La Kar’Interview de Thi Bich Doan : « Quand on est vraiment dans le moment présent, notre conscience s’élargit »

Partie 1 (suite de l’interview dimanche 4 mars)

Je vous ai parlé en janvier dernier du livre de Thi Bich Doan, Un an entre les mains de l’univers, paru aux éditions Flammarion. Quête de soi et quête de sens, quiconque s’intéresse au fonctionnement de l’esprit humain appréciera cet étonnant et passionnant voyage, où la vie intérieure guide le cheminement extérieur. Un témoignage profond et personnel, et donc parfaitement universel ! L’auteur a accepté de me rencontrer avec une extrême gentillesse, pour se prêter à une Kar’Interview.

Le livre : Après douze ans de recherches scientifiques et vingt ans de pratique méditative, Thi Bich Doan décide de prendre un virage et de vivre en pleine conscience pendant un an. Elle quitte Paris, amis, appartement et travail pour entamer un voyage intérieur, avec pour seule règle de ne rien programmer et ne rien décider. Son périple à travers le monde l’amène à traverser des joies et des épreuves qui lui feront comprendre l’essence du véritable lâcher-prise. 

Comment fait-on pour lâcher-prise ? Pour décider de se laisser totalement guider par ce que nous apporte la vie, en toute confiance ?

Le lâcher-prise, de la façon dont je le vis à chaque fois, n’a jamais été pour moi le fruit d’une décision.  A chaque fois, il s’est imposé à moi, je ne pouvais plus rester dans la situation dans laquelle j’étais. Par contre, ce que j’ai décidé, c’est d’écouter cette intuition, cette force, cet élan, et de les suivre plutôt que de me rassurer en restant dans une situation qui ne me convenait plus.

Il s’agit d’oser quitter sa zone de confort ?

Oui, et dans le même temps, je n’avais pas le choix. Je vais vous donner le tout premier exemple où j’ai changé en lâchant quelque chose. J’ai commencé à travailler dans une banque. Au bout de 5 ans, j’ai réalisé que je consacrais énormément de temps, le soir, à l’art, au théâtre, à la danse et qu’il faudrait peut-être que je songe à équilibrer cela. J’ai d’abord demandé à travailler à 80% à la banque, pour pouvoir développer la branche artistique. Mais c’était lourd de concilier les deux. Et un jour il m’est arrivé quelque chose d’étrange : je lisais mes propres documents à la banque, ceux que j’avais conçus pour les transmettre à l’équipe, or je ne comprenais plus mes propres documents. C’était comme si mon esprit avait bloqué l’accès à la faculté intellectuelle tant il était persuadé que ce travail n’était plus bon, que je devais me reconvertir. Ce que j’ai fait.

Ce fut pareil pour cette année de lâcher-prise, une nécessité absolue ?

Oui et dans le même temps, c’était logique ce que j’ai entrepris. J’avais étudié dans ma thèse d’abord d’un point de vue scientifique, puis d’un point de vue expérimental, ce qui se passe dans le moment présent, dans l’expérience directe, quand on n’est pas encore en train de réfléchir. Car je m’étais rendu compte notamment dans ma pratique des arts martiaux et de la méditation, que quand on est vraiment dans le moment présent, notre conscience s’élargit et il se passe des choses qu’on n’aurait jamais pu imaginer avec nos esprits rationnels : il peut y avoir des guérisons, des intuitions, des synchronicités. On est dans un état d’esprit qui n’est plus du tout notre état habituel.

Donc d’une certaine façon, vous avez voulu tester d’un point de vue empirique, les conclusions auxquelles votre thèse avait mené ?

Oui et pourtant je ne l’ai pas programmé. Cela s’est présenté alors que j’étais avec une proposition de travail, un bon réseau, que je commençais à recueillir le fruit de mes travaux. Cela s’est imposé à moi : tout quitter, travail, appartement, amis. Pour comprendre cette intelligence universelle, il fallait que je n’aie aucun moyen de me raccrocher à quelque chose. Sinon je faussais cette expérience qui était : est-ce qu’il y a une conscience universelle qui va au-delà de moi ?

Est-ce que l’univers vous a apporté tout ce que vous espériez lors de cette expérience ?

J’avais imaginé que j’allais voyager, que j’allais faire des choses géniales, que j’allais rencontrer des gens extraordinaires. Or ce que m’a apporté la vie ce sont des situations très compliquées, des choses que je ne voulais pas voir ni vivre avant. Or comme j’avais décidé d’accepter comme règle tout ce qui se présentait, je l’ai accepté. Et c’est le fait de les vivre pleinement qui m’a amené plus profondément au cœur de ma conscience et de mon expérience.

—> Suite de l’interview demain! Et pour plus d’informations sur le livre, retrouvez l’article que je lui avais consacré en cliquant ici : Un an entre les mains de l’univers, Chronique

 

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