Rencontre avec Lionel Daudet, auteur du livre Le tour de France exactement (éditions Stock)

Le tour de la France exactement, Lionel Daudet

Éditions Stock, avril 2014

Un pari fou? Lionel Daudet, alpiniste amputé de huit orteils gelés fans la face nord du Cervin, en a tenté d’autres. Mais faire le tour de la France exactement, en suivant pas à pas, au mètre près, le trajet de la frontière et du littoral, quelle belle folie, quelle belle aventure! Parti en août 2011, il rentrera 15 mois plus tard, après avoir arpenté le territoire à pied, à vélo, en kayak, en voilier.

Une aventure qu’il relate dans un magnifique livre : Le tour de la France exactement, ainsi que dans un documentaire passionnant.

Rencontre avec Lionel Daudet : « L’aventure n’est que le reflet d’une vie vivante. »

Quel fut le point de départ de cette aventure?

C’est parti d’une boutade avec une amie : pourquoi ne pas faire le tour de la France en suivant la frontière administrative? Un domaine d’inconnu, où l’aventure, pourtant à notre porte, est bel et bien existante. L’aventure est le fondamental de la vie. On a trop tendance à penser que la vie entre dans un certain cadre. Or non. L’aventure n’est que le reflet d’une vie vivante.

– Comment se passe l’après, quand on a vécu une telle aventure pendant 15 mois?

Il y a toujours le temps du retour vers la vallée et le temps du partage. J’ai joué le rôle social de l’alpiniste qui en grimpant là-haut va prouver l’utilité de l’inutile. En rentrant, j’avais cette chance de pouvoir continuer à surfer sur cette histoire-là, en me consacrant à l’écriture du livre (Le tour de la France exactement, éditions Stock). Pendant le voyage, je me suis fait buvard, j’ai absorbé énormément, ensuite il y a eu le temps de décantation. En livrant cette histoire par écrit, je suis allé à l’essentiel avec l’espoir que cette histoire devienne une source de résonance. Après le livre, la deuxième phase a été le montage du film documentaire et des épisodes réalisés pour la chaine Voyages. Le retour n’a donc pas été une césure totale et brutale.

– Qu’en est-il de la gestion du risque? Comment veiller à ne pas risquer l’accident, en cas de fatigue accumulée notamment?

La montagne reste un milieu dangereux en effet. J’ai vécu un moment borderline quand j’ai reçu la foudre par le bas du dos, laquelle est sortie par le pied. J’ai alors mordu dans cette frontière un peu floue entre la vie et la mort. L’alpinisme évolue sur ces frontières un peu floues d’une vie fragile et d’une mort qui n’est pas très loin. Repousser les limites, c’est mettre un pied dans cette marge qui est floue. Mais juste un pied. Pas les deux. Toute la problématique est d’arriver à avoir suffisamment de clarté intérieure pour que cette ligne floue ne soit pas si floue que cela. C’est un discours facile à tenir dans les propos, mais difficile dans les actes. Déjà, il faut savoir ce pourquoi on part en montagne, quels sont nos moteurs, avoir la flamme et l’envie de faire. Et non y aller pour de mauvaises raisons, à savoir y aller par rapport à l’autre (médias, amis, compagnon, sponsor, …) ce qui peut induire une lucidité moindre, car on ne va plus raisonner uniquement dans l’instant présent. Or il faut garder une prise absolue sur la réalité. Et aussi une capacité de renoncement.

– Qu’est-ce qui vous pousse toujours en avant malgré ces risques ?

Ce qui me fait continuer dans l’alpinisme, même si mon carnet d’adresses se transforme parfois en cimetière, et ce n’est pas morbide de dire ca, c’est le sentiment que les gens que j’ai croisés et qui sont dans l’alpinisme de pointe, sont des gens qui croquent la vie et sont vraiment dans une vie vivante. Même s’ils périssent dans un accident, ces gens ont été des comètes qui ont brillé très fort pendant leur passage et qui continuent à briller au delà de leur mort, là où des gens qui vivent longtemps n’auront parfois rien fait briller dans leur passage sur terre.

– Quelle sera votre prochaine expédition?

Ce seront des expéditions mer/montagne avec des marins. Quand on part en voilier dans le grand sud ou dans le grand nord, on rouvre des champs d’exploration étonnants, où on retrouve l’esprit des pionniers, car peu de gens ont abordé des montagnes depuis la mer. En février 2015, je vais partir en Islande à partir de la Bretagne, pour affronter la cascade de glace. Puis l’été 2015, nous irons sur le Groenland est, qui est la partie la moins habitée du Groenland.

Copyright Karine Fléjo, décembre 2014

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