Rencontre avec Adeline Dieudonné pour son roman La vraie vie : « L’humour vient comme une expression du désespoir »

Adeline Dieudonné rencontre un très vif succès avec son magnifique premier roman, La vraie vie, paru aux éditions de l’Iconoclaste. Prix du Roman Fnac 2018, sélection du Prix Goncourt et du Prix Renaudot 2018, les débuts de la romancière sont fulgurants. Rencontre avec la charmante Adeline Dieudonné au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. 

  • Il est beaucoup question de domination dans ce livre, notamment de domination masculine. Le père est très violent, alcoolique. Le frère lui-même, suite à un accident dont il va être témoin, va verser dans la violence.

Oui bien sûr, on parle complètement de cela, de domination masculine avec ce personnage du père qui est un braconnier, violent, mais aussi de domination vis-à-vis de la nature. Le père est dans un rapport extrêmement binaire au monde : « C’est manger ou être mangé » dit-il . Vis-à-vis de sa fille, de sa femme, de ces animaux qu’il braconne, il se considère comme un prédateur. Sa femme et sa fille sont des proies. Si sa femme, terrorisée, accepte ce statut de proie, sa fille s’y refuse. Elle refuse que la vie n’offre que deux alternatives, être prédateur ou proie, et va conquérir sa liberté pour devenir autre chose.

  • Le règne animal est très présent dans ce roman. La mère notamment ne trouve du réconfort qu’en s’occupant de ses chèvres, de ses perruches.

Cette femme a profondément besoin de se sentir indispensable. Au moins ses animaux dépendent complètement d’elle et donc elle s’en occupe. Alors qu’elle considère qu’elle ne se sent même pas à la hauteur de la tâche d’élever ses enfants. Elle ne se sent pas utile vis-à-vis d’eux, donc elle ne s’en occupe pas….

  • Il est notamment question d’une hyène qui est une figure centrale de ce livre. Pouvez-vous nous en parler ?

Dans la maison, plus précisément dans la chambre des cadavres, il y a une hyène empaillée qui fait extrêmement peur à la petite fille. Comme les enfants sont un peu animistes, elle va considérer que cette hyène vit, qu’elle incarne le mal, la mort, la violence. Quand son frère va commencer à changer, suite au trauma, elle va se dire que c’est la hyène qui contamine son petit frère.

  • La petite fille ressent qu’elle a une forme d’animalité en elle, une forme de bestialité.

Oui, la question est de savoir ce qu’on fait de l’animal en nous, dans tout ce qu’il peut avoir d’extrêmement effrayant, brutal, mais aussi d’extrêmement beau, car cela commence quand elle a 10 ans et ça finit quand elle en a 15 ans et donc elle va aussi découvrir sa sensualité, le plaisir charnel, le désir qui va naître et qui est aussi une forme d’animalité. Comment elle va faire cohabiter tout cela en elle, comment elle va apprivoiser tous ces animaux là, c’est un peu la problématique.

  • La scène finale est incroyable. Comment l’avez-vous écrite?

Ce n’est pas toujours facile d’écrire. Il y a des jours où c’est dur, où j’écris trois phrases.  D’autres jours où ça coule tout seul. La fin m’a surprise. Pour ce premier roman, mon éditrice me suivait. Elle m’avait demandé de lui faire un plan, de lui expliquer comment je voyais la fin, comment je voyais l’évolution du récit. Et j’ai fait exactement l’inverse de ce que je lui avais promis. Parce que je me suis complètement laisser surprendre par la logique de l’histoire c’est-à- dire qu’il y a un moment où il y a vraiment quelque chose qui ne nous appartient plus, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose d’organique qui se passe. Et c’est super jouissif en tant qu’auteur de se laisser emmener et de sentir que l’histoire existe presque avant nous. Mon éditrice a fait un vrai travail d’éditeur c’est qu’il n’a visiblement si courant quand je parle avec d’autres auteurs. Et entre la première version que je lui ai envoyée et la version finale, il y a un monde de différence. Elle m’a vraiment aidée, dirigée et ça c’est vraiment génial.

  • Le second degré et l’humour noir sont très présents dans ce roman. Était-ce nécessaire ?

Il y a toujours quelque chose d’un peu désespéré dans mon écriture, et comme il y a ce désespoir, il y a l’humour qui vient non pas contrebalancer le désespoir, mais l’humour vient comme une expression du désespoir. Car il n’y a plus que ça.

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