Prix Marguerite Yourcenar 2017 : Annie Ernaux

Annie Ernaux a été distinguée par le prix Marguerite-Yourcenar, décerné par la Société civile des auteurs multimédia (Scam). 

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Le Prix :

« On connaît très mal un écrivain par un seul de ses livres : les harmoniques de l’œuvre nous échappent. »
Marguerite Yourcenar, En pèlerin et en étranger. C’est pour mieux approcher un auteur, appréhender son univers, (re)découvrir son talent que, chaque année, en décembre, le Prix Marguerite Yourcenar est décerné.
Doté de 8.000 euros par la Scam, il couronne un auteur pour l’ensemble de son œuvre.

La lauréate :  

 

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Annie Ernaux, née en 1940 en Seine-Maritime, est professeure de lettre et écrivaine. Auteure d’une vingtaine d’ouvrages essentiellement autobiographiques publiés chez Gallimard, elle a notamment remporté le Renaudot 1984 pour La place, les prix Marguerite-Duras et François-Mauriac en 2008 pour Les années,  récompensé en 2016 par le prix Strega de littérature européenne. Annie Ernaux a également reçu le prix de la Langue française 2008 à Brive pour l’ensemble de son œuvre.

Le prix lui sera remis le 4 décembre dans la salle du théâtre du Vieux-Colombier (Paris 6e).

L’enfant-mouche, de Philippe Pollet-Villard : un bijou de sensibilité dans un écrin de talent

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L’enfant-mouche, Philippe Pollet-Villard

Editions Flammarion, août 2017

Rentrée littéraire

Inspiré de l’histoire de la mère de l’auteur, ce roman fait resurgir d’un passé tabou le destin inimaginable et ô combien bouleversant d’une enfant sauvage livrée à elle-même. Magistral !

Quand Anne-Angèle, infirmière au Maroc, apprend que sa sœur Mathilde a eu un accident, elle rentre précipitamment à Paris. Mais elle arrive trop tard. Mathilde a rendu son dernier souffle. Elle apprend alors que cette dernière était sur le point de recueillir une petite Marie à l’orphelinat, moins cependant par désir de l’entourer d’affection que pour en retirer des bénéfices financiers. Voyant en cette enfant la possibilité de gains substantiels, Anne-Angèle décide de prendre le relais de sa sœur et de l’adopter.

Mais en cette année 1944, la guerre fait rage. Anne-Angèle et l’enfant doivent se réfugier dans l’est de la France, dans la campagne de la Champagne. Une zone occupée dans laquelle il leur est difficile de se faire une place. En marge du village, la femme et l’enfant s’installent dans une baraque insalubre transformée en infirmerie, armées de leur seule bonne volonté. Mais la clientèle se fait rare, voire inexistante. On ne fait pas confiance à ces étrangères venues de la capitale. Pire, Anne-Angèle tombe gravement malade. Les rôles s’inversent alors : c’est l’enfant, du haut de ses douze ans, qui doit veiller sur l’adulte et assurer leur survie.

Dans ce roman rédigé d’une sensibilité à fleur de plume, Philippe Pollet-Villard nous entraine sur les pas de la douce Marie, une enfant qui a grandi sans la colonne vertébrale qu’est l’amour maternel, ballotée de familles d’accueil en foyers. Une enfant que les circonstances ont fait murir trop vite. Sans repères, guidée par la nécessité impérieuse de satisfaire ses besoins les plus essentiels, elle va puiser la nourriture, la tendresse, l’amour, là où ils se trouvent : que ce soit du côté français comme du côté allemand. Quitte à s’attirer l’opprobre de la population villageoise. Mais ces villageois sont-ils eux-mêmes irréprochables ? La guerre se divise-t-elle de façon aussi manichéenne que cela, avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants ? Rien n’est moins sûr. Ce roman, d’une extraordinaire densité, se vit bien plus qu’il ne se lit. Il vous propulse au cœur de la guerre, aux côtés d’une enfant que vous avez alors envie de serrer dans vos bras, de consoler, d’aimer… Et que vous ne pourrez plus oublier.

Magistral.