L’Archipel du chien, Philippe Claudel

 

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L’Archipel du chien, Philippe Claudel

Editions Stock, mars 2018

A mi-chemin entre réalité et fable, Philippe Claudel nous offre un roman au suspens haletant, qui interroge sur notre rôle, en tant qu’individu, dans la dynamique du monde. Ou les dangers qui guettent l’homme s’il persiste dans sa cécité feinte et dans son égoïsme.

L’Archipel du chien est une île à la localisation géographique volontairement floue, que l’on imagine volontiers être en méditerranée. Sur cette île, relativement riche grâce à ses vignobles, ses oliviers, sa pêche, les habitants vivent pratiquement en autarcie, comme coupés du reste du monde, de ses guerres, de ses problématiques, de sa dynamique.

Jusqu’à cette matinée de septembre où trois cadavres de jeunes hommes noirs s’échouent sur la plage. Des hommes embarqués à bord d’une frêle embarcation au départ de l’Afrique, comme nombre de leurs congénères, dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Des hommes que des passeurs peu scrupuleux auront dépouillés de leurs maigres économies et laissés livrés à eux-mêmes au milieu de l’océan.

Le monde extérieur les rattrape.

Dès lors, les habitants se retrouvent confrontés à une grave décision : que faire de ces corps, lesquels représentent une menace pour la tranquillité et la réputation de l’île ? Les déclarer aux autorités et ainsi attirer l’attention du monde extérieur sur leur havre de paix, ou… se débarrasser des corps et faire comme s’ils n’avaient jamais existé, comme si le monde en dehors de leur île n’existait pas ? Les avis divergent, les consciences des uns rudoient l’absence de culpabilité des autres. Un drame qui joue le rôle de révélateur de la vraie nature des hommes. Ces derniers dévoilent leur côté sombre, leur petitesse, leur égoïsme, les crocs aussi acérés que ceux des chiens. Prêts à mordre. Enragés.

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous ils possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. »

Dans ce roman construit comme un roman policier, Philippe Claudel capture le lecteur à la première page et ne le relâche plus avant la fin. Il l’oblige à ouvrir grand les yeux sur ces vérités qu’il fuit, sur sa responsabilité vis-à-vis de ses pairs, sur l’indispensable solidarité à établir entre les hommes. Tous les hommes.

« Le monde est devenu commerce, vous le savez. Il n’est plus un champ de savoir. La science a peut-être guidé l’humanité pendant un temps, mais aujourd’hui, seul l’argent importe. (…) Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes. » A méditer…

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