La Kar’Interview de Xavier de Moulins, auteur de « Que ton règne vienne » (JC Lattès)

200px-Paris_-_Salon_du_livre_2012_-_Xavier_de_Moulins_-_0059782709645744-G

Il y a quelques jours paraissait le troisième roman de Xavier de Moulins, Que ton règne vienne, aux éditions JC Lattès, roman plébiscité ici. Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. » Un véritable coup de coeur!

Rencontre avec l’auteur :                                                                                     

Karine Fléjo : « La vie est plus forte que la trahison. La vie est plus forte qu’un chagrin d’amour » dit l’un de vos personnages. Si Paul semble sous le coup de la malchance, cumule les déboires, votre roman est cependant porteur d’espoir. Pensez-vous que l’on puisse sortir de toutes les épreuves, aussi insurmontables paraissent -elles à priori et déclencher le cercle vertueux du bonheur? Et surtout, se convaincre de cela peut-il être déjà salvateur en soi?

Xavier de Moulins : C’est tout l’esprit de « Que ton règne vienne », de démontrer ce ci… De dire que oui, la lumière triomphe de tout à condition cependant de ne pas être seul, de prendre le soin d’aimer ses amis, de conserver le goût  des autres, de celle  ou celui qui veille pour aider à remonter le chemin après la descente. Il n’y a pas de fatalité, jamais ! Même écrasé sous une tonne de roches noires, tant que le cœur bat, l’espoir demeure.

 KF :  Un bonheur qui a été entaché par la découverte d’une trahison que nous laisserons au lecteur le soin de découvrir. « Les expressions « bon père » et « bon mari » fusent, elles confirment ma théorie à propos des légendes personnelles et du marketing de soi : bien utilisées, elles lustrent parfaitement l’ego des menteurs. » Vint donc un moment où pour Paul les illusions devinrent illusoires. Finalement, le plus douloureux et le plus difficile n’est-il pas de perdre ses illusions sur une personne, plus encore que de perdre la personne elle-même? De s’avouer qu’on s’est trompé?…

XDM :  C’est le principe des illusions, elles sont là pour être abandonnées, laissées sur la route… Se délester du superflu, allégé son sac à dos, et courir loin… C’est douloureux certes, mais on se sent plus léger ensuite. La sensation de voler n’a pas de prix. Reste le courage de ne pas s’obstiner à aimer les mauvaises personnes, ça peut prendre du temps, une vie et peut être plus. S’avouer qu’on s’est trompé me semble capital, c’est commencer à se pardonner… C’est important de se pardonner.

KF :  Dans ces épreuves successives, l’amitié joue un rôle essentiel. Oscar et Paul se connaissent depuis l’enfance. Une amitié indéfectible. Une relation forte, qui, contrairement aux relations amoureuses vécues par les personnages, n’est pas altérée par l’épreuve du temps. Doit-on en conclure, comme le dit Paul que « l’amitié est meilleure que l’amour »?

XDM :  L’amitié à moins de chance de se briser que tout ce que l’on place dans une relation amoureuse qui a la lourde responsabilité, trop souvent, de devoir contenir plus que ce que l’amour peut supporter. Mais l’amitié comme l’amour est fragile, elle aussi doit s’entretenir pour voyager loin. C’est un muscle, un merveilleux muscle qu’il nous faut apprendre à exercer. L’amitié permet de voir alors plus loin que le bout de son nez contrairement  à l’amour, elle préserve  plus facilement de l’effet miroir , elle est plus tolérante aussi…

 KF :  Vous avez à ce titre une vision pessimiste du mariage. Quelle que soit l’orientation sexuelle, cette frénésie à se passer la bague au doigt vous laisse perplexe. Une illusion de bonheur là aussi?

XDM :  Sur la question du mariage, je ne suis pas toujours de mon avis !  Fondamentalement, je suis contre mais dans les faits je suis marié et très heureux de l’être. Je sais, c’est incompréhensible, mais ce genre de paradoxes me résume assez bien… C’est pour cela que j’ai besoin de donner vie à des personnages de roman pour soigner mes contradictions. Bref, je ne souhaite pas le mariage à grand monde et rends hommage  aux  quelques personnes qui ont réussi merveilleusement bien à être heureux dedans.

 KF :  Paul doit grandir dans l’ombre d’une figure tutélaire écrasante. Difficile de se faire une place, d’exister à côté de lui. Qu’est-ce qu’un père idéal selon vous, pour autant qu’il existe?

XDM :  Le père idéal n’existe pas. Il est par définition fantasmé, comme la femme idéale. Je suis moi-même un père imparfait qui a beaucoup de chose à améliorer. J’ai appris à l’accepter. Nous sommes en construction permanente. Même pendant la fermeture, les travaux continuent….

                                                                                                       Propos recueillis le 7 mars 2014

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée à ce roman coup de coeur en cliquant sur ce lien : https://leschroniquesdekoryfee.wordpress.com/2014/03/06/que-ton-regne-vienne-de-xavier-de-moulins-editions-jc-lattes-un-pere-a-deux-vies-la-sienne-et-celle-de-son-fils/

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s