Libre illustration du roman La femme éclaboussée, de Dominique Dyens

Il arrive que la lecture de certains livres fasse naitre dans mon esprit des images, des représentations auxquelles il me tarde alors de donner vie sous la pointe de mon feutre ou de ma sanguine. Ce fut le cas pour La femme éclaboussée, fascinant thriller érotico-psychologique de Dominique Dyens, paru ce 7 mai 2014 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Karine Fléjo

Coup de coeur pour La femme éclaboussée, de Dominique Dyens (éditions Héloïse d’Ormesson)!

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La femme éclaboussée, de Dominique Dyens.
Éditions Héloïse d’Ormesson, collection Suspense au féminin, mai 2014.

 

Ce polar aux accents érotiques confirme le talent de Dominique Dyens pour jouer avec nos nerfs. Le montage diabolique de cette reine du suspens nous entraine sur un territoire délicieusement vénéneux, en droite ligne des films de Claude Chabrol.

Madame a 45 ans. D’une beauté rare et distinguée. Pour autant, elle n’a pas conscience du magnétisme qu’elle exerce sur les hommes. Elle prend soin d’elle certes, mais juste par habitude, parce qu’une femme de son rang se doit d’être parfaitement habillée, coiffée, manucurée. Elle glisse sur la vie contrairement aux regards qui s’attardent sur elle. Elle glisse sans bruit, sans remous. Sans véritable envie. Seulement guidée par le souci de bien faire, de ne pas déplaire, de préserver le paraître quand l’être fait défaut. Elle glisse sur la vie comme un funambule sur son fil. En fragile équilibre…

Originaire de province, issue d’un milieu modeste, elle a épousé il y a plus de vingt ans un homme de la haute bourgeoisie parisienne, avec lequel elle a eu deux enfants. Une famille parfaitement unie en apparence, mais en apparence seulement. Car à y regarder de plus près, Madame et Monsieur font chambre à part depuis longtemps. Ils cohabitent plus qu’ils ne vivent ensemble. Monsieur a d’ailleurs une maitresse. Mais personne ne le sait ou plus exactement personne ne feint le savoir. Dans la famille Salernes, on ne voit rien, on n’entend rien, on ne dit rien. Dans la famille Salernes, on vit mécaniquement, sans se poser de questions ni surtout en poser. Ainsi leur fille Virginie reste prisonnière d’un traumatisme dont l’origine reste taboue. Le fils Franck, quant à lui, entretient des rapports difficiles avec son père et vit en secret son homosexualité. Reste la belle-mère acariâtre qui n’a jamais accepté les origines sociales modestes de sa bru. Mais chacun compose.

Jusqu’au jour où la funambuliste tombe dans les filets amoureux d’un autre homme. Catherine Salernes rencontre en effet la passion en la personne d’un jeune et séduisant professeur trentenaire, lequel devient son amant. C’est alors pour Catherine l’éveil à la sensualité, l’explosion des sens. Une renaissance. Une naissance en tant que femme. Si les siens comme à l’accoutumée ferment les yeux, il y en a un, son banquier, que cet amour terrasse. Depuis des années, elle incarne à ses yeux l’idéal féminin. Un idéal inaccessible. Aussi, qu’un autre que lui ait pu s’attirer ses faveurs suscite en lui une haine incommensurable. Après l’avoir vénérée en silence, il est bien décidé à la faire chanter… Jusqu’où un homme blessé peut-il aller?

Avec La femme éclaboussée, Dominique Dyens nous entraine en apnée dans une intrigue sur fond de secret adultérin. Quand un grain de sable s’immisce dans les rouages soigneusement huilés de cette famille bien sous tous rapports, c’est une véritable tempête de sable qui vient tout balayer sur son passage, fragilise l’équilibre de chacun, déterre les non-dits. Tour à tour les masques se fendillent, tombent, jusqu’à la chute finale. Une chute vertigineuse comme cette auteure en a seule le secret et le talent.

A lire absolument!

10294497_811743398853579_2516826961197508489_nDessin que m’a librement inspiré la lecture du roman de Dominique Dyens. Karine Fléjo

Le silence des rails, de Franck Balandier ( editions Flammarion)

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Le silence des rails, de Franck Balandier

Éditions Flammarion, mars 2014

 

Alsace, 1942.

parce qu’il est homosexuel, le jeune Etienne est envoyé dans l’unique camp de la mort installé sur un territoire français annexé.

Parce qu’il est homosexuel, il porte le triangle rose, signe de son infamie, sur son pijama de prisonnier.

S’il sort vivant et libre de cet enfer, personne ne le croira, c’est sûr.

 

Informations pratiques :

Nombre de pages. : 212

Prix éditeur : 12€

ISBN : 978 20813 30535

 

 

Après quoi on court, de Jérémy Sebbane : l’urgence de vivre

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Après quoi on court, de Jérémy Sebbane
MA Editions, à paraitre le 13 mai 2014

 
Portrait d’une génération et d’une époque, Après quoi on court, de Jérémy Sebbane, est une oeuvre originale et forte qui explore avec brio les affres de l’adolescence et les difficultés du passage à la vie adulte.

Ils ne sont plus des enfants, mais pas encore des adultes. Nous sommes au début des années 2000, ils ont 15 ans, des rêves plein la tête, des envies, des espoirs. Et courent au devant, sans se poser de questions, fougueux, passionnés, déterminés. Entiers. « Ils », ce sont quatre amis, Lisa, Aaron, Michaël et Dana. Une amitié mâtinée d’amour, ce qui n’est pas sans complexifier les relations. Car si Lisa aime Aaron, ce dernier n’a d’yeux que pour Michaël. Et Michaël d’hésiter, troublé par son inclination pour les hommes, en l’occurrence ici Aaron, au même titre que pour les femmes et tout particulièrement Dana. Que faire quand les sentiments ne sont pas partagés? Espérer que ces derniers évoluent dans le sens d’un renforcement, renoncer définitivement ou feindre s’accommoder de liens amicaux? Comment accepter et faire accepter d’avoir une identité sexuelle autre, quand on est élevé dans un milieu conservateur, attaché à la tradition? Comment supporter que l’autre voie en vous son confident, son meilleur ami quand c’est d’amour dont vous rêvez avec lui? L’amour et ses affres…
A l’école de la vie, ils foncent, aiment, pleurent, s’interrogent, tombent, se relèvent, apprennent (ou pas) de leurs blessures, s’écorchent aux ronces de l’amour, mais ils courent, toujours, emportés par l’urgence de vivre.
Dans ce roman choral, les quatre protagonistes nous font partager leurs doutes, leurs envies, leurs peurs. Ils interpellent tour à tour le lecteur, le prennent à témoin, l’interrogent comme ils s’interrogent. Et le lecteur de devenir alors le cinquième personnage du roman, d’accompagner Dana, Lisa, Aaron et Michaël pendant dix années, dix années essentielles dans leur construction, leurs choix de vie. Et de refermer le livre avec le sentiment de s’être fait quatre nouveaux amis…
Un roman très vivant!