La trahison d’Einstein, de Eric-Emmanuel schmitt : brillant!

9782226254290g

La trahison d’Einstein, de Eric-Emmanuel Schmitt

Editions Albin Michel, janvier 2014

Dans cette comédie intelligente et grave, drôle parfois, Eric-Emmanuel Schmitt imagine le conflit moral d’un homme de génie, inventeur malgré lui de la machine à détruire le monde.

     « Faux! La guerre ne constitue pas le seul moyen de résoudre les conflits; je lui préfère la négociation, l’élévation morale » rétorque Einstein au vagabond assis face à lui. Nous sommes en 1934, au bord d’un lac du New Jersey où Einstein, en exil, vient fréquemment faire du bateau. Le scientifique défend sa position de pacifiste et de militant anti-nucléaire. Mais avec la montée du nazisme, l’inquiétude le gagne. Et de devoir revoir ses positions en 1939. A partir des découvertes relatives à la fission nucléaire, l’éminent physicien sait en effet qu’il est possible de concevoir une bombe atomique d’une puissance inouïe. Or les allemands ont retiré de la vente l’uranium extrait des mines de Tchécoslovaquie, signe, selon lui, qu’ils ont lancé la confection de l’arme nucléaire. Alarmé, il estime de son devoir de prévenir le président Roosevelt : « Je n’ai aucun don pour l’indifférence. Le monde ne sera pas détruit par ceux qui commettent le mal mais par ceux qui le contemplent sans réagir. Roosevelt en tête. Les bras croisés se révèleront aussi dangereux que ceux qui se lèvent pour saleur Hitler. » Il s’agit de prendre les nazis de vitesse, pour garantir ce que le vagabond surnomme « la paix atomique ». Roosevelt donne alors son feu vert pour le lancement du programme nucléaire, le projet Manhattan, lequel aboutira, quelques années plus tard, au bombardement d’Hiroshima devant un Einstein anéanti.

     Dans cette pièce dont l’action se déroule en 1934, 39 et 45, Eric-Emmanuel Schmitt nous livre les écartèlements, le drame intérieur et les craintes de celui qui a contribué indirectement à la conception de l’arme atomique. Des échanges percutants, incisifs, passionnés et passionnants, qui dressent un tableau captivant et …effrayant de l’horreur dont l’homme peut être parfois capable envers lui-même.

P.50 : Les aventures sentimentales sont plus dangereuses que la guerre : au combat on n’est tué qu’une fois, en amour, plusieurs fois.

P. 76 : Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue.

P.146 : Le problème aujourd’hui, ce n’est plus l’énergie atomique, c’est le coeur des hommes. Il faut désarmer les esprits avant de désarmer les militaires.

Francis Huster et Jean-Claude Dreyfus interprètent actuellement sur scène au théâtre Rive Gauche, La trahison d’Einstein, dans une mise en scène de Steve Suissa.

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