Noces de neige, de Gaëlle Josse (J’ai lu)

Noces de neige, de Gaëlle Josse

Editions J’ai lu, mars 2014

 

1881 : Anna, jeune aristocrate russe, prend le train à Nice pour regagner Saint Péterbourg, où elle aime en secret Dimitri, un jeune officier.

2012 : Irina, jeune femme russe désargentée, quitte son pays pour Nice, où l’attend Enzo son amoureux rencontré sur le net.

Au cours de leur voyage, chacune, dans un huis-clos envoutant, confie ses espoirs, ses blessures, ses doutes, lève le voile sur son parcours. Et le lecteur de découvrir au fil des pages que ce qui se présentait au départ comme le récit de deux femmes, deux époques, deux destins, s’avère être une histoire intemporelle, celle de deux êtres blessés en quête du grand amour qui illuminera leur grise vie. Mais la destination de leur voyage sera t-elle aussi celle de leur rêve, ou le destin en décidera t-il autrement?

Gaëlle Josse, révélée en 2011 par son premier roman Les heures silencieuses nous offre ici un livre magnifique. Sa plume gracieuse, aérienne, son style parfaitement maitrisé, sa capacité extraordinaire à créer un univers romanesque, crée d’emblée une intimité forte entre les personnages et le lecteur. On ne lit pas Noces de neige, on vit l’histoire au diapason des héroïnes, catapulté à leurs côtés, témoin des drames qui se jouent. On tremble, on sourit, on frémit. On applaudit le talent de l’auteur, véritable passeur d’émotions.

A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 6,50€

Nombre de pages : 123

ISBN : 978 2 290 079447

Bracelets du monde, de Karine Thiboult (Deux Coqs d’Or)

Bracelets du monde, modèles de Karine Thiboult

Coffret aux éditions Deux Coqs d’Or, octobre 2014

 

La coquetterie féminine n’attend pas le nombre des années. Voilà qui tombe bien, les éditions Deux Coqs d’Or proposent en effet un très joli coffret, destiné aux fillettes dès sept ans. De quoi ravir nos coquettes en herbe.

A l’intérieur, tout le nécessaire pour créer pas moins de six bracelets tendance issus des quatre coins de la planète! Du modèle tibétain au modèle brésilien, en passant par les bracelets japonais, tahitien, indien, la confection de bijoux n’aura plus de secrets pour elles!

Et ce n’est pas tout. Les bracelets confectionnés, elles pourront glaner dans le livret joint des conseils de beauté, répondre à des quiz, apprendre la signification des couleurs et autres points de mode. Elles seront fin prêtes pour briller de mille feux!

Un coffret complet, avec un livret, des explications pas à pas imagées pour réaliser chaque bracelet sans problème, des rubans, sequins, fils à broder, perles, grelots, boutons et coquillages, autrement dit, le kit complet de la coquette en herbe!

Un joli cadeau à offrir.

Informations pratiques :

Prix : 10,50€

ISBN : 978 2 01 383203 8

A partir de 7 ans

Prix interallié 2014 : Mathias Menegoz pour son premier roman, Karpathia (éditions P.O.L)

Prix interallié 2014 : Mathias Menegoz a été couronné jeudi 20 novembre par le prix Interallié pour son premier roman, Karpathia (éditions P.O.L), fresque historique dans les Balkans du XIXe siècle, sur fond de haines ancestrales.

L’auteur de 46 ans, scientifique de formation, a été choisi au cinquième tour de scrutin, par six voix contre quatre à Simonetta Greggio pour Les Nouveaux Monstres (Stock). Ce prix clôture la saison des prix littéraires. Autre finaliste, Eric Reinhardt, avec L’Amour et les forêts (Gallimard), repartira donc bredouille de ce marathon littéraire. Le quatrième en lice était Serge Joncour avec L’Ecrivain national (Flammarion).

Le livre :

Un château fort au bord d’un lac, entouré de montagnes et de grandes forêts…  C’est ce dont rêve le comte Alexander Korvanyi. En 1833 ce capitaine hongrois quitte brutalement l’armée impériale pour épouser une jeune autrichienne, Cara von Amprecht. Aussitôt, il part de Vienne avec elle, pour aller vivre aux confins de l’Empire sur les terres de ses ancêtres. Loin du folklore gothique, la Transylvanie de 1833 est une mosaïque complexe, peuplée de Magyars, de Saxons et de Valaques. D’un village à l’autre, on parle hongrois, allemand ou roumain ; on pratique différentes religions, on est soumis à des juridictions différentes. À l’époque où chaque communauté invente son identité nationale, le régime féodal est toujours en vigueur et des crimes anciens sont parés de vertus nouvelles. La région est une poudrière où fermentent les injustices, les vieilles haines, les trafics clandestins, les légendes malléables et les rêves nouveaux. Dès leur arrivée, les époux Korvanyi sont confrontés à une série de crises allant bien au-delà des problèmes de gestion d’un vaste domaine longtemps abandonné à des intendants. Avec leurs ambitions et leur caractère, ils sont entraînés beaucoup plus loin qu’ils n’avaient imaginé. En découvrant les beautés et les dangers des forêts de Transylvanie, Alexander et Cara se révèlent l’un à l’autre et atteignent ensemble les frontières incertaines de la puissance et du crime.

Le dernier banquet, de Jonathan Grimwood (Editions Terra/Nova)

Le dernier banquet, de Jonathan Grimwood

Éditions Terra/Nova, septembre 2014

Dans la France du XVIIIème siècle, Jean-Charles d’Aumout n’a que cinq ans quand ses parents sont retrouvés morts de faim dans les ruines d’une propriété dont ils ont hypothéqué jusqu’à la dernière parcelle. Un mois passe avant que l’on ne se rende compte de son existence, livré à lui-même dans la cour de la ferme. Dans sa bouche, un scarabée noir dont il se délecte. Près de lui, une montagne de carcasses mâchouillées. Car dès son plus jeune âge, Jean-Charles d’Aumout fait montre d’un sens aigu et pour le moins déconcertant du goût. Tout ou presque est sujet à curiosité, à expérience gustative. Quand le Régent et ses hommes le découvrent, ils ne sont qu’au début de leur surprise.

Pris sous l’aile du Régent, Jean-Charles poursuit son existence à l’Académie militaire. L’occasion pour lui de parfaire son palais, de tester des recettes aussi étonnantes et détonantes que la fricassée de souris, le ragoût de chien ou encore le chat à l’estragon. Alors que souffle le vent de la Révolution, Jean-Charles d’Aumout grimpe les échelons de la société, épouse Virginie, la fille du Duc de Saulx. Mais au coeur de la tempête, son cap reste et restera toujours le même : rechercher le goût parfait, le goût absolu, y compris sur le corps des femmes. « La découverte de nouveaux goûts me donne le sentiment d’être vivant. »

Un roman plaisant qui n’échappe pas cependant à quelques longueurs.

Informations pratiques :

Prix éditeur : 20€

Nombre de pages : 336

ISBN : 978 2 8246 0504 3

Prix Goncourt des lycéens 2014 : David Foenkinos pour Charlotte ( Gallimard)!!!

Prix Goncourt des lycéens 2014

C’est donc un doublé gagnant pour David Foenkinos et son magistral roman, Charlotte, consacré à la vie de Charlotte Salomon. A 12h45 ce mardi à Rennes, au terme de 3 heures de délibération, les lycéens ont couronné David Foenkinos, déjà vainqueur du Prix Renaudot le 4 novembre dernier. Ils sont très rares, ces écrivains à avoir réussi ce « doublé ». Depuis l’existence du Goncourt des lycéens créé en 1988, seuls cinq auteurs ont décroché deux grands prix d’automne en même temps. Et c’est la première fois que le doublé concerne un Renaudot et un Goncourt des lycéens.

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire!

 

P. 60 : Il existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste.

Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre.

La densité se propage en elle, comme du sang dans de l’eau.

 

P.173 Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.

C’est le chemin qu’emprunte chaque artiste.

Ce tunnel imprécis d’heure ou d’années.

Qui mène au moment où l’on peut enfin dire : c’est maintenan

Le carnaval des animaux, de Eric-Emmanuel Schmitt : un magnifique livre plus CD!

Le carnaval des animaux, de Éric-Emmanuel Schmitt

Livre illustré par l’aquarelliste Pascale Bordet, plus CD audio contenant le texte lu par Anne Roumanoff sur la musique de Saint-Saëns

Éditions Albin Michel, octobre 2014

Après Ma vie vec Mozart et Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent, Éric-Emmanuel Schmitt récidive avec un ouvrage consacré à un grand compositeur, cette fois Camille Saint-Saëns et son carnaval des animaux. Un livre avec CD audio absolument remarquable.

Éric-Emmanuel Schmitt considère les musiciens pas seulement comme des musiciens, mais aussi comme des professeurs de vie, des philosophes, des aides spirituels, lesquels consolent les cœurs tristes, enflamment les cœurs légers, sont source de lumière en tout temps. Aussi n’est-ce que justice rendue à ces artistes que de leur consacrer un livre hommage. Avec beaucoup de finesse et de sensibilité, Éric-Emmanuel Schmitt se propose d’écrire un texte en vers qui habille de mots la partition de Saint-Saëns. Mais attention, il ne s’agit pas de coller des rimes sur des sons, d’écrire une histoire indépendante de l’œuvre. Il s’agit au contraire de plonger le lecteur/auditeur au coeur de la création musicale, de faire vivre la musique à 200%, à savoir non seulement de l’entendre mais aussi de l’écouter avec une ouïe éduquée. Autrement dit, comprendre comment le compositeur de génie parvient à créer des animaux avec des instruments et des sons.

En cela, Le carnaval des animaux constitue un angle d’approche intéressant, pour les enfants petits et grands. Composée en 1886, Camille Saint-Saëns s’amuse à faire de cette fantaisie animalière la satire de la société de l’époque. Une liberté qui lui sera reprochée, lui jusqu’alors perçu comme un compositeur sérieux. Il décidera d’interdire son interprétation jusqu’à sa mort. Elle deviendra le succès que nous connaissons tous ou pensions connaître. Car l’éclairage que nous apporte Eric-Emmanuel Schmitt rend cette oeuvre plus lumineuse encore!

Une mention particulière aux sublimes aquarelles de Pascale Bordet, dont la fantaisie créative est époustouflante.

Informations pratiques :

Prix éditeur : 22,90€

Nombre de pages : 72

ISBN : 978 2226259066

Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès (JC Lattès) : coup de coeur!

Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès

Editions JC Lattès, août 2014

Rentrée littéraire

 

Perdre un être cher est un événement bouleversant. On a l’impression qu’on ne pourra jamais surmonter sa peine et pour ce faire, il est nécessaire de passer par un douloureux travail intérieur, le « travail de deuil ». Afin d’accepter la disparition et de définir un avant et un après. Afin de pouvoir avancer.

Quand Jacques décède accidentellement, sa femme Mireille, sa fille Vinciane et son fils Mathis se trouvent confrontés au vide de son absence. Ou plus exactement, à la présence de son fantôme, des souvenirs vivaces qu’il a laissés, de son empreinte si forte dans les esprits. Et chacun de réagir différemment, de s’approprier à sa façon l’image du défunt.

Pour Mireille, et ce, quand bien même il fut notoirement volage, c’est l’image d’un mari merveilleux qui prédomine, de sorte qu’aucun autre homme ne saurait plus exister à ses yeux. Et peu à peu de se replier sur elle-même, éteinte sans la lumineuse présence de son Jacques. « C’est sa façon de lui être fidèle et d’être fidèle à l’image qu’elle a d’elle-même, la femme qu’elle était à cette époque. » (P.414)

Vinciane, archéologue de formation, va décider de mettre une distance physique entre le lieu du drame et elle. Elle part sur des chantiers au bout du monde, s’abrutit de travail, enfouit au plus profond d’elle un secret de famille tandis qu’elle déterre ceux des autres. Mais n’est-ce pas une fuite illusoire? N’emporte t-on pas ses démons avec soi?

Pour Mathis, âgé de seize ans lors du drame, le fantôme du père est écrasant. Un fantôme qu’il va devoir tuer pour exister. Alors il se cherche, cumule les aventures amoureuses comme son père jadis, se perd pour mieux se retrouver. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, se dessine ce à quoi il aspire, l’homme en devenir. Chaque erreur de parcours affine sa trajectoire, le centre sur son essentiel, le conduit vers sa (re)naissance.

Avec ce brillant premier roman, Franck Courtès nous livre une réflexion profonde, sensible et juste, sur la transmission. Comment est reçu l’héritage parental, ailes ou cage? Comment vivre avec les absents quand leurs fantômes sont si présents? Une plume délicate, viscéralement humaine, qui emporte le lecteur dans le tourbillon léger de ses mots. Une histoire intime au caractère universel.

A lire!

P. 349 : Il ne s’agissait pas de pardon. Le pardon vous place au dessus des autres, les forts pardonnent aux faibles.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 390

Prix éditeur : 19,50€

ISBN : 9782709646550