Prix des lecteurs l’Express/BFMTV 2017 : Didier Decoin

Le prix des lecteurs L’Express/BFMTV récompense cette année Didier Decoin, écrivain confirmé, récompensé en son temps par l’Académie Goncourt dont il est aujourd’hui l’un des piliers, pour Le Bureau des Jardins et des Étangs, paru aux éditions Stock.

Didier Decoin est le quatrième lauréat de ce prix, après Maylis de Kerangal, François-Henri Désérable et Marc Victor, son prédécesseur, l’an dernier. Les autres livres en lice étaient : Marlène de Philippe Djian, Inhumaines de Philippe Claudel, Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, Costa Brava d’Eric Neuhoff, Calcaire de Caroline de Mulder, Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik et Article 353 du code pénal de Tanguy Viel.

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce livre : 

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Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!

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Ecoute-moi bien, Nathalie Rykiel (Stock)

Ecoute-moi bien Nathalie Rykiel

Editions Stock, mai 2017

 

« Depuis le jour de ma naissance, peut-être même avant et tout le long de la vie, nous nous sommes parlé chaque jour. » Dans ce vibrant hommage à sa défunte mère, Nathalie Rykiel poursuit le dialogue avec elle, suture sa blessure au fil des mots, se nourrit de souvenirs pour combler le vide abyssal laissé par sa mort en août 2016.

Ecoute-moi bien est un hymne à l’amour, un récit sur une relation mère-fille, sur la quête de sa place dans la lignée familiale. Une relation pour le moins fusionnelle, dévorante. Aussi paradisiaque qu’infernale à d’autres moments. Aussi douce que difficile parfois. « Avec toi j’ai connu le plus beau, j’ai vécu le plus dur ». Comment grandir dans l’ombre de celle qui a su révolutionner la mode, s’imposer, éblouir, construire un empire ? Comment prendre son envol face à une mère qui vous prévient qu’elle ne vous laissera jamais partir ? Comment préserver son espace vital quand on forme déjà un couple si fusionnel avec sa mère ? Car Nathalie et Sonia non seulement travaillent ensemble, mais vivent dans le même immeuble, séparées de tout juste dix-neuf marches, que Nathalie emprunte plusieurs fois par jour.

« Mon sujet ce n’est pas toi, c’est nous. Nous deux. Ce que tu as fait de moi. Ce que je t’ai laissée faire de moi. Avec bonheur avec douleur. Comment je t’ai laissée me bouffer et t’installer aux premières loges de ma vie. Et moi, qui ai toujours été au front-row de la tienne. »

Avec des phrases courtes, un style incisif, il y a dans l’écriture de Nathalie Rykiel une forme d’urgence. Un impératif. Parler à sa mère à cœur ouvert, parler aux lecteurs de cette femme extraordinaire. Parler pour la retrouver. Parler pour la garder vivante dans les pensées des gens. Un récit intime bouleversant, à portée universelle : comment s’inscrire dans l’existence, trouver sa place ? A lire !