La Kar’interview de David Foenkinos

La tete de l'emploi

Bernard, vous connaissez? Pas encore??? Comment est-ce possible? Alors filez vite chez votre libraire le plus proche et achetez sans attendre le nouveau roman de David Foenkinos, La tête de l’emploi (Editions J’ai lu). Un pur bonheur de lecture!

Rencontre avec l’auteur :

Karine Fléjo : Quel a été le point de départ de ce roman?

David Foenkinos : Un reportage vu à la télévision sur un homme devant retourner vivre chez ses parents, à la suite d’un enchaînement de difficultés. Et le sujet évoquait que cela arrivait de plus en plus souvent.

KF : La société est un personnage à part entière dans ce livre. Et donc les difficultés actuelles tels la crise, le chômage, la précarité, le divorce, la pression au travail. Pour autant, ces sujets qui d’ordinaire accablent, font sourire et même rire quand ils sont abordés par votre plume. L’humour permet-il d’aborder les sujets délicats avec une distance salvatrice? 

DF : C’est un livre que j’aurais pu tout à fait traiter d’une manière sérieuse. Sur la brutalité de la vie professionnelle, la solitude des gens qui se retrouvent en marge de la société, et le retour pathétique chez les parents. Difficile de faire plus tragique en terme de chute sociale. Pourtant, j’ai voulu l’aborder avec légèreté, même si cette légèreté n’empêche pas la profondeur. Ce n’est pas antinomique à mes yeux. En tout cas, il est vrai que l’humour permet de prendre un point de vue qui dédramatise. Il me semble que même dans les situations difficiles, il y a toujours un angle qui permet de voir le côté risible des situations. Un homme de 50 ans traité comme un adolescent par ses vieux parents, ça pouvait aussi créer des situations cocasses.

KF : P.145  » La vie professionnelle n’aimait pas les perdants. Ceux qui trébuchent dans leur parcours sont vite broyés par l’oubli ». Un oubli qui s’étend aussi aux relations amicales, tandis que Bernard réalise qu’il n’a que « des amitiés de confort ». Sommes nous selon vous dans une société où tout n’est qu’apparence, relations surfaites, ou bien pensez-vous que le malheur, à l’instar d’un virus très contagieux, fasse peur?


DF : Bien sûr, on ne peut pas généraliser. Je parle de la vie d’un homme : Bernard. Et il se rend compte qu’il a construit sa vie sur un château de cartes. Ses amitiés sont superficielles, mais peut-être en est-il aussi responsable ? Ce roman est aussi l’histoire d’un homme qui va peut-être enfin agir sur son destin, et non le contraire. Il est évident que la société est plus brutale, plus cynique, plus individuelle, et que les difficultés font fuir l’entourage. Je m’amuse aussi avec l’idée que tout le monde le fuit comme s’il était un pestiféré. Et il y a aussi ceux qui jouissent de vous voir en difficulté, juste pour se rassurer quant à leur situation. Ce sont des scènes atroces. Mais ce n’est pas forcément une généralité. Il y a aussi il me semble une grande solidarité qui se développe dans notre société, mais ce n’était pas mon sujet.

KF : Barbey d’Aurevilly disait  » Avant de penser au prénom d’un garçon, pensez à la femme qui aura à le murmurer plus tard »! Votre anti-héros s’appelle Bernard, un prénom  » qui contient la possibilité d’un précipice ». Pensez-vous que le prénom influe sur la destinée de chacun? A ce sujet, quel serait le prénom qui prédestinerait à devenir…écrivain? David? 😉

DF : Ah je ne connais pas cette citation. Elle est fabuleuse ! J’ai bien envie de l’ajouter dans l’édition poche du livre. Vous me permettez de l’utiliser ? Je m’amuse souvent avec les prénoms dans mes romans. J’aime l’idée qu’ils puissent être porteurs d’une tonalité, et donc d’une énergie. Je m’amuse beaucoup avec l’idée du prénom Bernard dans le livre. J’ai l’impression que toute l’histoire de cet homme est liée au fait qu’il s’appelle Bernard ! Pour un écrivain, je pense que le prénom n’est pas important. On oublie d’ailleurs souvent leurs prénoms. Quand on n’aime pas son prénom, il faut devenir écrivain.

KF : Vous pouvez utiliser cette citation bien sûr! Que souhaitez-vous partager en premier lieu avec vos lecteurs, qu’ils s’appellent Bernard d’ailleurs ou pas?

DF : Oui j’espère bien que ce livre, même si il est très Bernard, ne va pas être lu que par des Bernard. Je souhaite partager du plaisir. A mes yeux, ce n’est pas péjoratif. Et ce n’est pas au détriment non plus de la profondeur ou de la réflexion sur notre époque. Mais c’est une réelle comédie, au sens où j’espère qu’elle puisse être divertissante à lire. Mon prochain livre le sera bien moins, puisqu’il s’agit du destin tragique d’une peintre qui m’obsède : Charlotte Salomon.

                                                                                 Propos recueillis le 13 février 2014

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