Comment j’ai tué mon père, de Frédéric Vion (Flammarion)

Comment j’ai tué mon père, Frédéric Vion

Éditions Flammarion, octobre 2015

Difficile de se construire lorsqu’on a été victime de parents dits « toxiques », qu’ils aient été violents physiquement, psychologiquement, absents ou trop intrusifs. En effet, les violences familiales, que les enfants y soient exposés de façon directe ou indirecte, ont toujours un impact considérable sur eux. Même si les violences ne sont pas dirigées contre leur personne, elles constituent un réel traumatisme. Car l’enfant souffre de la situation et est terriblement fragilisé par l’angoisse qu’elle génère. Ses deux parents, qui devraient être des soutiens indéfectibles, se révèlent en effet incapables d’être des piliers sur lesquels il peut s’appuyer. Il ne trouve plus la sécurité dont il a besoin et pas non plus d’exemples valables pour se construire. En plus, il est obligé de se soumettre à l’autorité d’un adulte qu’il ne peut pas, dans ces conditions, respecter, qui, en imposant sa loi personnelle par la violence, transgresse la loi sociale.

C’est dans cette atmosphère délétère que Frédéric Vion a grandi. Son père, véritable tyran domestique, garde dans un placard à la maison tout un arsenal d’armes : balles de pistolet, de fusil, armes à feu, grenades, etc. Le but ? Buter femme et enfants, comme le père l’a clairement évoqué, si l’un d’eux venait à le contrarier. Ni plus, ni moins. A la maison, c’est donc le régime de la terreur qui règne, tandis que femme et enfants se soumettent, sous peine de représailles, voire de mort. « Je crois pouvoir dire qu’à cause de mon père, j’ai vécu les dix premières années de ma vie sous l’empire d’une sorte de Gestapo ». Dès lors, pour Frédéric, l’urgence vitale passe par l’excellence des résultats scolaires, la réussite à tous ses examens : « J’avais l’impression, sans doute justifiée, que ma vie en dépendait, que je ne pourrais sortir de mon milieu et de mon enfance ratée, que grâce à la réussite scolaire qui allait me permettre de remplir au maximum mon bagage de survie. »

Un livre témoignage très touchant, qui fait froid dans le dos et porte un message d’espoir : il est possible de se reconstruire, même s’il est impossible d’oublier ou d’effacer la violence subie. Frédéric Vion nous montre que si d’aucuns peuvent se laisser dépérir dans le manque, d’autres y puisent un surcroît de vie, une énergie et une volonté de dépassement inouïes. C’est son cas. Et il nous le fait partager avec beaucoup d’émotion et de sensibilité.

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