cirque crée par son grand-père Alcibiade, accusée de porter malheur à la troupe, la tournée continue sans elle. Recluse sur une presqu’île, entourée de marais salants, d’oiseaux, de silence, Lucia Antonia laisse affleurer à la surface de sa mémoire les couleurs de leur bonheur d’alors, les ténèbres de son chagrin, la lumière de ses espoirs. Car l’espoir demeure, aussi solidement arrimé à son esprit que son fil de funambule l’est aux arbres. Il lui faut transcender la douleur et continuer à avancer sur le fil ténu de la vie. Dans cet oasis de paix, dans un dénuement extrême, où seul l’essentiel a sa place, elle fait la connaissance de Eugénie et Astrée, deux réfugiées africaines d’une sagesse infinie, d’un garçon voilier et d’un peintre…

Avec beaucoup de poésie, dans un style très éthéré, Daniel Morvan nous emmène sur les pas d’une danseuse de corde, entre ciel et terre, entre rêverie et réalité. Un roman d’une délicatesse rare.

P. 115: Je ne serai jamais rassasiée d’elle comme je l’étais de son vivant, ce sera une faim infinie que le silence peut seul tromper. J’en viens à souhaiter de plus dures épreuves, à les rechercher comme si le mal me la rendait plus proche; à m’accuser de trouver du bonheur dans cette douleur, de sorte qu’espérer qu’un jour l’âme s’échappe du corps me semble une lâcheté, comme celle d’un soldat quittant la bataille.

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16,50€

Nombre de pages : 144

ISBN : 978-2-84304-647-6

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Les enfants de la liberté, de Marc Lévy (scénariste) et Alain Grand (scénariste dessinateur) : un magnifique album!

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Les enfants de la liberté, de Marc Lévy (scénariste) et Alain Grand (scénariste dessinateur)

Editions Castermann, septembre 2013

 

Ils s’appellent Claude, Jeannot, Charles, Emile, Boris, Jan, Catherine, Damira, Sophie ou Osna. Ils ne sont encore que des enfants. Et pourtant déjà engagés. Ils répondent à l’appel londonien du général de Gaulle, « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas« ,  tandis que Pétain signe la réddition de bien des espoirs. Ce sont de jeunes paysans et ouvriers du sud-ouest de la France, hommes et femmes, pour la plupart immigrés, entrés en résistance au sein de la 35ème brigade FTP-MOI. Leurs valeurs? Le courage, la fraternité, l’humanisme, la solidarité. Leur credo? « Nous ne nous battons pas pour mourir mais pour la vie » (P.14)

C’est une histoire vraie qu’Alain Grand met brillamment ici en images. Une page de notre Histoire qui met en lumière le parcours d’adolescents toulousains, adolescents qui avec des moyens très faibles et beaucoup d’ingénuité, mais aussi et surtout beaucoup de bravoure, ont résisté aux collaborateurs français et à l’occupation nazie. Attentats, sabotages, confiscation des armes, changement d’identité, la lutte est difficile et incessante. Les représailles terribles. Nombre d’entre eux seront arrêtés, torturés, fusillés ou déportés dans les camps.

Avec des illustrations très vivantes, inspirées des traits des personnages réels, un scénario d’une tension extrême, des personnages indiciblement attachants, Alain Grand nous entraine avec une ineffable émotion sur les pas de ces résistants, dans leur quotidien d’adolescents.

Le combat de l’amour contre la haine. Le combat de la mémoire contre l’oubli. Poignant.

Une bande dessinée magnifique et particulièrement édifiante, avec en fin d’ouvrage des reproductions de documents officiels (carte d’incarcération, tract de la 35ème brigade, tickets de rationnement, témoignage d’un survivant du train fantôme, …).

La Kar’interview d’Elodie Fondacci pour son livre enchanteresque : Ma mère l’Oye (éditions Gautier-Languereau)

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Ma mère l’Oye, de Elodie Fondacci (auteur) et Nicolas Francescon (illustrateur)

Editions Gautier-Languereau, octobre 2013

Livre avec CD audio

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Karine Fléjo : Comment est née cette aventure des histoires mises en musique?

Elodie Fondacci : Cela a d’abord été une émission de radio, sur Radio Classique. Après mon congé maternité, je suis revenue à la radio avec un projet d’émission pour les enfants, avec de nombreuses musiques classiques liées à l’enfance. J’ai proposé d’écrire des textes qui pourraient aller avec ces musiques et surtout de faire ce travail de calage, d’écriture, en mettant des mots là où la musique les fait surgir.

Et un jour j’ai reçu un appel des éditions Gautier-Languereau qui m’ont proposé de transformer ces histoires radiophoniques en livre. Cela a été pour moi la réalisation d’un rêve de petite fille, un cadeau. Sept ouvrages ont ainsi vu le jour jusqu’ici.

Karine Fléjo : La particularité de vos contes musicaux, c’est que ce ne sont pas des alternances de passages racontés et de pages musicales. La narration que vous avez inventée est étroitement liée à la musique, elle l’épouse, vous parlez « avec » la musique. Tout cela fait un ensemble absolument magnifique.

Elodie Fondacci : Chaque musique a imposé une écriture différente. Pour chaque livre.Tout part à chaque fois de la musique. La chance que j’ai de travailler à Radio Classique c’est de pouvoir piocher dans un immense répertoire musical, une discothèque gigantesque. La musique choisie, pour l’histoire, je passe des centaines d’heures à chercher les phrases musicales qui collent parfaitement à la partition. C’est un travail d’orfèvre.

Propos recueillis le 13 septembre 2013

Le livre :

Lorsqu’une petite fille plonge la tête la première, avec son ours en peluche, à l’intérieur de son livre de contes, elle y sauve la Belle au bois dormant, affronte la terrible Carabosse, trouve refuge dans le château de la Bête, et y rencontre le Petit Poucet et ses frères…

Une merveilleuse aventure au coeur des contes de fées, sur la musique de Maurice Ravel. L’univers 3D de Nicolas Francescon est moderne, fort et joyeux. Et toujours la magie d’Elodie Fondacci!

A lire, à offrir !

Informations pratiques :

Prix éditeur : 22,90€

Nombre de pages : 40

ISBN : 978-2013942645

Dilemme, de Patricia Hass-Nivoix

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Dilemme, de Patricia Hass-Nivoix

Editions Kirographaires

Face à la mort accidentelle de leur fils ainé, Franck et Liliane accusent le coup chacun à leur façon. Chacun de leur côté. Lui noie son chagrin dans des flots de travail. Elle se réfugie dans une citadelle de silence. Un chagrin qui fragilise les fondations de leur couple aussi efficacement qu’une armée de termites. Aussi, quand Marie, professeur de leur fils benjamin, offre à Franck son écoute bienveillante, ce dernier l’accepte avec bonheur. Peu à peu, Marie devient bien plus qu’une épaule sur laquelle il vient s’épancher. A ses côtés, Franck se sent revivre.

C’est alors une évidence, Marie sera la femme de sa deuxième vie, la femme de sa renaissance.

Mais les évidences sont parfois trompeuses. Quand trois ans plus tard, Marie tombe enceinte de Franck dont elle partage la vie, c’est avec une indicible fébrilité qu’elle se prépare à lui annoncer la grande nouvelle. Nul doute qu’il partagera sa joie. Nul doute qu’il sera ému. Or Franck a lui aussi une annonce à lui faire…

Dans ce roman rédigé avec une émotion à fleur de plume, Patricia Nivoix évoque tour à tour le deuil, la maladie, le sacrifice, l’amour, la maternité, avec une ineffable justesse. Une histoire émouvante, tendre, des personnages attachants, qui continuent à accompagner le lecteur le livre refermé.

A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16,95€

Nombre de pages : 130

ISBN : 978 2917 6806012

Les savoureuses tribulations d’un fakir, avec Romain Puértolas

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L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA, de Romain Puértolas

Editions Le Dilettante, aout 2013

 

     Qu’un fakir fasse plus de 6 000 kilomètres depuis le Rajasthan pour venir en France, voilà qui n’est pas banal. Que de surcroît la venue de ce fakir soit uniquement motivée par l’achat d’un lit à clous Kisifrôtsipik chez IKEA, voilà qui est carrément atypique. C’est pourtant bien ce que Gustave Palourde, chauffeur de taxi parisien constate, tandis qu’il accueille l’Indien Ajatashatru Lavash – prononcez J’attache ta charrue, La vache – à l’aéroport. Et le chauffeur de taxi d’être sa première victime. Sans argent, le fakir, plus exactement l’escroc hors pair, va d’un tour de passe-passe le payer avec un faux billet. Et les combines de se multiplier. A défaut d’avoir de quoi se payer un hôtel et séduit par l’opulence de mobilier dans l’enseigne suédoise, Ajatashatru décide de passer la nuit dans un des lits en exposition. Mais la suite des évènements lui échappe. L’arrivée impromptue du personnel l’oblige à se cacher précipitamment dans une armoire. Et l’armoire d’être embarquée à bord d’un camion. Et notre fakir à l’intérieur avec…

     C’est alors pour l’Indien le début d’un périple à travers le monde : de la France à la Libye, en passant par l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, à bord de moyens de locomotion tous aussi fous les uns que les autres telle l’armoire ou la montgolfière… Des voyages qui seront de véritables électrochocs, des prises de conscience essentielles. A travers les rencontres qu’il va faire, il va découvrir le monde de la clandestinité, de ceux qui ont tout quitté pour rejoindre un jour « les beaux pays », afin de « pouvoir envoyer de l’argent à leur famille, à leur peuple, pour que leurs enfants n’aient plus ces ventres gros et lourds comme des ballons de basket, et à la fois si vides, pour qu’ils survivent tous sous le soleil, sans ces mouches qui se collent sur vos lèvres après s’être collées sur le cul des vaches. » Il va de même découvrir l’amour, se découvrir une vocation d’écrivain, mais aussi et surtout, aller à la rencontre de lui-même…

     Romain Puértolas nous cloue littéralement avec son humour inénarrable, son imagination débordante et sa verve incroyable. On rit, on s’émeut.

     On applaudit.

Oubliés, de Rebecca Vaissermann, aux éditions Parole Ouverte : un roman brillant

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Oubliés, de Rebecca Vaissermann

Parole Ouverte éditions, aout 2013

Lauréate du concours Jeunes auteurs de L’île aux livres 2013

Quand Romain, 18 ans,  interroge ses proches au sujet de la vie de son grand-père, il se heurte à un silence gêné, voire à de l’agressivité. Loin de répondre à ses questions, ces réactions alimentent son désir de savoir, de comprendre qui était cet homme que son père, orphelin à 7 ans, a si mal connu, ce mari dont sa grand-mère ne supporte pas même la simple évocation, cet aïeul qu’il n’a pas eu la chance de côtoyer.

Il se tourne alors vers Louis, un vieil homme de 86 ans, qui a bien connu son grand-père Jacques. Et pour cause.

Tandis qu’il ne s’est jamais ouvert de ce sujet si douloureux et si cher à personne, Louis accepte, pour le jeune Romain, de faire la lumière sur ces zones d’ombres, de livrer les pièces manquantes du puzzle familial. Pour qu’il puisse se construire en sachant d’où il vient. Pour qu’il sache à quel point son grand-père a compté pour Louis.

Louis et Jacques se sont connus à l’école à l’âge de dix ou onze ans, un peu avant l’Occupation. Très vite, Les deux garçons deviennent inséparables. « Notre amitié s’était faite tout naturellement, jusqu’à ce que nous  constations tous deux que nous étions liés par beaucoup plus que ça, petit à petit, comme une lente infusion de sentiments dont les arômes se développeraient à chaque gorgée. Ensemble nous vivions notre amour mais le cachions aux autres. » (P.12)  Impossible de s’afficher tous les deux, à une époque où cet amour différent faisait scandale. Malgré leur discrétion, leurs sentiments si forts, si vibrants, transparaissent. Et d’être dénoncés. Et déportés.

De retour des camps de concentration, Louis n’aura de cesse de chercher Jacques, dont il est intimement convaincu qu’il a survécu, comme lui, à l’horreur. Le retrouver, reprendre leur histoire d’amour là où elle s’est arrêtée, ne plus se quitter, jamais. Jamais plus. Mais le Jacques qu’il va retrouver sera t-il le même homme? Ses sentiments seront-ils toujours aussi forts à son endroit? Leur couple peut-il se reformer en faisant abstraction de ces mois passés dans les camps, de ces humiliations et de ces tentatives de reconstruction ensuite?

La société d’après-guerre est-elle devenue plus tolerante?

Avec ce premier roman, Rebecca Vaissermann capture le lecteur dans le lasso de ses mots et ne le relâche plus avant la toute dernière ligne. Un style très fluide, une analyse psychologique très fine des personnages, ce roman se vit plus qu’il ne se lit tant l’intimité entre le lecteur et les protagonistes est grande. Extrêmement brillant.

A  lire absolument!!!

Trixie Whitley en concert au Divan du monde à Paris : un talent phénoménal

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En mars dernier, la jeune chanteuse de soul jazz à la voix grave et envoutante, Trixie Whitley, sortait son premier album solo : Fourth corner. Brillantissime. Onze titres que la fille du chanteur et compositeur Chris Whitley a elle-même composés et dans lesquels elle explore une gamme d’émotions autour de quatre thèmes chers : l’amour, la solitude, le bonheur, la colère. En tournée en Europe et aux Etats-Unis pour en assurer la promotion, la jeune belgo-américaine faisait une escale remarquée au Divan du monde, à Paris, la semaine dernière.

Tunique asiatique et pantalon de soie rouge, la grande et fine liane blonde a électrisé la salle dès les premiers accords de guitare. Avec une énergie phénoménale, une aisance scénique époustouflante, une voix extraordinairement puissante pour un corps si gracile,Trixie Whitley et ses trois musiciens – un batteur, un bassiste et un guitariste-, ont enflammé le Divan du monde devant un public averti. S’accompagnant de sa guitare ou du clavier, elle a interprété avec une émotion aussi vibrante que belle les titres de son album ainsi que plusieurs inédits.

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« En tant que compositeur et interprète, je veux aller là où les gens ne m’attendent pas, avec une totale liberté d’expression », revendique t-elle. De fait, Trixie Whitley est une artiste unique. Et indiciblement talentueuse.