La démesure, de Céline Raphaël, aux éditions Max Milo : Quand à la violence des coups s’ajoute celle de la passivité de l’entourage…

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La démesure.Soumise à la violence d’un père.

De Céline Raphaël

Editions Max Milo, janvier 2013

 

      « Tu es pire qu’un chien. » Ces mots cinglants comme des coups de ceinture resteront à jamais tatoués sur son esprit. Des bleus à l’âme pire que ces hématomes dont son corps est recouvert. Invisibles mais ô combien douloureux.
Tout a commencé par l’achat d’un piano. Instrument fascinant pour une fillette de deux ans et demi. Instrument de torture quand il lui faut bientôt y consacrer jusqu’à 45 heures par semaine. Car Céline Raphaël a « la malchance » d’avoir un don pour la musique. Et son père de voir en elle un futur prodige, d’exiger à cette fin qu’elle atteigne la perfection. Quel qu’en soit le coût. Quels qu’en soient les coups..portés sur son corps à renfort de ceinture, de savate, de poings.

      Humiliations, privation de sommeil, de nourriture, à la moindre fausse note dans l’exécution d’un morceau, la partition des sévices s’écrit. Pas de cris, pas de larmes, pas de supplications. La terreur que son père lui inspire balaie toute velléité de rébellion.  » Je découvrais progressivement la peur de l’après et prenais conscience à cet instant là qu’à tout moment je pouvais mourir. Mourir d’angoisse, mourir de douleur, mourir sous les coups. » La jeune fille se réfugie dans un silence soumis. Peur que le moindre mot ne dégoupille la grenade vivante qu’est le père, peur de ne pas être crue si elle parle, peur de décevoir son bourreau. Alors une arme ultime lui parait à même d’alerter son père, de lui faire prendre conscience du mal qu’il lui inflige: l’anorexie. Mais c’est sans compter sur le déni farouche qui anime l’homme.
      Autour d’elle c’est l’omerta. Personne à l’extérieur ne soupçonne ou ne veut voir que l’enfant prodige est victime de telles violences, que chaque concours de piano est remporté au prix d’inhumaines souffrances. Surtout dans un milieu aussi bourgeois que celui où elle grandit. Il faudra la bienveillance et la grande délicatesse d’une infirmière scolaire au lycée pour que le voile se lève peu à peu sur la vérité, pour que la jeune fille brise le silence. Fin du calvaire pour autant? Non. Procédures de justice, hospitalisation, placements divers, il faut à la jeune fille une détermination et un courage inouïs encore et encore. Le parcours d’une résiliente.

Dans ce récit, c’est une sonnette d’alarme que tire Céline Raphael. La maltraitance sur les enfants n’est pas le fait de milieux défavorisés uniquement. Elle sévit partout. Alors pour éviter que deux enfants meurent en France chaque jour des suites directes de la maltraitance, pour briser le silence sur ce tabou, elle crie, elle écrit.  » A présent vous saurez mieux entendre la petite voix qui appelle au secours, la petite musique de la souffrance cachée. »

 

     Pour que la cécité et la surdité feintes cessent chez les témoins d’actes de maltraitance.  Pour qu’à la violence des coups ne s’ajoute pas celle de la passivité de l’entourage.

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