La Kar’interview de Marianne Guillemin au sujet de son livre « Dans la gueule du loup. Mariée à un pervers narcissique. » (Max Milo éditions) : « Il faut fuir. Très vite et loin »

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Le 30 janvier dernier, les Editions Max Milo ont publié le témoignage bouleversant d’une femme, Marianne Guillemin, mariée dix ans à un pervers narcissique. Un récit qui livre une analyse très claire et très précise des mécanismes de la perversion narcissique. Une main tendue aux personnes qui, à ce jour, sont sous la coupe de personnes manipulatrices et ne savent pas comment agir et réagir. Parce qu’il est possible d’en sortir et de se reconstruire. Parce que « L’amour n’est jamais la souffrance. Une vie heureuse ne peut pas se tisser autour d’efforts constants, d’une tension nerveuse permanente, de mensonges pour avoir la paix. Une vie meilleure est toujours possible. Il faut faire des choix, être prête à renoncer à certaines choses matérielles. Mais la liberté est trop précieuse pour être marchandée. » (P.171).

Rencontre avec l’auteur, Marianne Guillemin :

Karine Fléjo : Que souhaitez-vous partager en premier lieu avec vos lecteurs?

Marianne Guillemin : Je voudrais partager une expérience positive, même si l’histoire n’est pas drôle. Afin de montrer qu’il est possible de se sortir des griffes d’un pervers et possible de renouer avec le bonheur. Plus on connaîtra, on vulgarisera ce type de manipulation, mieux on pourra les éviter. Car dans ce domaine, le facteur temps est important. Quand le piège est refermé c’est déjà trop tard. Plus on reste sous l’emprise du pervers plus on mettra du temps à se reconstruire. J’ai tout de même voulu envoyer un message d’espoir…

KF : Si ce témoignage est celui d’une expérience de couple particulière, la vôtre, vous montrez qu’il existe un degré d’universalité dans les relations avec un (e) pervers(e) narcissique, des traits de personnalité que l’on retrouve systématiquement. Quels sont-ils essentiellement?

MG : On retrouve des caractéristiques qui sont : la phase d’intense séduction, qui précède la mise sous emprise, l’aspect «  janus » du personnage qui a effectivement plusieurs facettes dont il joue pour asseoir sa domination. Car il s’agit bien d’une relation de domination. Et l’absence de regrets, d’empathie, de compassion. Même quand il s’excuse, c’est une stratégie de récupération, pas un réel remords…il n’en n’est pas capable.

KF : S’il est possible, d’une certaine manière, de  » codifier »  le profil du manipulateur, peut-on dire qu’il existe de même, selon vous, un profil type de ses victimes? Ou toute personne est-elle une potentielle victime?

MG : Je ne suis pas médecin ni experte en la matière, mais je pense que tout le monde peut tomber dans les filets d’un pervers. Ce qui va différencier les suites de l’histoire c’est que selon votre personnalité ( jeune, manque d’estime de soi dans mon cas) vous allez rester plus ou moins longtemps, et vous aurez plus ou moins d’énergie pour réagir.

KF : Dans ma précédente question, j’emploie le terme de victime, terme restrictif car, vous le démontrez fort justement, une personne sous l’emprise d’un manipulateur ne peut pas ne se considérer que comme une victime si elle veut s’en sortir. Il faut sortir de cette position pour redevenir acteur de sa vie?

MG : Absolument. C’est parce qu’on subit et qu’on est installé dans la survie que l’on ne peut plus réagir. Le jour où on accepte de regarder en face la réalité, on est prêt à reprendre le contrôle de sa vie. Il ne faut pas se victimiser sinon on ne peut pas s’en sortir. Il faut accepter sa part de responsabilité. On a commis une erreur, on a manqué de discernement, certes, mais un jour on décide de réorienter sa vie.

KF : Il est courant, lorsque ce genre de comportement destructeur est révélé à l’entourage, que ce dernier ne comprenne pas qu’une relation de couple ait pu à ce point durer si l’autre est vraiment le manipulateur décrit. A la difficulté d’oser parler s’ajoute pour la victime celle de n’être pas crue. Or comme vous le soulignez fort à propos,  » la vie avec un pervers narcissique n’est pas tissée au rouet du malheur ». Est-ce son côté caméléon, multifacettes qui rend la rupture difficile?

MG : Oui car l’entourage, à qui on n’a bien souvent rien dit, a du mal à y croire. Comment expliquer qu’on a joué la comédie du bonheur en excusant ses absences, ses colères ? Le problème avec lespervers c’est que la vérité semble être de leur côté, le bon droit aussi. Moi, j’avais en permanence l’impression d’être du mauvais côté de la barrière.

KF : Paradoxalement, de prime abord, on a le sentiment que dans pareille relation, la victime se sent coupable, tandis que le manipulateur s’estime dans son bon droit. Il y a inversement des rôles au niveau du ressenti?

MG : Le manipulateur a toujours raison. Tenter de le raisonner, voire de le contrecarrer, génère de la violence et des crises. Donc, au début, on se sent coupable d’avoir provoqué ces crises, par la suite, même si on sait qu’il a tort, on se retrouve en train de lui demander pardon, pour apaiser la crise justement….

KF : Les enfants et surtout le souci que vous avez de leur bien-etre, sont au coeur de ce témoignage. On a le sentiment, notamment depuis les travaux de Françoise Dolto, que l’enfant est considéré comme une personne et donc entendu dans sa souffrance, pris en compte dans ses besoins. Or en vous lisant, il semblerait que ce soit loin d’être le cas lors des procédures judiciaires? 

MG : Je ne suis pas juriste mais je trouve que, malgré les progrès et avancées indéniables, la justice est encore bien démunie devant ce genre de personnalités… et en effet, il me semble que c’est rarement l’intérêt de l’enfant qui est au centre mais plutôt une espèce de paix sociale destinée à apaiser les conflits parentaux et ne léser personne ( ce qui peut avoir un, effet sur les enfants bien sûr)

KF : Si vous n’aviez qu’un seul conseil à donner à une personne sous l’emprise d’un être manipulateur, quel serait-il?

MG : Là encore je ne suis pas experte pour donner des conseils d’autant que je ne les ai pas suivis moi-même ! Mais avec le recul, je dirai : il faut fuir. Très vite et loin. Car les choses ne peuvent pas s’arranger, d’abord parce que lui ne le veut pas. Et quand on connait un proche sous emprise, il faut éviter de juger, ne pas lui conseiller de partir, il faut juste être là, à l’écoute et lui dire que le jour où elle sera prête, on sera là.

                                                                                Propos recueillis le 31 janvier 2014.

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