Le cœur du Pélican, de Cécile Coulon (éditions Viviane Hamy) : un talent sidérant!

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Le cœur du Pélican, de Cécile Coulon
Éditions Viviane Hamy, janvier 2015

Une écriture survoltée taille et grave comme une pierre dure, la violence, la souffrance et la rage qui hantent le personnage du Cœur du pélican.
Pas simple pour Anthime et sa sœur Héléna de s’intégrer quand ils emménagent dans une nouvelle bourgade. Sauf à susciter l’admiration et à se démarquer des autres. C’est le cas d’Anthime, dix ans, qui lors du jeu de la quille, se révélera être un coureur hors normes. Un don remarquable et remarqué qui lui vaudra de devenir le protégé de Brice, un entraineur bien déterminé à le porter sur les plus hautes marches de la reconnaissance, à en faire rien moins qu’un champion olympique avant ses 20 ans. Dès lors, aussi vite que les foulées qu’il enchaîne, Anthime devient une star, « Le Pélican », adulé de tous, sous le regard protecteur de sa sœur.
Mais le talent est fragile, il « se construit telle une maison perpétuellement démolie par le vent. » Anthime va l’apprendre à ses dépens, quand son corps surentraîné déclarera forfait en plein milieu d’une importante course. L’échec est alors double : non seulement le garçon ne courait que pour gagner, mais il y avait à la clef la conquête du cœur de Béatrice.
Un échec qu’il ne se pardonne pas. Et de se punir en se coupant de tout ce qui le faisait vibrer, enfermé dans une vie maussade, sans amour, sans passion, sans Graal à conquérir, sans corps à entretenir. Un lent naufrage. Quel but poursuivait-il réellement avec ces courses ? Aux attentes de qui répondait-il ? Qu’en était-il de sa véritable envie, au fond ? A l’instar du pélican, ne s’est-il pas arraché le cœur pour le donner en pâture aux autres ?
Jusqu’au jour où, 20 ans plus tard, les remarques blessantes de ceux qui autrefois le vénéraient, vont provoquer en lui un électrochoc : il peut revenir. Il doit revenir. Quitte à tout remettre en question pour réaliser son rêve. « La vie, ça n’arrive pas qu’aux autres. »

Une réussite ! Cécile Coulon est un véritable OVNI littéraire. Un style qui n’appartient qu’à elle, des formules totalement inédites, une puissance évocatrice rare qui vous transporte au cœur de la course. Une véritable signature. On emboîte le pas à Anthime, on avale les pages comme il avale les kilomètres, le cœur battant, la tension à son comble, impatients de franchir la ligne finale. Ligne d’arrivée qui, une fois passée en apnée, laisse le lecteur abasourdi par tant de talent.
Un roman incontournable !
P. 93 : Peut-être que les gens vous aiment mieux quand ils ne vous connaissent pas. Quand ils peuvent vous modeler à leurs désirs.
P. 146 : Nous avons trois familles. Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir et celle que l’on a vraiment.