La Kar’Interview de Salvador Macip pour son roman Hipnofobia

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Hipnofobia, de Salvador Macip

Éditions Hachette, collection Blackmoon, mars 2013

Présentation de l’éditeur :

      Lumière blanche. Sol blanc. Le plafond, s’il existe, est blanc lui aussi. Je ne peux pas voir mes mains, attachées dans mon dos, mais elles doivent sûrement être déjà aussi pâles que tout ce qui m’entoure.
Le blanc, c’est le vide. Le vide de la pièce où l’on m’a enfermé. Je suis assis sur une chaise invisible, figé dans l’espace et le temps.
      Ils prétendent que mes pensées n’ont pas de consistance mais ils ne peuvent stopper mon mental. Ils ne savent pas que je les entends. Que je les vois. Je n’ai pas besoin de l’ouïe, ni de la vue, ni d’aucun autre sens.
Plus maintenant. Je peux suivre leurs mouvements de là où je suis.
     Je sais comment ils parlent de moi, comment ils doutent, comment ils se croient en sécurité après avoir coulé ces mètres de béton entre nous.
La voix du docteur M parvient jusqu’à moi aussi clairement que s’il se trouvait à mes côtés : « Nous le gardons en observation depuis déjà trois semaines, et il n’a pas encore dormi. »

 

La Kar’Interview 

Quel est votre parcours?

     J’ai fait des études de médecine. Je suis chercheur et travaille en laboratoire sur la lutte contre le cancer, plus particulièrement sur la mort cellulaire. J’ai commencé à travailler en Espagne dont je suis originaire, puis aux Etats-Unis. Aujourd’hui je suis établi en Angleterre.

Et quand trouvez-vous le temps d’écrire?    

     J’ai toujours écrit. Dans le cas présent, j’ai commencé à écrire ce roman, Hypnofobia, il y a six ou sept ans. Je suis hyperactif, dors peu. Alors j’utilise ce temps pour écrire.

 

Ce qui est fascinant, c’est la façon avec laquelle vous embarquez le lecteur sur des pistes complètement inattendues :

      Quand j’écris un livre, je me mets à la place du lecteur et j’ai envie qu’il prenne du plaisir. Je n’avais pas envie d’un thriller classique, avec un gentil d’un côté et de l’autre, un méchant qu’on arrête à la fin. Ici, les personnages principaux ne sont pas présents tout au long du récit. J’ai voulu que chaque chapitre soit une histoire différente, une pièce du puzzle. Une histoire courte à chaque fois. Et le plus difficile dans l’écriture a été de combiner ces chapitres, de fondre ces petites histoires dans la grande.

      Ce n’est qu’après avoir lu l’intégralité du roman qu’on a une vue globale de l’histoire.

 

Dans votre roman, il n’y a pas de vision manichéenne, avec d’un côté le bien, de l’autre le mal.

       Oui, en effet. Il y a ce passage du récit où je parle de l’École, cette institution où on sélectionne les enfants les plus intelligents pour les formater à devenir des êtres brillants à même de faire le bien ou..le mal. Des enfants à même de devenir des êtres bons ou des monstres. Je montre que finalement, le Bien ne peut pas vivre sans le Mal, ils s’auto-nourrissent. J’aime l’idée de changer la nature des gens, leur but, le pourquoi de leur passage sur terre. Et ce, dès l’enfance.

 

Il y a deux niveaux de lecture dans Hipnofobia.

      Oui, ce que j’ai aimé dans l’écriture de ce livre, c’est d’offrir une lecture à deux niveaux. Le premier niveau est une lecture de divertissement, de loisir. Le second est d’amener le lecteur à s’interroger : s’il avait ce Pouvoir absolu sur les autres, qu’en ferait-il? Il l’utiliserait à faire le Bien ou le Mal? L’utiliserait-il à libérer les gens, à se battre pour la démocratie? Et dans le même temps, si une seule personne a le pouvoir absolu, cela enlève aux autres la liberté de penser et d’agir, on verse dans la dictature… Donc j’aime susciter ces interrogations chez les lecteurs.

 

Peut-on vous qualifier d’auteur subversif au sens premier du terme?

      J’écris des livres pour que les lecteurs s’interrogent. Aussi, si faire réfléchir les gens, c’est être subversif, alors je le suis. Et je le prends pour un compliment. C’est d’ailleurs le propre de mon métier de chercheur de toujours poser des questions, interroger.

 

                                                                                                            Karine Fléjo

                                                                                          Propos recueillis le 22 mars 2013

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