Prix du style 2015 : Sorj Chalandon

Lauréat 2015

Le romancier et journaliste a été distingué pour son livre Profession du père. Le jury a salué un « style percutant et captivant ».

Il n’existe que depuis 2005, mais le prix du Style fait, petit à petit, sa place dans la famille des récompenses littéraires. Le jury a distingué Sorj Chalandon pour son roman Profession du père (Grasset). Avec ce livre, Chalandon revient à sa veine intimiste après être passé par l’Irlande à plusieurs reprises et par le Liban.

Comme le titre l’indique, l’écrivain évoque un très proche, mais également un homme très bizarre: son père. C’est l’histoire d’Émile, treize ans (cet enfant pourrait bien ressembler à l’auteur) qui subit les lubies et les mauvais traitements de son géniteur. Ce dernier étant un peu mythomane, il se prend pour un agent secret américain. Émile raconte: «Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. Je n’avais pas le choix. C’était un ordre…»

Profession du père, de Sorj Chalandon l’a emporté face à un autre superbe roman, Après le silence, de Didier Castino, publié chez Liana Levi. Ce dernier a décroché le Prix du premier roman la semaine dernière. Chez Chalandon, les membres du jury ont voulu saluer «le style percutant et captivant d’un livre capable de donner vie à un personnage de littérature digne d’une Folcoche ou d’une Madame Lepic, la mythomanie et la perversion narcissique en plus…»

Le montant du chèque égale le nombre de pages

Le lauréat part avec un chèque d’un montant correspondant au nombre de pages de son livre (316€ pour Chalandon), il emporte également un vélo électrique BMW.

Le prix du Style est parrainé par le cabinet d’avocats Obadia & Stasi. Pourquoi a-t-il été créé? «Alors que le style est l’essence même de la littérature, il semble aujourd’hui la chose la moins valorisée par la critique ou les jurys de prix littéraires. Drôle de paradoxe. Triste constat», souligne Antoine Buéno, fondateur de ce prix.

C’est, explique-t-il, pour remédier à ce fâcheux constat où la plume des écrivains passe souvent au second plan qu’il a décidé de se lancer dans l’aventure. Ça a commencé en 2005, et de magnifique manière. Cette année-là, le jury avait couronné l’un des meilleurs et des plus subtils romans, La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy. Le palmarès a de la tenue: parmi les lauréats, on note Bruce Mathieussent, Marie-Hélène Lafon, Bernard Quiriny, Véronique Bizot, Céline Minard…

Le jury, présidé par Antoine Buéno, rassemble Véronique Cardi, directrice générale du Live de Poche, Irène Frain, romancière, Georges-Marc Habib, libraire, Viktor Lazlo, chanteuse, Macha Méril, comédienne, Sophie Obadia, avocate, et des journalistes et critiques Patrice Carmouze, Bernard Lehut, Baptiste Léger, Éric Naulleau, Jacques Nerson, Pierre Vavasseur.

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Le premier pas, de Marie-Laure Bigand

Le premier pas, Marie-Laure Bigand

Editions HQN, novembre 2015

Ebook

Irène, la quarantaine, divorcée, a la garde de sa fille Solenne. Depuis la dislocation de son couple, c’est la fuite en avant. Pas le choix. Avancer, ne pas penser, tenir. Pour elle, pour sa fille. Or Solenne va l’obliger à interrompre sa course. Entre la mère et l’adolescente, la communication se délite. Les joutes verbales font place à la complicité originelle. Les cris et la révolte à la tendresse et la compréhension.

Car Solenne lui reproche le départ de son père. Et les tentatives d’Irène pour restaurer le dialogue sont vaines. Rejetée de l’univers de sa fille de 15 ans, elle n’est plus reliée à elle que par le pont que constitue ce duel oratoire. Un bras de fer entre rancune et raison. Epuisant. Douloureux.

Une solution transitoire est alors trouvée : Solenne ira passer l’été chez son père et sa nouvelle compagne. La distance et le temps permettront à chacune de faire le point, de souffler. Et qui sait, de faire revenir Solenne sur son désir de vivre chez son père désormais.

Seule pour la première fois, Irène éprouve alors l’irrépressible besoin de renouer avec ses racines, celles du réconfort que lui procurait son ineffable amitié avec Patricia. Patricia, l’amie d’enfance, la complice, la confidente. Patricia, sa « fausse » jumelle. Son double.

Mais plus de vingt années se sont écoulées sans qu’elle n’ait de nouvelles de son amie. N’est-il pas illusoire de vouloir retisser des liens sur une trame mitée par un si long silence ? Son désir de reprendre un chemin commun là où le carrefour de leur existence les a séparées, sera-t-il partagé par Patricia ? Leur si riche vécu commun influera t-il sur le cours de leurs destinées ? Irène l’ignore. Ce dont elle est certaine, c’est qu’elle est prête à faire le premier pas.

Avec une plume alerte, un vocabulaire simple et limpide, des situations d’une vibrante authenticité, Marie-Laure Bigand nous entraîne le cœur battant sur les pas de ses personnages. Et nous lecteurs de marcher dans leurs empreintes, lesquelles se mêlent parfois aux nôtres tant ils nous sont proches. Tant ils nous ressemblent…

Un roman très touchant vers lequel vous pouvez faire le premier pas les yeux fermés !