D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan (JC Lattès)

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Editions JC Lattès, août 2015

Rentrée littéraire.

Quatre ans après le succès de son livre « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan nous revient avec un thriller psychologique particulièrement envoûtant.

Quand la narratrice, romancière à succès prénommée Delphine, envisage de se mettre à un nouveau roman, c’est la consternation. Pas une phrase, pas un mot. Rien. Et les pages blanches de succéder aux pages blanches. La phobie de tout écrivain.

Fragilisée par le retentissement phénoménal de son précédent livre, largement autobiographique, par les répercussions énormes qu’il a eues dans ses rapports avec les proches parfois visés, avec les lecteurs et journalistes avides de découvrir la part de vérité dans la fiction, la romancière pense à un simple passage à vide. Mais les jours passent. Et le malaise s’installe. Que va-t-elle pouvoir écrire après un tel succès ? Et dans quelle voie ? Renouer avec la fiction ? Persister dans l’autobiographie ?

Dans cette période de doute, d’isolement aussi-puisque ses deux enfants sont partis étudier en province, Delphine rencontre L., nègre de profession. Une femme charismatique, intuitive, sûre d’elle. Le genre de femme qu’elle aurait aimé être, elle si maladroite et en retrait. Peu à peu, sans qu’elle n’en ait conscience, et surtout à l’insu de tous, L. va prendre une place de plus en plus grande dans sa vie. Son écoute, ses conseils, sa présence, son regard, lui deviennent indispensables. Mais les véritables intentions de L. sont-elles celles affichées ? Etonnée, amusée, fascinée, la romancière a-t-elle raison de lui accorder sa confiance aveugle ? Celle qui s’annonçait dans sa vie comme le messie, découvre alors un autre visage. Mais quand Delphine réalise sa méprise, il est trop tard…

Dans ce fascinant roman, Delphine de Vigan joue avec la fragile frontière qui sépare réel et autofiction, roman et récit. En cette période où le public semble développer un formidable appétit pour tout ce qui est ou semble « vrai », par le biais des émissions de télé-réalité, de magazines voyeuristes ou de biographies de célébrités, elle interroge le lecteur, joue avec lui. Et, tandis que la toile se tend autour de la narratrice, que le piège se referme sur elle, victime de la manipulation diabolique de L., le lecteur se trouve lui-même piégé par l’intrigue… Qui manipule qui, au juste ?

Un roman subtilement construit et brillamment rédigé !

P. 323 : Voilà ce que L. avait réactivé : la personne insécurisée en moi capable de tout détruire.

P. 325 : Quiconque a connu l’emprise mentale, cette prison invisible dont les règles sont incompréhensibles, quiconque a connu ce sentiment de ne plus pouvoir penser par soi-même, cet ultrason que l’on est seul à entendre et qui interfère dans toute réflexion, toute sensation, tout affect, quiconque a eu peur de devenir fou ou de l’être déjà, peut sans doute comprendre mo silence face à l’homme qui m’aimait.