Prix Wepler 2017 : les deux lauréats

Depuis 20 ans, le souhait le plus ardent du Prix Wepler-Fondation La Poste est de donner une chance de plus aux écrivains sélectionnés pour exister sur la scène littéraire automnale. Cette année, deux premiers romans ont été primés.

Ils étaient treize à concourir pour le Prix Wepler- Fondation La Poste. Ce dimanche 12 novembre, le jury s’est réuni pour désigner les lauréats.  Le prix revient à Guillaume Poix pour Les fils conducteurs (Verticales), tandis que la mention spéciale revient à La fin de mame Babyde Gaël Octavia (Gallimard).

La Fondation La Poste dote ce Prix d’une somme de 10 000 euros qui récompense une prise de risque romanesque et un style exigeant. Elle attribue aussi au lauréat de la mention spéciale une somme de 3 000 euros pour son un ovni littéraire prodigieusement inclassable.

Les fils conducteurs

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«Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l’âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s’accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis les avaler.»

Près du port d’Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac et Moïse initient Jacob à la «fouille». Trois jeunes garçons plongés dans les déchets de l’obsolescence industrielle auxquels Guillaume Poix donne une grâce singulière. Ce premier roman captive tant par son style lyrique et son ambition documentaire que par l’humour impitoyable qui interroge les zones troubles du regard occidental.

La fin de mame Baby

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Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l’infirmière à domicile, qui la soigne et l’écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d’un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d’Aline, de retour dans le Quartier qu’elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent…
La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l’art qu’ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s’aimer.

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Dernier train pour Canfranc, Rosario Raro (éditions Kero)

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Dernier train pour Canfranc, Rosario Raro

Traduit de l’espagnol par Carole Condesalazar

Editions Kero, septembre 2017

 Une histoire incroyable, basée sur l’histoire vraie d’Albert le Lay, véritable Oskar Schindler français, qui a permis à des centaines d’hommes et de femmes de fuir la France occupée. Un roman qui nous plonge au cœur des années noires où l’humanité et la compassion semblaient denrée si rare.

1943 : gare de Canfranc, dans les Pyrénées. Dans cette enclave vitale transitent toutes les denrées destinées à l’Europe en guerre, fournies par la péninsule ibérique. Les clandestins à destination de l’Espagne aussi. Il s’agit donc d’un lieu particulièrement stratégique, occupé côté français par les nazis.

Dans cette gare, le chef de douane Laurent Juste est à la tête d’un réseau de résistants franco-espagnol.  Aidé notamment de Jana la jeune femme de chambre, de Montlum le musicien et du contrebandier Durandarte, il cache les fugitifs en transit vers l’Espagne, leur fabrique de faux papiers, leur fournit vêtements et nourriture, risque chaque jour sa vie pour sauver celle des autres.  Et fait des prouesses, ce qui a le don d’irriter et d’humilier les autorités allemandes. Ces dernières décident donc de durcir le ton en mandatant en gare de Canfranc, le commandant Gröber, officier allemand réputé drastique, jusqu’alors affecté au camp de Buchenwald. Un durcissement qui coïncide avec une nouvelle mission pour la résistance : faire passer clandestinement en Espagne des personnalités au nombre desquelles Joséphine Baker et Marc Chagall. Surveillés de près, les résistants parviendront-ils à offrir la liberté à ces personnes ?

Dans ce roman historique passionnant, Rosario Raro nous livre le destin incroyable de ces résistants de l’enclave de Canfranc. Une poignée d’individus au courage héroïque, qui, face à l’horreur nazie, ouvrirent à des centaines voire des milliers de fugitifs, une porte vers la liberté. Et leur évitèrent la « solution finale ». Refusant de reconnaître le gouvernement de Vichy, ils luttèrent pour la victoire alliée. Et la rendirent possible.

Un très bel hommage. Un devoir de mémoire. A lire !