Prix de Flore 2015 : première sélection

Le jury présidé par Frédéric Beigbeder fait une large place à des premiers romans. Mais Boualem Sansal, déjà en piste pour le Goncourt, le Renaudot et le Médicis, y figure aussi.

La première sélection du Prix de Flore présidé par Frédéric Beigbeder vient de tomber. Ils sont dix à prétendre l’emporter. Première remarque: encore une fois, Boualem Sansal fait partie des lauréats potentiels, après avoir figuré sur les listes du Goncourt, du Renaudot et du Médicis.

Fidèle à son esprit et à sa réputation, le «Flore» est sensible aux découvertes, voire même à des premiers romans, allant même chercher un titre publié en début d’année, La Fleur du capital, de Jean-Noël Orengo. Enfin, côté éditeurs, c’est Grasset qui emporte la palme avec trois citations, dont Laurent Binet, absent du Goncourt.

Laurent Binet, La Septième Fonction du langage (Grasset)

Julien Blanc Gras, In utero (Au Diable Vauvert)

Pierre Ducrozet, Eroica (Grasset)

Emilie Frèche, Un homme dangereux (Stock)

Héloïse Guay de Bellissen, Les Enfants de chœur de l’Amérique (Anne Carrière)

Mehdi Meklat & Badroudine Saïd Abdallah, Burn out (Seuil)

Jean-Pierre Montal, Les Années Foch (Pierre-Guillaume de Roux)

Jean-Noël Orengo, La Feur du capital (Grasset)

Daniel Parokia, Avant de rejoindre le grand soleil (Buchet-Chastel)

Boualem Sansal, 2084 (Gallimard)

La deuxième sélection sera annoncée le 15 octobre. Le Prix de Flore 2015 sera décerné le mardi 10 novembre.

Fondé en 1994 par Frédéric Beigbeder – avec un certain parallélisme vis-à-vis du prix des Deux Magots « voisin »–, il récompense un jeune auteur au talent jugé prometteur par un jury de journalistes. Il est décerné au mois de novembre de chaque année au café germanopratin, le Café de Flore

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Soeurs de miséricorde, Colombe Schneck (Stock) : un autre regard sur l’immigration

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Sœurs de miséricorde, Colombe Schneck
Editions Stock, août 2015
Rentrée littéraire.
Azul, née en Bolivie dans une famille d’indigènes quechuas, fait partie de ces femmes immigrées économiques, qui ont tout quitté – pays, famille, mari, enfants, faute de trouver des moyens de subsistance dans leur pays. Et de s’expatrier, loin de ceux qui leur sont chers, dans un pays dont elles ne connaissent rien. Ni la langue, ni les coutumes ni les codes.
Azul a grandi au sein d’une fratrie de 9 enfants, élevée par sa mère, Ximena, dans le petit village de Chuqui-Chuqui. Une famille matériellement pauvre mais riche de l’affection, du respect et des attentions que chacun porte aux autres. « La richesse n’est pas l’accumulation de biens, mais de liens à l’autre. » (p 39) Ximena cultive des fruits dans un jardin luxuriant, qu’elle échange sur le marché contre des produits pour les siens. Consciente de l’importance d’accéder à l’instruction, elle qui ne sait ni lire ni écrire, se sacrifie pour payer des études à ses enfants. Azul ira ainsi jusqu’au collège et deviendra secrétaire. Un mari et deux enfants plus tard, alors qu’elle a atteint une certaine stabilité, Azul voit ses repères s’effondrer. La crise économique que traverse la Bolivie l’oblige à partir chercher du travail à l’étranger, comme de nombreuses femmes. Direction l’Europe. Sans les siens. Mais pour les siens.
Dans ce roman, Colombe Schneck dresse le portrait d’une femme indiciblement attachante, de ces combattantes de l’ombre, capables de déplacer des montagnes pour les leurs, d’accepter sans broncher des sacrifices énormes, des conditions de vie terriblement dures. Seules. Mues par la foi. Par leur amour pour autrui. Des femmes d’une bonté rayonnante, viscérale, pure. Et contagieuse.
Un roman profondément humain. Une belle leçon de vie, de courage et de persévérance.