La bête, de Catherine Hermary Vieille : captivant!

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La bête, de Catherine Hermary Vieille

Editions Albin Michel, février 2014

     À la frontière du mythe et de l’Histoire, Catherine Hermary-Vieille revisite la légende de la Bête du Gévaudan en explorant notre part secrète de violence et de bestialité. Un roman fascinant qui sonde les plus obscures pulsions humaines.

     En cette fin du XVIII ème siècle, sur les terres de La Besseyre-Sainte-Marie, village d’une centaine d’habitants en Gévaudan, le loup ne fait plus vraiment peur. On sait qu’il ne s’attaque pas à l’homme mais aux troupeaux, en cas de faim uniquement, et qu’il suffit d’un chien ou du bâton d’un berger pour le faire rebrousser chemin. Non, les craintes alors sont ailleurs. Le danger est moins palpable et donc plus effrayant : esprit malin, forces occultes, Diable cristallisent les craintes des paysans. Pour les combattre, il y a fort heureusement le père Chastel, sorte de guérisseur et sorcier dont les amulettes éloignent les esprits maléfiques.

     Mais quand les corps mutilés de femmes et d’enfants sont retrouvés baignant dans le sang, Jean Chastel semble bien démuni. Ni ses incantations ni ses potions ni ses amulettes ne parviennent à mettre fin à ces atrocités. Dans un premier temps, les loups sont accusés. Mais la violence des attaques, la cible humaine et non animale, la taille supposée de la bête laissent sceptique. Quel est donc ce monstre qui s’attaque aux êtres humains et délaisse le bétail? Une bête sanguinaire dotée d’une intelligence humaine ou un homme animé d’une rage animale? Des loups transformés en hommes? Des hommes transformés en loups? D’aucuns évoquent « une bête grande comme un veau, au poil roussâtre, rayée de brun sur l’échine, avec des oreilles courtes, une longue queue très mobile, de puissantes mâchoires, des yeux méchants. » « On dirait qu’elle obéit à un maître », avance même l’un d’eux. Les supputations vont bon train. La bête court toujours. Et tue.

     Tout le monde est désormais mobilisé. Paysans, louvetiers, dragons se promettent d’avoir sa peau.

     Dans ce roman inspiré de faits historiques, Catherine Hermary Vieille entraine le lecteur dans une course poursuite effrénée de la vérité. La tension est permanente, le rythme haletant, l’intrigue passionnante. Et l’angle d’approche particulièrement ingénieux. En effet, la romancière se place dans la tête de l’auteur de ces tueries, ce qui lui permet d’analyser avec beaucoup de finesse et de pertinence les mécanismes qui ont conduit un être avili à basculer du côté de la férocité et de la folie. Par esprit de vengeance, par soif de puissance, par faim de reconnaissance.

     La bête n’est pas celle que l’on croit…

     Un roman captivant !

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