La KarInterview de Julien Sandrel : « On n’écoute pas suffisamment l’enfant, qui sommeille encore en nous! »

 

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Le 7 mars dernier, les éditions Calmann-Lévy ont publié ce magnifique premier roman de Julien Sandrel : La chambre des merveilles. Rencontre avec l’auteur.

Quel a été le point de départ du livre, ce qui vous a donné l’impulsion de l’écrire?

 La chambre des merveilles, c’est le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves, en les lui racontant, en les lui faisant vivre par procuration… en se disant que s’il l’entend ses incroyables aventures, peut–être que ça lui donnera envie de revenir à la vie.

L’idée de départ, celle de l’accident, m’est venue un matin alors que j’emmenais mes enfants à la piscine et qu’ils étaient tous les deux en trottinette. Je me suis dit qu’ils allaient trop vite. Je me suis demandé à quoi pourrait bien ressembler ma vie s’il arrivait quelque chose de terrible à l’un d’entre eux. La réponse m’est apparue comme une évidence. Ma vie ne pourrait plus être la même, jamais.

J’ai eu envie de raconter ça. Comment mon héroïne Thelma, qui pense avoir trouvé l’équilibre dans sa vie, en étant hyperactive et en menant sa carrière tambour battant, voit son monde basculer en quelques secondes. Comment elle se rend compte progressivement que ses priorités affichées ne correspondent pas à ses besoins, ses envies, ses valeurs. Comment elle va devoir progressivement abandonner sa vie de façade pour se reconnecter à ce qu’elle est vraiment.

Ce roman traite d’un sujet douloureux : comment une mère accompagne au mieux son fils plongé dans le coma. Pourtant vous évitez avec brio l’écueil du pathos. Ce livre est tout sauf accablant, « plombant ». Il est au contraire lumineux, positif. Comment avez-vous fait pour ne jamais verser dans le larmoyant ?

L’histoire que je souhaitais raconter, celle de Thelma, c’est l’histoire d’une transformation positive, une sorte de parcours initiatique, à près de 40 ans. Après l’accident de son fils, les cartes de la vie de Thelma sont rebattues. En vivant les rêves de son fils, Thelma se découvre elle-même, se comprend mieux, s’écoute mieux aussi. Cet événement la force, en quelque sorte, à se poser les bonnes questions sur « les choses importantes de sa vie », à se réinventer, à trouver son propre chemin.

J’ai eu envie de parler de tout ça avec une tonalité à la fois grave – car le point de départ est un événement dramatique – et légère. Avec un petit grain de folie, à travers les folles expériences qu’un adolescent de 12 ans peut avoir envie de vivre… parce que la vie c’est ça aussi. On n’écoute pas suffisamment l’enfant, l’adolescent qui sommeille encore en nous, pourtant qu’est–ce que c’est bon de lâcher prise !

Jusqu’alors Thelma sacrifiait tout pour sa carrière, se sentait transparente en dehors de sa réussite professionnelle, et ce, malgré le mépris de ses supérieurs. Pensez-vous qu’il faille bien souvent un drame, pour que nous nous rendions compte que nous faisons fausse route, pour revoir nos priorités, nos choix de vie ?

Non, et heureusement ! Le drame que vit Thelma joue pour elle le rôle d’un accélérateur, il la secoue littéralement, la fait sortir de la torpeur dans laquelle elle s’était installée. Thelma pensait avoir atteint un certain équilibre de vie, entre sa carrière et sa vie de mère. Le drame qu’elle doit affronter, puis les trépidantes aventures qu’elle va vivre en réalisant une à une les merveilles de Louis, vont profondément la faire évoluer.

Je pense que le chemin peut être différent pour chacun d’entre nous. Pour Thelma, cela passe par une prise de conscience suite à un drame. Pour d’autres, un travail d’introspection, de bilan… une petite pause dans nos vies survoltées… peut être totalement suffisant, et tant mieux. C’est éminemment personnel.

 Une lecture récente du témoignage du Dr Edith Eva Eger dans « Le choix d’Edith », m’a fait penser à Thelma dans votre roman. Le Docteur Eger dit notamment : « Il y a une différence entre l’état de victime et la posture de victime. On est victime d’un fait extérieur (accident, violence d’un tiers, etc.) En revanche la posture victimaire émane de l’intérieur : il correspond au choix de s’accrocher à une posture de victime, avec un mode de pensées et d’être rigides, faits de récrimination et de pessimisme, (…). Alors qu’il faut se servir de cette souffrance comme d’un tremplin. Nos expériences les plus pénibles ne sont pas un passif, mais un cadeau. Elles nous offrent du recul et du sens, une opportunité de trouver notre objectif et notre force personnels. » Adhérez-vous à ce point de vue ?

 A nouveau, je pense que ce sont des questions assez personnelles, je ne suis pas persuadé que l’on puisse tirer des généralités. Nous ne sommes pas tous égaux face à la souffrance, chacun de nous va vivre les épreuves de la vie à sa manière. Et parfois une même personne va vivre un même genre d’épreuve de façon totalement différente, à un autre moment de sa vie.

En revanche je crois au pouvoir de la prise de recul et de l’optimisme. Je pense que lorsqu’une épreuve de la vie se présente, ce n’est pas la souffrance qui est le tremplin. Ce qui nous permet de rebondir, c’est l’acceptation de l’événement passé comme faisant partie intégrante de notre vie. Une fois que l’on accepte la nouvelle donne, sans la nier malgré la douleur, alors il est possible de se tourner de nouveau vers l’avenir, qui sera forcément différent de celui que l’on avait imaginé avant l’épreuve. Je crois que c’est – en partie – le chemin que fait Thelma au cours du roman.

 Quel serait le prochain rêve que vous inscririez dans votre carnet des merveilles ?

Je suis en plein rêve de gosse, actuellement. Je pense qu’étant enfant, écrire des romans aurait eu une place importante sur un éventuel carnet des merveilles. Je suis quasiment en cours de « cochage de case », comme l’aurait dit Louis… mon carnet des merveilles d’écriture ne fait que commencer, c’est très excitant !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman ici : Chronique

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