Prix Médicis 2015 : Nathalie Azoulai

Nathalie Azoulai, le 7 octobre 2015 à Paris.

Le prix Médicis a été attribué à Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai (P.O.L). Le Médicis étranger distingue Encore, du turc Hakan Günday (Galaade) et le Médicis essai, Sauve qui peut la vie, de Nicole Lapierre (Seuil).

Titus n’aimait pas Bérénice est le sixième livre de Nathalie Azoulai, après cinq textes ancrés dans notre époque au point de prendre l’allure de romans « sociétaux » – qu’ils évoquent la maternité, comme Mère agitée(Seuil, 2002) et Les Filles ont grandi (Flammarion, 2010), ou qu’il y soit question de racisme et d’antisémitisme, comme dans Les Manifestations (Seuil, 2005).

Dans ce nouvel ouvrage, en revanche, l’ancienne normalienne et agrégée imagine une femme d’aujourd’hui, quittée par son amant, marié et décidé à rester avec sa femme en dépit de son amour pour sa maîtresse. S’abreuvant aux vers de Racine, elle décide de « quitter son temps, son époque », et de se plonger dans la vie de l’écrivain pour « construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes » : « Si elle comprend comment ce bourgeois de province a pu écrire des vers aussi poignants sur l’amour des femmes, alors elle comprendra pourquoi Titus l’a quittée », écrit Nathalie Azoulai.

« Empoigner le marbre »

Ainsi se lance-t-elle dans le récit (romancé) de l’existence de Racine, ses années de formation à Port-Royal, l’enseignement de ses maîtres jansénistes, la découverte de la traduction du latin, où il va progressivementforger sa propre langue si étonnante, jusqu’à finir par donner, au fil de ses douze tragédies, « un idiome à la France ». Elle imagine comment Racine a réussi à devenir « l’endroit où le masculin s’approche au plus près du féminin » en inventant des sortes de séances de confession, sans dimension religieuse, où des femmes racontent au grand homme les effets sur elle du chagrin amoureux…

Il y a dans Titus n’aimait pas Bérénice quelques pages superbes, des phrases dépouillées et pourtant d’une grande force. Une volonté de fouiller l’histoire et la langue pour réussir à « empoigner le marbre » de la statue du tragédien, et lui donner chair, lui insuffler de la vie.

Un roman turc dans la peau d’un « passeur »

Distingué par le Médicis étranger, Hakan Günday, né en 1976, est l’auteur de huit romans. Il raconte que l’idée d’Encore (traduit par Jean Descat), paru en Turquie il y a deux ans, lui est venue en lisant dans un journal un article sur l’arrestation d’une bande qui fabriquait des faux gilets de sauvetage ne flottant pas, destinés aux clandestins qui tentent de gagner l’Europe sur des rafiots de fortune depuis la côte turque. Encore est donc un roman qui immerge le lecteur dans le milieu des passeurs et de leur « business », sur les pas de Gazâ qui, à 9 ans, a hérité de l’entreprise de son père « spécialisée » dans le transport de migrants

Avec Nicole Lapierre, plongée intime dans une famille

Directrice de recherche au CNRS, la sociologue et anthropologue Nicole Lapierre « prolonge » ses travaux sur les questions de mémoire et d’identité en se penchant sur sa propre histoire, ce qu’elle s’était toujours refusée à faire, dans un poignant récit littéraire. « Dans ma famille, on se tuait de mère en fille » est la première phrase de ce livre écrit pour évoquer le souvenir de sa grand-mère, de sa sœur et de sa mère, toutes mortes dans des conditions dramatiques : un accident dû à une fuite de gaz pour la première (selon la version autorisée), le choix du suicide pour la deuxième et la troisième. La pudeur et l’optimisme finissent partriompher de cette plongée intime au cœur d’une famille juive déchirée entre « semelles de plomb qui entraînent par le fond » et « ornements de plumes qui frémissent au vent ».

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Prix Interallié 2015 : les quatre finalistes

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Surprise dans la sélection finale du Prix Interallié qui sera remis le 12 novembre. Philippe Jaenada a fait son apparition dans le dernier carré alors qu’il ne figurait dans aucune liste.

Autre remarque: deux auteurs de la maison Grasset sont encore en lice, Laurent Binet et Charles Dantzig. Et donc, deux auteurs Julliard. Jaenada et Lionel Duroy. Ce dernier, passionné de cyclisme, revient de loin, son roman Echapper ayant été publié en janvier 2015. Il est rare qu’un titre sorti en début d’année franchisse la ligne de la rentrée littéraire de septembre.

Qui aura le prix Interallié 2015? Réponse le 12 novembre. (©BibliObs)

La liste des 4 finalistes:

● Laurent BinetLa septième fonction du langage (Grasset)

● Charles DantzigHistoire de l’amour et de la hain» (Grasset)

● Lionel DuroyÉchapper (Julliard)

● Philippe JaenadaLa Petite Femelle (Julliard).

Parmi les derniers éliminés de la précédente sélectionfigurent Olivier Poivre d’Arvor, Nathalie Rheims et Boualem Sansal. La proclamation aura lieu le 12 novembre.

Le Prix Interallié a été créé en 1930 par un groupe de journalistes. Généralement, le jury ne l’attribue pas à un écrivain qui a déjà reçu un des grands prix d’automne, c’est pour cela qu’il est décerné en dernier, après le Goncourt, le Renaudot, le Médicis, le Femina et le Grand Prix du roman de l’Académie française.

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre adapté en bande dessinée par Christian de Metter! Magnifique.

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître

Illustrations de Christian de Metter

Editions Rue de Sèvres, octobre 2015

Prix Goncourt en 2013 et succès en librairie, Au revoir là-haut devient une bande dessinée et scelle la rencontre à la fois artistique et amicale de son auteur Pierre Lemaitre avec le dessinateur Christian de Metter.

Vous avez forcément entendu parler, et peut-être même lu, ce chef d’oeuvre de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, paru il y a deux ans et couronné par le prix Goncourt. Une fresque historique fascinante, doublée d’une émouvante histoire d’amour, sur la France au sortir de la première guerre mondiale. Le récit bouleversant de deux survivants, Albert Maillard, modeste comptable, et Edouard Péricourt, fils de bonne famille, qui tentent de survivre dans une société peu reconnaissante envers ceux qui ont risqué leur vie pour elle. Comme de nombreux poilus, ils ont le sentiment que depuis qu’ils ont gagné la guerre, ils la perdent un peu plus chaque jour. Edouard, défiguré, vit reclus et refuse toute chirurgie réparatrice. Mais pas toute réparation morale. Il imagine une énorme escroquerie à l’échelle nationale, laquelle va leur rapporter gros. Si cela marche…

Ceux qui ont aimé le roman retrouveront avec plaisir son adaptation ô combien réussie en bande dessinée. Ceux qui découvrent l’histoire auront envie de se jeter sur le roman une fois la BD dévorée. Sous la puissance évocatrice des traits de Christian de Metter, son talent pour la mise en scène, l’histoire des deux personnages est sublimée.

Cette nouvelle publication des éditions Rue de Sèvres est encore une vraie réussite!

Informations pratiques :

Nombre de pages : 176

Prix éditeur : 22,50€