Citation du jour

« Avec la naissance de son fils, un père accouche souvent de lui-même. Si un seul voit le jour, les deux voient la lumière. »

François d’Epenoux dans Le réveil du coeur (Anne Carrière 2014)

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Il faut tenter de vivre, de Eric Faye (Stock) : fascinant!

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Il faut tenter de vivre, Eric Faye

Éditions Stock, août 2015

Rentrée littéraire

 

Il y a 23 ans, le narrateur croise la route d’une jeune femme fascinante lors d’une soirée chez une amie commune. D’elle on lui dira qu’elle vit à Bruxelles, qu’en France elle est « recherchée ». Et qu’elle répond au nom de Sandrine Broussard. De quoi intriguer le jeune homme.

Les jours suivants, il s’arrangera pour la rencontrer à nouveau, attiré par le magnétisme qui se dégage de cette sulfureuse personne. Curieux d’en savoir davantage sur son parcours. Et de découvrir une femme qui s’avère être son exact contraire.

Après avoir cherché en vain à exister dans le regard de sa mère, Sandrine s’est fait une promesse à elle-même : un jour, elle vivra dans le luxe, s’adonnera à sa passion pour la mode, aimantera le regard des hommes, désirée et désirable. Pour vivre son rêve, elle commence par de petits délits : séduire les hommes par le biais de petites annonces et leur extorquer de l’argent. Mais son empathie n’est jamais loin : si l’homme en question accuse le coup trop violemment, elle le rembourse. Elle ne veut pas accabler ses victimes, juste se prouver qu’elle vaut mieux que la repoussante image que sa mère lui a renvoyée. Mais très vite, il lui faut augmenter les risques, les délits perdent de leur pouvoir d’excitation avec l’usage et en appellent donc de nouveaux. Tout se passe comme si elle provoque inconsciemment l’angoisse qu’elle veut fuir, comme si elle a besoin de se remplir de sensations fortes pour se sentir exister, comme s’il lui faut du danger pour combler le vide en elle, se donner une consistance, une densité. Pour se sentir vivante. Elle brûle la vie par les deux bouts et seule cette sensation de brûlure la tient.

Jusqu’au jour où, après des années de clandestinité, elle se sent usée, consumée de l’intérieur. Dopée aux amphétamines et à l’alcool, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Celle qui s’est battue pour devenir celle qu’elle est, est « passée maître dans l’art de ne pas être elle-même. » (p. 91) Alors, prenant conscience de l’urgence de vivre et non plus de survivre, Sandrine va entamer son ultime mue, pour être et ne plus juste par-être.

Un roman fascinant, à l’image de l’héroïne, qui interpellera chacun d’entre nous. La quête de soi n’est-elle pas notre plus long voyage ?

A lire !

Citation du jour

« La compassion n’avait lieu qu’au moment où l’on se reconnaissait dans l’autre, au moment où l’on prenait conscience que tout ce qui concernait l’autre pouvait nous arriver, exactement, avec la même violence, la même brutalité.

Dans cette conscience de ne pas être à l’abri, de pouvoir descendre aussi bas – et seulement là – la compassion pouvait survenir. La compassion n’était rien d’autre qu’une peur pour soi-même. » Delphine de Vigan, dans les Heures souterraines (JC Lattès)

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Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert (Nathan)

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Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert

Éditions Nathan, juillet 2015

Dans ce tome 2, nous retrouvons les quatre amies Sol, Sand, Mar et la nouvelle venue Angela, lesquelles passent leurs vacances chaque été à Cherbourg. Une bande d’inséparables dont même les centaines de kilomètres, la fin de l’été venue, ne sauraient distendre les liens. Car heureusement, il  y a internet et le réseau social Justfriends sur lequel elles aiment se retrouver pour échanger, partager leurs joies, leurs espoirs, leurs chagrins et leurs doutes. Et cette année, la palette des émotions sera pour chacune particulièrement riche. Car aux échanges légers sur leurs amours, la mode, la famille, le lycée, les garçons, vont se substituer des propos plus profonds. C’est en effet l’année de tous les bouleversements. Une famille recomposée pour Angela qui doit aller vivre chez son beau-père, le face-à-face avec le cancer de la maman de Sol, le divorce des parents de Mar, l’internat auquel est envoyé Sand. Des repères qui s’effondrent, un avenir incertain, plus que jamais nos quatre amies ont besoin de se serrer les coudes, de puiser en la force de leurs liens de quoi affronter le quotidien. Mais ce n’est pas simple, pour Angela, de trouver ses marques, de se faire une place, tandis que les trois autres copines se connaissent depuis près de dix ans. Pas simple non plus de partager avec elles ce secret si lourd du suicide de son meilleur ami. A travers son journal intime et les tchats entre filles, le jeune lecteur retrouvera les thèmes et préoccupations qui lui sont chers (amour, famille, école, maladie, deuil), portés par un style résolument moderne.
Un roman aux personnages très attachants, rythmé, sensible, qui ravira les adolescents!