Prix Renaudot 2016 : Yasmina Reza

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Le prix Renaudot a été décerné à Yasmina Reza pour Babylone (Flammarion).

Ce livre est l’histoire d’une femme normale à qui il arrive des choses normales : la mort de sa mère, une fête de printemps qui se passe à peu près bien… Malheureusement suivie d’un drame conjugal chez les voisins du dessus. Babylone est un monologue intérieur très drôle et parfois très sombre, une tragi-comédie de banlieue résidentielle où, entre deux notations sociologiques si justes qu’elles donnent le fou rire, surgissent, comme en passant, des réflexions qui évoquent une tout autre histoire. Et puis il y a quand même un meurtre.

Sans Yasmina Reza, ce petit meurtre entre amis dans un immeuble banal d’une banlieue dortoir ne vaudrait guère mieux qu’un épisode du Commissaire Moulin. Sous sa plume, le coup de sang du voisin du dessus devient une pièce savoureuse, prétexte à la réflexion sur l’ennui et la médiocrité de nos vies.

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Prix Goncourt 2016 : Leila Slimani

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Ce jeudi, au restaurant Drouant à paris, le jury a décidé de récompenser Leila Slimani pour Chanson Douce chez Gallimard.

Quatre auteurs étaient en lice ce jeudi pour remporter le prix Goncourt, le plus convoité des prix littéraires.

Les thèmes des quatre oeuvres en lice appartenaient à un registre sombre: infanticide pour Leïla Slimani (« Chanson douce » chez Gallimard), suicide pour Catherine Cusset (« L’autre qu’on adorait » chez Gallimard), cannibalisme pour Régis Jauffret (« Cannibales » au Seuil) et génocide pour Gaël Faye (« Petits pays » chez Grasset).

Deux femmes et deux hommes devaient être départagés : c’est finalement la favorite, Leïla Slimani, qui a remporté les faveurs des 10 membres du jury, réunis au restaurant Drouant à Paris.

Le Goncourt demeure une aubaine pour les éditeurs. En moyenne, un livre primé s’écoule à plus de 345 000 exemplaires. L’an dernier, il a récompensé «Boussole» de Mathias Enard (Editions Actes Sud), un ouvrage exigeant sur les liens entre l’Orient et l’Occident.

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman coup de coeur en cliquant sur ce lien : Chanson douce

 

Prix Médicis 2016 : Ivan Jablonka

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Le prix Medicis 2016 est attribué à Ivan Jablonka pour Laëtitia ou la fin des hommes publié chez Seuil a annoncé mercredi le jury. 

Ivan Jablonka était en compétition avec six autres auteurs. Il a obtenu 5 voix contre 3 à Nathacha Appanah pour Tropique de la violencechez Gallimard.

Ce livre est le portrait sensible de Laëtitia Perrais, jeune femme de 18 ans, violée, assassinée près de Pornic, en Loire-Atlantique, en janvier 2011. Il dresse également une radiographie sans complaisance de la France du début du 21e siècle. « J’ai une pensée pour Laetitia, pour sa sœur Jessica et pour tous leurs proches », a commenté l’écrivain en saluant un « extraordinaire honneur ». Ce récit, salué par la critique, avait déjà remporté le prix littéraire du journal Le Monde. Ce livre est un peu un ovni littéraire car il n’est ni un roman, ni un essai, ni du journalisme d’investigation mais un peu tout cela à la fois.

En sociologue, Ivan Jablonka, 43 ans, s’interroge sur « l’énorme misère que notre société produit ». Le fait divers est traité comme un objet d’histoire. Il est question des inégalités qui divisent les individus dès l’enfance, du rôle des médias, du manque de moyens alloués à la justice, de politique aussi quand elle cherche, comme ce fut le cas au moment du drame, à instrumentaliser une tragédie à des fins partisanes. L’auteur a interrogé les témoins de la tragédie, notamment Jessica, la sœur jumelle de Laëtitia, il a rencontré les acteurs de l’enquête, assisté au procès en appel du meurtrier en 2015.

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10 ans de liberté, Natascha Kampusch (JC Lattès)

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10 ans de liberté, Natascha Kampusch

Editions JC Lattès, octobre 2016

Enlevée puis retenue prisonnière de l’âge de 10 ans à l’âge de 18 ans, Natascha Kampusch nous livre dix ans après son évasion un aperçu de son retour à la liberté. Émouvant. Édifiant aussi : la liberté n’est pas qu’une question de murs…

J’ai tout d’abord hésité à lire ce service de presse. Peur de la pipolisation, d’un voyeurisme malsain. Mal-être aussi, provoqué par l’horreur vécue par cette jeune femme. Puis je suis tombée par hasard sur une interview d’elle au sujet de son livre à la télévision. J’ai alors été saisie par sa personnalité, émue par sa quête à travers cet ouvrage. Et je me suis précipitée dessus.

Dans un premier livre, intitulé « 3096 Jours », Natascha Kampusch s’était déjà livrée sur son calvaire. Pour répondre aux questions qui l’assaillaient de toutes parts. Et surtout espérer ne plus avoir à en parler.

Mais si elle a tout fait pour tourner la page, pour avancer, en ayant appris tant bien que mal à vivre avec ses indélébiles blessures, on ne lui laissa pas ce choix. Sa liberté n’est depuis dix ans que toute relative. Certes, il n’y a plus ni bourreau, ni cachot. Mais ses faits et gestes sont sans cesse épiés, interprétés, jugés, déformés. Certains détails de son incarcération passés volontairement sous silence sont imaginés, conformément aux attentes et fantasmes de certains, puis présentés comme la vérité. Son histoire est réécrite dans les journaux à sensation. Pire : du statut de victime, elle devient bientôt suspecte. Suspecte de s’en tirer aussi bien – du moins lors de ses apparitions médiatiques, car personne ne se soucie de ce qu’il en est réellement hors champ, au quotidien. « Les spécialistes des théories du complot, les journalistes, les enquêteurs véritables ou autoproclamés, les politiciens et la justice, chacun y est allé de son couplet, en se servant de moi à des fins sur lesquelles je n’avais aucun contrôle ». Et l’enfer de continuer. Elle qui avait tant espéré connaître cet extérieur quand elle était en captivité, elle qui l’avait imaginé bienfaisant, réalise s’être bercée d’illusions. Le mal peut se nicher partout, à des degrés divers. Comme aurait dit Sartre, l’enfer, c’est les autres… L’enfer, c’est l’espèce humaine, parfois.

Malgré ces difficultés, cet amer constat, Natascha Kampusch ne s’apitoie pas sur son sort, animée par le besoin d’agir, d’aider les autres (notamment dans des projets humanitaires au Sri Lanka). Et une volonté tenace. Une femme qui force l’admiration par sa combativité, sa volonté, son altruisme. Un témoignage bouleversant.