Gary tout seul, de Sophie Simon

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Après le très remarqué American clichés, Sophie Simon signe un roman virtuose qui déroule les destinées et poignantes de personnages hantés par les liens du sang et du coeur.

Tous deux issus de la banlieue de Cleveland, Franck et Gary, enfants, étaient inséparables. Frères de coeur à défaut d’être frères de sang. Si tout semblait réussir à Franck, qui alliait le charme, l’intelligence, le charisme et la réussite dans ses études, Gary se sentait à contrario transparent, inconsistant. Le départ brutal de son père et la dépression réactionnelle de sa mère l’avaient conduit à se replier dans sa coquille. Irascible, un brin taciturne, hanté par le sentiment d’abandon, il fuyait tout attachement de crainte de souffrir à nouveau.
Seul Franck supportait son pénible caractère. Franck, le modèle de Gary, celui qu’il rêvait d’égaler un jour. Voire de dépasser.
Jusqu’à ce que survienne le drame…

Alors, à 21 ans, Gary décide de mettre 700 kilomètres entre ses démons et lui. Cap sur New-York, la ville de tous les possibles, de toutes les ambitions. Et la sienne est « de devenir un trader, un type craint et respecté, influent, plein aux as. » Son mariage avec la fille d’un patron de fonds d’investissement, son embauche comme comptable dans ladite entreprise, sont de bon augure pour la concrétisation de ses rêves. Dévoré d’ambition, entêté, Gary se voit déjà entrer sans la sacro-sainte salle des marchés. Mais s’il a mis une distance physique certes considérable entre les lieux de son passé douloureux et sa ville actuelle, force lui est de constater que la distance psychique est nulle. « Je reste habité par cette faute. Elle m’encombre. Elle est devenue une partie de moi-même. Je n’ai jamais pu la chasser de mon esprit. Ni m’acquitter de ma dette.  » Car aussi loin que l’on aille, on emporte ses angoisses et sa culpabilité avec soi. Il n’existe nulle geôle plus redoutable que le cerveau…

Assailli par son passé, Gary n’a d’autre choix que de l’affronter. Pour tenter d’avancer, de repartir sur des bases saines. Et solides.

Avec Gary tout seul, Sophie Simon explore avec une infinie sensibilité et une extrême justesse l’âme humaine. Dans un style fluide et magnifiquement maitrisé, elle nous fait voyager de Cleveland à New-York en passant par la Colombie britannique aux côtés de personnages indiciblement attachants, qui malgré leurs maladresses, gardent fortement ancrés en eux les liens du sang et du coeur.

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