Citation du jour

On connaît si peu ses propres enfants, au fond. Les autres, en général. On ne fait que projeter sur eux les fantasmes qu’ils nous inspirent.

Jean-Philippe Blondel – La mise à nu

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Entrez dans la danse, Jean Teulé chorégraphie l’histoire de France

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Entrez dans la danse, Jean Teulé

Editions Julliard, février 2018

Jean Teulé devient le chorégraphe de l’histoire de France, et tout particulièrement de ce ballet étrange et mortel, la « peste dansante », qui eut pour scène Strasbourg en 1518…

Au début du 16ème siècle, après plusieurs vagues d’épidémie et une église riche mais avare, les strasbourgeois sont affamés. Ils survivent dans une misère telle, que certains en sont réduits à manger leurs nouveau-nés. D’autres à s’en séparer en les jetant dans la rivière. C’est alors qu’un jour de juillet, une femme, Enneline Toffea, se met à danser dans la rue du jeu des enfants. Rien de remarquable si ce n’est que sa danse va devenir contagieuse…et mortelle.

Hommes, femmes, enfants, toute personne entrant en contact avec elle est contaminée et devient contaminante. En moins de deux semaines, ce sont plus de 12000 danseurs qui s’agitent en tout sens jour et nuit, sur une cité qui compte 16000 habitants. Les pieds en sang, affamés, épuisés, déshydratés, ils hurlent, supplient qu’on les aide à mettre fin à leur transe. Mais seule la mort y met un terme. Une rave partie fatale.

Phénomène surnaturel ? Punition divine ? Maladie inconnue ? Crise d’épilepsie collective ? Médecins et autorités religieuses s’interrogent.

Jean Teulé s’inspire une fois encore avec talent de l’histoire de France et la revisite avec son humour grinçant, avec ce contraste saisissant entre la gravité du sujet et la vivacité, la légèreté du style. Un roman qui m’a toutefois moins captivée que les précédents, le sujet de cette peste dansante peinant à tenir la longueur. Un sentiment mitigé, donc.

Collection Kididoc mon imagier, des livres animés pour tout-petits

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Collection Kididoc mon imagier, illustrations Nathalie Choux

Editions Nathan, janvier 2018

Voilà une collection qui va enchanter les petits ! En effet, ces petits livres cartonnés ont tout pour séduire les tout-petits à partir de 6 mois :

  • Des couleurs chatoyantes qui attirent l’oeil
  • Des illustrations craquantes de Nathalie Choux
  • Des animations : dès la couverture, et sur chaque double-page, l’enfant pourra glisser son doigt dans les interstices prévus pour faire apparaître et disparaitre des objets et ainsi animer la page.
  • Un univers fascinant : la fête d’anniversaire, les pompiers, les aliments, les fruits,…, autant d’occasions d’apprendre des mots en nommant les dessins qui peuplent ces univers.
  • Une résistance à toute épreuve ou presque : non pas que les petits soient des brutes 😉, mais ils ne manipulent pas toujours très délicatement les livres. Ces derniers, grâce à leurs pages cartonnées épaisses, ne risquent rien, enfin pas grand chose 😉

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Alors, si vous voulez aiguiser la curiosité de votre enfant, l’accompagner dans l’apprentissage de ses premiers mots, jouer avec lui, exercer sa motricité fine, n’hésitez pas à lui offrir les albums de cette collection !

 

Désormais, mes livres prennent seuls l’ascenseur : « Bougez avec La Poste ! »

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Vous en avez assez de vous reposer le week-end ? Vous rêvez d’être réveillé de tôt matin par des sonneries intempestives ? Vous trouvez les traditionnels joggings somptueusement laids et préférez sortir en nuisette pour faire de l’exercice ? Alors adressez-vous au nouveau coach sportif national : La Poste ! Comment ça, vous ignoriez que La Poste faisait autre chose que livrer du courrier ? Pour ce qui est de la livraison du courrier par contre, il n’y a plus personne…

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Chaque samedi matin, désormais, c’est le même rituel : plus besoin de réveil, mon coach sportif, à savoir ma factrice, sonne. Non, elle ne sonne pas à ma porte. Oh, non pas qu’elle soit paresseuse, pensez donc !  Tssss, elle tient à ce que je fasse ma part d’exercices physiques, soucieuse de ma forme. Louable motif. Elle sonne donc au rez-de-chaussée, à l’interphone !

  • J’ai des livres pour vous !
  • Mais pourquoi ne les mettez-vous pas dans ma boîte aux lettres ?
  • Parce qu’ils ne passent pas par la fente et que je n’ai pas mon pass !
  • Mais vous n’aviez déjà pas votre pass la semaine dernière ni la semaine d’avant ni…

A l’image d’un taxi qui viendrait vous chercher sans voiture, ma factrice livre sans pass, mais pas sans tour de passe-passe.

  • Je vous mets les livres dans l’ascenseur !
  • Mais je suis en nuisette, les cheveux dégoulinant de shampoing !… Allo ?…

La factrice est repartie, sans s’assurer que je réceptionnerai bien les livres, car elle n’est pas là pour ça, non, non, mais pour me faire faire du sport !

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Je vous l’ai dit en titre, depuis plusieurs semaines, mes livres prennent seuls l’ascenseur. Mais ils ne savent pas qu’ils viennent chez moi, alors je dois filer en nuisette à leur rencontre avant qu’un autre résident n’appelle l’ascenseur et ne les intercepte. Et de sprinter, cherchant chaque semaine à améliorer mes relais : ouverture de porte-course jusqu’à l’ascenseur-prise des livres-retour à l’appartement.

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Ça, c’est pour le week-end. Mais La Poste m’entraîne intensivement le reste de la semaine aussi ! Eh oui, c’est un coach consciencieux, à défaut de l’être tout autant dans sa mission première d’acheminement de courrier. Pour cela, La Poste diversifie les entraînements. En semaine, elle m’achemine des colissimos de livres qu’elle dépose entre 20h et 7h00 du matin (heure à laquelle mon conjoint shoote dans des enveloppes trouvées vides en partant au travail). Et comme il s’agit d’un horaire tardif (ou matinal), elle ne sonne pas à ma porte ni à l’interphone. Non, les livres sont généreusement abandonnés sur les marches dans la cour de la résidence, ou sur le trottoir, offerts au premier venu. Cette fois, il s’agit donc de descendre en courant le plus rapidement possible jusqu’à la cour intérieure, et, si vous arrivez trop tard (soit les ¾ du temps) votre sprint de 50 mètres se transforme en course du 200 mètres jusqu’au bureau de Poste. Là, on vous dit que les colis, bien que déposés à la Poste, ne sont plus traités par elle mais par des entreprises sous-traitantes privées, que ce n’est pas leur problème. Suis-je bête, ils sont coachs sportifs, pas livreurs de courrier ! Et puis, je devrais me réjouir, ingrate que je suis. Certes, je n’ai pas reçu les livres qui sont mon outil de travail. Mais. Mais je reviens du bureau de Poste avec un double entraînement à mon actif : une course de 400m et un entraînement ô combien plus difficile : celui de garder mon calme.

Avis à La Poste : Et si, accessoirement, vous livriez le courrier?…

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L’atelier des souvenirs, Anne Idoux-Thivet

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L’atelier des souvenirs, Anne Idoux-Thivet

Editions Michel Lafon

Un premier roman feel-good, d’une infinie tendresse. Et si l’écriture pouvait tisser des liens entre les générations ?

Faute de trouver un poste d’enseignant-chercheur en sociologie, Alice déprime. Chômeuse surdiplômée, poussée par ses parents à prendre son envol du nid, elle dresse un état des lieux. Puisque son autre passion en dehors de la sociologie est de s’occuper des « petits-vieux », au sens noble, respectueux et affectueux du terme, pourquoi ne pas proposer ses services aux maisons de retraite environnantes ? Elle pourrait tenter sa chance dans un champ qui se situerait à la confluence de la culture et de la transmission, en proposant des ateliers d’écriture aux personnes du 3ème voire du 4ème âge ? Aussitôt imaginé, aussitôt concrétisé.

Très vite, des liens se tissent entre les écrivains en herbe des maisons de retraite et Alice. Ces derniers se réjouissent de ces rendez-vous hebdomadaires, de la présence de cette jeune femme chaleureuse dont ils perçoivent l’immense solitude derrière le sourire de façade. De son côté, Alice est sidérée par le pouvoir de l’écriture, laquelle déverrouille les portes de la mémoire, révèle des personnes attachantes aux parcours émouvants. Mieux, l’écriture permet aux générations de se retrouver grâce au partage d’expériences vécues, d’histoires couchées sur du papier, lors des rencontres qu’elle initie entre les enfants de l’école voisine et les résidents des maisons de retraite.

Quand Alice se prête elle aussi à l’exercice, sollicitée par les résidents, curieux de voir ce dont sa plume va accoucher, elle confirme ce qu’ils ressentent : cette immense solitude affective. Il n’en faudra pas plus à notre bande de retraités, désireux de mettre à leur tour du bonheur dans la vie de leur bienfaitrice, pour comploter en cachette : et s’ils aidaient Alice à retrouver l’amour? Leur plan est alors baptisé l’Alice project, plan que notre club des six est bien déterminé à mener à terme. Y parviendront-ils?

Ce roman feel-good est empli de tendresse, réchauffe comme un bon feu de cheminée au cœur de l’hiver. Les personnages, tous très différents et aussi attachants les uns que les autres, nous emmènent sur le chemin de leurs mots, émouvants toujours, drôles parfois, sincères assurément.

Une lecture douce et réconfortante comme un bon édredon moelleux.

La Kar’Interview de Patrice Lepage (suite) : « Lorsque nous sommes à l’écoute de notre intériorité, plus calme et plus lucide, il est plus difficile de se mentir à soi-même »

En octobre dernier, est paru aux éditions Eyrolles le nouveau livre de Patrice Lepage : La métamorphose de Raphaël. Ce livre fut pour moi un tel coup de cœur, que je me suis tournée vers l’auteur, désireuse qu’il nous en parle plus longuement. Ce qu’il a accepté avec beaucoup de gentillesse . Je vous en livrais le premier volet hier. Je vous présente aujourd’hui la suite de la Kar’Interview ! 🙂

Karine Fléjo : Pour savoir ce qui est bon pour soi, pour déterminer quelle voie suivre en accord avec ses aspirations et ses valeurs, il faut tout d’abord se reconnecter à soi. Est-ce que la méditation et l’immersion en pleine nature, auxquelles Raphael a recours, sont les moyens privilégiés pour se trouver, pour distinguer l’essentiel du superflu pour soi?

Patrice Lepage : Certainement et je vais y revenir.

Mais plus encore je crois que c’est au quotidien que les choses se construisent. Moi, j’éprouve un besoin impérieux de trouver des sources de joie dans mon quotidien et dans ce qu’il a de plus banal. Il me semble aussi que la première chose que nous pouvons faire est de repérer ou de construire de tout petits moments de pause que nous pouvons mettre au service d’une prise de contact intérieur. De tout petits moments pour s’envoyer un signal, un message bienveillant «  ça va ?… je suis là…, prends soin de toi… relève la tête…, respire… etc. ». Chaque jour, développer notre attention et notre présence, là, ici et maintenant ! C’est en faisant cela que nous allons éviter de construire des bulles dans lesquelles nous nous coupons peu à peu, de nous-mêmes et des autres.

Bien sur une méditation quotidienne est une formidable manière de s’apaiser et de se recentrer.  D’autant plus que chacun peut adapter une forme de méditation qui lui convienne, c’est ce que j’ai fait moi-même, après avoir travaillé avec d’autres… Mais le problème, c’est que précisément, c’est lorsque nous en avons le plus besoin que nous oublions ce qui peut nous fait du bien. Dès que cela va mieux, nous avons tendance à ne plus faire cet exercice très simple de pause salutaire… On nous apprend à nous laver les dents quotidiennement, pas à nous recentrer intérieurement. La méditation, beaucoup de gens en parlent, peu la pratiquent, cela devrait faire partie des apprentissages fondamentaux de tout humain.

Quant au lien avec la nature, en ce qui me concerne, l’effet est immédiat. Dès que je commence à repérer des signes d’asphyxie intérieure, je me remets en contact avec le moindre brin d’herbe entre deux plaques de béton et aussitôt je me sens partie prenante d’un tout qui me dépasse et qui m’accepte, tel que je suis. Même à 300 à l’heure dans un TGV, je réussi à me relier à ce qui m’entoure, je vois des chevreuils, des lièvres, de beaux arbres des oiseaux… Le contact avec la nature me console de tout et me ramène en moi-même, dans ma vérité intérieure.

Lorsque nous sommes à l’écoute de notre intériorité, plus calme et plus lucide, il est plus difficile de se mentir à soi-même, alors nous pouvons faire des choix plus personnels et les assumer pleinement.

KF : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu’un qui ne se sent plus en phase avec sa vie (professionnelle, sentimentale, amicale, . . . ) et qui  souhaiterait se réaliser?

PL : Je me garderai de donner des conseils, chacun détient seul les clés de son alchimie intérieure.

Je suis convaincu que bien souvent nous savons intérieurement ce qui nous convient, mais que notre esprit est encombré par des tas de choses sans importance, un bruit de fond qui vient masquer nos peurs et nous empêche de voir clair et de tracer notre route.

Changer vraiment, cela fait peur, pour des tas de raisons que nous avons évoquées tout à l’heure. Et il ne faut pas négliger le fait que ce changement peut aussi effrayer ceux qui nous entourent et qui se demandent quel impact cela pourrait avoir sur eux…

Alors faisons le calme en nous, trouvons un peu de paix intérieure, ne serait-ce que quelques minutes dans une journée, interrogeons-nous tranquillement sur ce qui semble ne pas aller, sans attendre de réponse immédiate. Soyons patients mais déterminés à écouter, et souvent, à un moment inattendu, les réponses qui sont en nous remontent à la surface de notre conscience.

Je vois que mon roman se trouve souvent dans les rayons « développement personnel ». Même si je veux rappeler que « La métamorphose de Raphaël » est avant tout un roman et rien d’autre, je suis heureux, grâce à cela, de croiser la route de beaucoup de personnes qui viennent chercher dans ces rayons de l’aide pour avancer sur leur route intérieure. Mais je voudrais aussi dire que si nous avons besoin de nous développer intérieurement, ce n’est pas pour devenir d’égotiques nombrilistes qui chercheraient à se tenir au-dessus de la mêlée. Nous avons besoin de nous développer nous–mêmes parce que c’est seulement à partir de là que nous devenons capables de nous relier aux autres, de les voir, de les reconnaître et d’élever avec eux notre condition humaine.

Beaucoup de lecteurs me demandent ce que va devenir Raphaël…   Voilà la réponse : une fois apaisé, intérieurement ancré, il va pouvoir connaître le bonheur de se relier aux autres, sans risque de disparaître…

La Kar’Interview de Patrice Lepage, auteur de La métamorphose de Raphaël : « Nous construisons une réalité qui finit très souvent par nous asphyxier. »

En octobre dernier, est paru aux éditions Eyrolles le nouveau livre de Patrice Lepage : La métamorphose de Raphaël. Ce livre fut pour moi un tel coup de cœur, que je me suis tournée vers l’auteur, désireuse qu’il nous en parle plus longuement. Ce qu’il a accepté avec beaucoup de gentillesse 😊

Le livre :

Raphaël est un jeune cadre parisien insouciant…jusqu’aux attentats du 13 Novembre. Brutalement, tout lui paraît futile et vain. En plein séminaire professionnel, il décide de tout plaquer…Après quelques jours d’errance, il finit par squatter une vieille grange qui semble abandonnée. Dans ce havre de paix en pleine montagne, il rencontre Elio, Leila, Moïse et Gwen, autant de personnages magnifiques qui vont l’accompagner dans sa quête de sens. Et si ralentir, prendre le temps de se trouver, était le plus beau cadeau que Raphaël puisse se faire ? Un roman à déguster lentement, comme les petits bonheurs fugaces que la vie nous réserve.

 

Karine Fléjo : Bonjour Patrice Lepage. Vous êtes l’auteur de La métamorphose de Raphaël, paru aux éditions Eyrolles. Quel a été le point de départ de ce roman, ce qui vous a donné envie de l’écrire?

Patrice Lepage : Sur le fond, ce qui me pousse à écrire est d’abord un besoin d’exprimer ma musique intérieure, c’est très personnel, comme un soin que je m’apporte. Ensuite, à des moments difficiles de ma vie, j’ai croisé des livres qui m’ont secouru ! Ces livres qui vous ramènent à vous-même, qui vous font comprendre que d’autres partagent ce que vous vivez, que vous n’êtes pas seul… Alors, je me suis dis que peut-être ce que j’écris peut parler à des gens qui en auront besoin, eux aussi, à un moment de leur vie.

Concernant l’écriture, je suis toujours en état de veille, sans aucune préoccupation d’efficacité, je laisse simplement sédimenter en moi des observations, des réflexions, des émotions… Puis, peu à peu une image s’impose, elle est un point de départ,  un repère. Et un jour je sais que c’est le moment, je me mets à écrire, sans arrêt, durant des mois.

KF : Raphael, votre personnage, décide de changer de vie à la suite d’un choc. En l’occurrence ici, les attentats du 13 novembre. Pourquoi faut-il souvent attendre qu’il y ait un drame (maladie, accident, deuil, licenciement,…) pour réaliser et|ou pour décider que la vie qu’on menait jusqu’alors ne nous convient pas ?

PL : C’est inouï de constater cela, très souvent il nous faut prendre une claque avant de décider de nous mettre en mouvement ! Peut-être sommes-nous un peu paresseux, ou peu conscients de notre intériorité, soumis à des influences intérieures ou extérieures que nous ignorons ? Peut-être sommes-nous incapables d’apprendre autrement que par notre propre expérience, peut-être subissons-nous le dictat d’un cerveau qui veut nous installer dans un confort végétatif pour assurer notre survie « Là tu n’es pas si mal, reste bien au chaud, dehors c’est peut-être pire »… ?

Probablement vivons-nous un peu tout cela à la fois ! Toujours est-il qu’il nous faut souvent un choc pour nous réveiller et changer notre perception des choses.

A l’occasion d’un choc, nous pouvons prendre conscience brutalement de la réalité de notre situation et de notre état de souffrance intérieure.

Je crois que nous faisons sans cesse des choix, de petits choix quotidiens, sur lesquels nous ne portons pas assez notre attention. Peu à peu ces micros décisions vont structurer notre réalité. Nous voulons vivre, être aimé et reconnu, mais trop souvent, notre perception intérieure est perturbée par des peurs que nous n’avons pas appris à repérer, à comprendre et à dépasser. Alors nous faisons sans cesse de petits compromis, comme des enfants apeurés… pour qu’on nous laisse vivre, pour qu’on nous aime. Et de cette manière nous nous éloignons peu à peu de ce que nous sommes vraiment, nous construisons une réalité qui finit très souvent par nous asphyxier !

Mais, ce dont je suis certain c’est qu’une épreuve constitue toujours une opportunité de passage vers plus de compréhension et de compassion pour soi et pour les autres. Quand une épreuve se pointe, je me dis toujours, « ok, ne t’affole pas et cherche à comprendre quelle est la bonne nouvelle… » .

Ceci étant, je crois qu’il n’est pas nécessaire de souffrir pour comprendre et vivre plus harmonieusement ! Mais nous passons trop de temps à survivre et à participer à ce super loto, cette grande machinerie économique qui semble marcher toute seule et nous faire croire que la vocation des humains consiste à trouver sa place dans une illusion qui produit d’innombrables perdants et quelques soit disant « heureux gagnants »… Nous ne passons pas assez de temps à partager nos questions existentielles et spirituelles et à apprendre et comprendre ensemble ce que c’est d’être un humain.


KF : Les peurs (du changement, de l’inconnu, de l’opinion d’autrui) nous poussent souvent à rester dans notre zone de confort, à accepter des situations ou mode de vie qui ne nous conviennent que moyennement. Comment dépasser ses peurs et oser se jeter à l’eau?

PL : Cela n’a rien de simple, contrairement à ce que nous disent ceux qui, bien souvent, vivent de nos angoisses…

Je n’ai évidemment aucune recette à donner, mais à partir de mon expérience, je crois que dans un premier temps, nous avons besoin, et souvent avec l’aide de ce que nous renvoient les autres, de repérer les peurs qui nous habitent et ensuite de patiemment leur apporter toute notre attention.

Dans mon roman, Raphaël prend conscience qu’il n’est pas le conducteur de son propre « véhicule ». Il comprend que ce n’est pas lui qui décide vraiment de ses choix, mais cet enfant apeuré, à l’intérieur de lui. Il prend conscience de la présence en lui, de l’enfant qu’il a été, terrorisé par la mort de sa mère et qui va tout faire pour fuir ce traumatisme et tout ce qui y ressemble.

Prenons un exemple qui me concerne. Pendant longtemps lorsqu’il m’arrivait de voyager dans le Maghreb, dans un but professionnel ou touristique, j’étais traversé par de très fortes angoisses, presque incontrôlables (mains moites, vertiges, somatisations…). Je voyais bien que j’étais très angoissé, mais je ne comprenais pas pourquoi. Au retour d’un de ces voyages, j’ai décidé de réfléchir vraiment à ce que je vivais là-bas. Chaque jour, j’ai pris deux ou trois minutes pour me poser simplement la question, sans rien attendre. Bien sûr, pendant des semaines cela n’a rien donné, mon cerveau était confus, impossible de réfléchir, etc. Puis une nuit, j’ai été réveillé par un cauchemar qui me disait clairement ce qui se passait. Je suis né en Algérie un peu avant la guerre, ma mère, loin de chez elle et des siens, était terrassée par des angoisses de mort. Le rêve m’a permis de comprendre que c’était l’angoisse de ma mère, que j’avais intégrée enfant, et qui venait me revisiter quand j’étais confronté à des souvenirs de cette époque. Par la suite, plus jamais je n’ai été sujet à ces angoisses. Une fois identifiée cette peur du passé avait disparu, comme un nuage dans un ciel d’été.

Rendez-vous demain pour la suite de cette Kar’Interview ! 😉

  • Retrouvez l’auteur sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/patrice.lepage.auteur/
  • Pour plus d’informations sur le livre, voici la chronique que je lui avais consacrée : La métamorphose de Raphael