Le paradoxe d’Anderson, Pascal Manoukian (Seuil)

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Le paradoxe d’Anderson, Pascal Manoukian

Editions du Seuil, août 2018

Rentrée littéraire

Aline et Christophe, quadras, vivent avec leurs enfants dans l’Oise de bonheurs simples et authentiques : des liens très forts entre chacun, un travail en usine auquel ils tiennent, une maison avec un jardin fleuri amoureusement par Aline. Jusqu’ici, ils ont été épargnés par la crise. Ils aiment leur entreprise, retrouver leurs collègues, sont attachés à leur métier et à leur savoir-faire. Aussi est-ce la sidération quand Aline apprend qu’elle va être licenciée suite à une décision de délocaliser l’entreprise dans un pays où la main d’œuvre est meilleur marché.

Avec Christophe, ils décident en premier lieu de protéger les enfants, de leur épargner la terrible nouvelle. Mathis, leur fils, a en effet la santé fragile et est encore plein d’innocence. Quant à Léa, elle passe son bac option économique et sociale cette année, il ne faut pas perturber ses révisions.

Des révisions qui la conduisent à étudier la grandeur et la décadence du monde ouvrier, ce paradoxe d’Anderson selon lequel des enfants ne parviendront pas nécessairement à se hisser à un rang social supérieur à celui de leurs parents y compris avec des diplômes. Elle rêve au-delà de l’usine, au-delà de ce lieu qui n’enrichit que ceux qui le possèdent. Elle rêve de changer le monde, de changer la donne, d’aider les autres. Pour qu’elle n’atterrisse pas brutalement dans la réalité, Aline feint continuer à travailler. Dans l’attente qu’elle retrouve un emploi, du moins dans l’attente que cet espoir se concrétise, Christophe va faire des heures supplémentaires, travailler le week-end.

Mais Christophe est licencié à son tour. La désindustrialisation, la délocalisation, les frappent de plein fouet.

Pour autant, il est hors de question de dire la vérité aux enfants. Et de multiplier les ruses pour maintenir un niveau de vie correct, pour simuler des projets à venir. Que sacrifier quand on n’a rien de superflu ? Le chauffage ? Les vacances ? La nourriture ? Comment tenir quand les huissiers frappent à la porte, que les dettes s’accumulent ?

Dans l’usine, la résistance s’organise. Mais le rapport de force est bien déséquilibré.

Pascal Manoukian plonge le lecteur dans la violence de la désindustrialisation à tout va, dans le quotidien de ces familles ouvrières attachées à leur métier, à leur usine, qui du jour au lendemain se retrouvent sans rien, hormis avec des dettes et des soucis. L’histoire touchante d’une famille indiciblement aimante, dont la force des liens est le seul rempart face à la violence économique.

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