Elle marchait sur un fil, de Philippe Delerm (Le Seuil)

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Elle marchait sur un fil, de Philippe Delerm

Éditions du Seuil, avril 2014

Les parents doivent-ils influencer le devenir de leurs enfants ? Que reste-t-il à créer lorsqu’on entame la seconde partie de sa vie ? Dans ce roman poignant qui oscille entre la Bretagne et Paris, Philippe Delerm aborde ces sujets pour la première fois, traçant le portrait fragile d’une femme en équilibre sur le fil de sa vie.

« C’est ça qui est le plus dur, je crois. Ne pas savoir quand il a commencé à ne plus être avec moi. En ce moment, j’essaie de vivre dans l’instant, de m’étourdir un peu. » (P.20) Marie, cinquante ans, se trouve à un moment charnière de son existence, entre deux vies- l’une révolue et l’autre à définir, entre deux villes- Paris et le Faouët en Bretagne.

Pierre, l’homme dont elle a partagé trente années de vie et avec lequel elle a eu un fils, Étienne, vient de la quitter. Avec lui s’envolent tous ses repères. Tout est à réinventer, à reconstruire, voire à construire. Même son travail d’attachée de presse free lance à Paris ne la satisfait plus, au point qu’elle s’offre le luxe d’envoyer ad pâtres son dernier et pourtant très prometteur dossier éditorial. L’heure est aux questionnements, à la quête de soi, de ses désirs profonds. Et si une autre forme de bonheur, d’accomplissement personnel, passait par la création artistique?

Car Marie a en effet toujours eu la passion du théâtre. Une passion dans laquelle elle a vivement encouragé pour ne pas dire contraint son fils à persévérer. Mais ce dernier a fini par abandonner cette voie pour lui préférer l’architecture d’intérieur. Peut-on décider pour les autres de leurs choix de vie? Peut-on vivre par procuration? Cette fois, une opportunité est donnée à Marie de s’approprier son rêve. De jeunes étudiants en art dramatique sont en effet en vacances dans la maison voisine du Faouët. Maintenue en équilibre sur le fil de la vie grâce au balancier que constituent l’affection de ses amis André et Agnès, l’amour complice de sa petite-fille Léa, elle s’élance alors dans un délicieux vertige vers la rive de la création. Monter un vrai spectacle, de l’écriture à la mise en scène en passant par la direction des acteurs, voilà un défi qu’elle entend relever, un sens à donner à son existence.

Avec Elle marchait sur un fil, Philippe Delerm nous offre un roman sensible et émouvant, d’une mélancolie douce…

P.93 : Le monde de l’édition était comme celui du théâtre. Il fallait pouvoir se trouver en position d’être demandée. Jamais demandeur.

P.117 : Le funambulisme était la vie même : une aventure permanente où prendre le risque du bonheur était forcément un vertige.

P.164 : On est heureux ou on écrit. Mais on n’écrit pas pour dire : je suis heureux. Peut-être pour dire je l’étais, ou je voudrais l’être…

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