Citation du jour

J’avais toujours pensé que le présent ne s’accordait pas avec mon écriture. Jusqu’à sa dernière heure, un être humain s’améliore ou régresse, il s’en a jamais fini avec lui-même. Le coucher sur le papier grave son caractère dans le marbre, lui ôte cette capacité d’évoluer. Ecrire son histoire avant qu’elle ne s’achève lui interdit toute possibilité de réconciliation avec les autres et avec lui-même, ravit sa part d’humanité à venir. Cela revient à peindre un portrait auquel il manquerait une partie du visage. On juge à partir d’un faux témoignage. On enferme dans une prison de mots. A considérer ses contemporains comme des personnages de fiction, l’auteur se condamne à être une divinité de pacotille, un quart de demi-dieu grec scellant les destins, proférant les imprécations, jetant des malédictions définitives, semant la désolation autour de lui.

Laurent Seksik – Un fils obéissant (Flammarion 2018)

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