La tête de l’emploi, de David Foenkinos (éditions J’ai lu) : jubilatoire!!!

La tete de l'emploi

La tête de l’emploi, de David Foenkinos

Editions J’ai lu, janvier 2014

Dans la partition de sa propre vie, tout se passe comme si Bernard n’était qu’un instrument qui joue en dehors de l’orchestre. Ce n’est pas faux, ni feint. C’est candidement à côté. A contretemps. Il faut dire que d’emblée, le prénom dont on l’a affublé à sa naissance le prédestinait à ne pas être en phase avec son époque ni avec la réalité : Bernard. « Avec le temps j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom; il contient la possibilité du précipice. Comment dire? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. Certains prénoms sont comme la bande-annonce du destin de ceux qui les portent. A la limite, Bernard pouvait être un film comique. »(P.11)

Et sans que Bernard n’en ait conscience, le compte à rebours est lancé. Marié depuis 20 ans à Nathalie, rencontrée en chutant à ses pieds, conseillé financier dans une banque parce qu’il a la tête de l’emploi, il se laisse couler sur le long fleuve tranquille de la vie, sans se poser de questions, amoureux de la routine, saisissant de banalité. Jusqu’au jour où leur fille Alice, âgée de vingt ans, quitte le nid familial pour aller en stage à São Paulo. Nathalie et Bernard se retrouvent alors tous les deux face à face. Si ce dernier se complait dans ce quotidien routinier, Nathalie n’y trouve plus l’étincelle du début. Et les ennuis de commencer pour le touchant et gentil Bernard, parti pour collectionner les désastres comme certains les images Panini.

Divorce, chômage, solitude, reconversion, précarité, des thèmes liés à la crise actuelle qui ne prêtent pas à rire ni même sourire… sauf sous la talentueuse plume et avec l’inénarrable humour de David Foenkinos. On suit avec jubilation les péripéties de notre anti-héros, on rit de ce qui d’ordinaire accable, on applaudit la justesse et la délicatesse de l’auteur, on dévore le roman.

Un énorme coup de coeur!!!

P.30 : Les enfants masquent les fissures de nos murs.

P.135 : Aimer vraiment quelqu’un, c’est peut-être ça aussi : lui faire croire qu’on peut surmonter son départ.

P.139 : La souffrance, c’est ne pas oublier ce qui nous a rendus heureux.

P.222 : Il n’est pas nécessaire de vivre concrètement certaines choses tant la densité du moment nous les offre d’une manière souterraine, et peut-être plus forte encore. Comme si la vie était cachée sous la vie.

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