Il faut tenter de vivre, de Eric Faye (Stock) : fascinant!

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Il faut tenter de vivre, Eric Faye

Éditions Stock, août 2015

Rentrée littéraire

 

Il y a 23 ans, le narrateur croise la route d’une jeune femme fascinante lors d’une soirée chez une amie commune. D’elle on lui dira qu’elle vit à Bruxelles, qu’en France elle est « recherchée ». Et qu’elle répond au nom de Sandrine Broussard. De quoi intriguer le jeune homme.

Les jours suivants, il s’arrangera pour la rencontrer à nouveau, attiré par le magnétisme qui se dégage de cette sulfureuse personne. Curieux d’en savoir davantage sur son parcours. Et de découvrir une femme qui s’avère être son exact contraire.

Après avoir cherché en vain à exister dans le regard de sa mère, Sandrine s’est fait une promesse à elle-même : un jour, elle vivra dans le luxe, s’adonnera à sa passion pour la mode, aimantera le regard des hommes, désirée et désirable. Pour vivre son rêve, elle commence par de petits délits : séduire les hommes par le biais de petites annonces et leur extorquer de l’argent. Mais son empathie n’est jamais loin : si l’homme en question accuse le coup trop violemment, elle le rembourse. Elle ne veut pas accabler ses victimes, juste se prouver qu’elle vaut mieux que la repoussante image que sa mère lui a renvoyée. Mais très vite, il lui faut augmenter les risques, les délits perdent de leur pouvoir d’excitation avec l’usage et en appellent donc de nouveaux. Tout se passe comme si elle provoque inconsciemment l’angoisse qu’elle veut fuir, comme si elle a besoin de se remplir de sensations fortes pour se sentir exister, comme s’il lui faut du danger pour combler le vide en elle, se donner une consistance, une densité. Pour se sentir vivante. Elle brûle la vie par les deux bouts et seule cette sensation de brûlure la tient.

Jusqu’au jour où, après des années de clandestinité, elle se sent usée, consumée de l’intérieur. Dopée aux amphétamines et à l’alcool, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Celle qui s’est battue pour devenir celle qu’elle est, est « passée maître dans l’art de ne pas être elle-même. » (p. 91) Alors, prenant conscience de l’urgence de vivre et non plus de survivre, Sandrine va entamer son ultime mue, pour être et ne plus juste par-être.

Un roman fascinant, à l’image de l’héroïne, qui interpellera chacun d’entre nous. La quête de soi n’est-elle pas notre plus long voyage ?

A lire !

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