Coup de coeur pour L’élixir d’amour, de Eric-Emmanuel Schmitt

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L’élixir d’amour, de Eric-Emmanuel Schmitt

Editions Albin Michel, mai 2014

Adam et Louise se sont séparés après cinq ans d’amour fou. Une rupture difficile pour chacun. Louise s’est exilée à Montréal dans l’espoir que la distance physique entre elle et Adam aidera à mettre une distance dans son coeur et ses pensées avec celui qui continue à l’obséder. Adam, resté à Paris, ne peut pas davantage couper tout lien et lui propose d’engager une correspondance. Que devient l’amour quand le désir s’attenue voire s’efface? De l’amitié? « Seule la peau sépare l’amour de l’amitié. » Une cloison fine selon Adam. Une muraille pour Louise. Et d’engager une correspondance autour de l’amour, du désir, dans leurs vies présentes et passées. « L’amour relève t-il d’un processus matériel, chimique, d’un brassage de molécules reproductible par la science? Ou constitue t-il un miracle spirituel? » Autrement dit, existe t-il un filtre d’amour, un comportement qui peut induire de façon certaine l’amour? Oui, affirme Adam, psychanalyste de métier. Et le procédé s’appelle le transfert. Dubitative, Louise le met au défi de mettre sa théorie en pratique et de susciter l’amour chez une de ses patientes. Mais pas n’importe quelle patiente. Un jeu avec le feu de la passion s’engage alors entre eux et va bouleverser leurs rapports…

Éric-Emmanuel Schmitt nous livre une réflexion particulièrement brillante sur l’amour, le couple, le désir. N’y a t-il pas un glissement sémantique, un problème d’identité métonymique entre amour et désir? L’amour désigne en effet à la fois ce qui relève du désir charnel et du sentiment. Or « L’amour cultive la connaissance, le désir vénère l’inconnu. (…) Au contraire du sentiment qui cherche la permanence, les pulsions renaissantes ont l’appétit du changement. » Le secret de l’amour durable ne serait-il pas alors d’accepter que le désir ait un cycle de vie autre que celui les sentiments? Un bijou d’intelligence, de finesse d’esprit, de mordant.

P.37 : On ne souffre pas de ses désirs; on souffre simplement du fait qu’une fois comblés ils renaissent, comme s’ils ignoraient la trêve de la satisfaction.

P.83 : On peut être maître de ce que l’on pense. Jamais de ce que l’on ressent.

P.79 : Les femmes aiment l’amour. Les hommes le font.

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