Sans elle/Avec elle, Amélie Antoine et Solène Bakowski (Michel Lafon)

Sans elle/Avec elle, Amélie Antoine et Solène Bakowski

Editions Michel Lafon, novembre 2018

Un roman écrit à quatre mains, ou plus exactement, deux intrigues rédigées à partir d’un même point de départ, mais avec un détail différent qui va faire bifurquer le récit. Une expérience littéraire inédite et impressionnante.

Amélie Antoine et Solène Bakowski se sont livrées à une expérience littéraire aussi inédite que fascinante : prendre un même point de départ toutes les deux, à savoir les mêmes personnages (un jeune couple, parents d’adorables et fusionnelles jumelles de six ans), le même lieu (une petite ville de province, le Quesnoy), le même contexte (le feu d’artifice du 14 juillet, tandis que l’une des jumelles reste punie à la maison), mais faire bifurquer l’histoire sur un détail marquant, offrant ainsi au lecteur deux versions possibles du récit. Le livre se divise par conséquent en deux parties : l’une rédigée par Amélie Antoine « Sans elle » et l’autre rédigée par Solène Bakowski « Avec elle ».

Cette expérience est extrêmement intéressante. En effet, notre vie est une succession de bifurcations guidées par des rencontres, des choix, des incidents. Qu’aurait-elle été si l’une de ces bifurcations avait été différente, si à un moment de notre existence, nous avions tourné à droite plutôt qu’gauche, ou si nous avions décidé de continuer tout droit ? Ce sont ces virages imprévus, que les deux romancières explorent, ces chemins de vie que nous prenons ou que la vie nous fait emprunter, vers des destins diamétralement opposés.

Pour les deux romancières, Patricia et Thierry forment un couple heureux et uni. Leurs jumelles âgées de six ans, Jessica et Coline, belles comme des cœurs, sont aussi semblables physiquement que fusionnelles. Mais pour la première fois, ce fameux 14 juillet, elles vont être séparées. En effet, Coline est punie après avoir cassé un flacon de parfum appartenant à sa maman. Jessica sera la seule autorisée à assister au feu d’artifice, tandis que Coline restera à la maison avec son papa.

Une séparation de quelques heures qui va s’étirer pour Amélie Antoine. En effet, il aura suffi de quelques secondes d’inattention de la part de Patricia pour que Jessica disparaisse lors du feu d’artifice. Enlèvement ? Accident ? Commence une longue et dévastatrice attente pour le couple comme pour Coline.

Une séparation de quelques heures au cours de laquelle Patricia va voir briller des étoiles, et pas seulement celles du feu d’artifice, mais celle du feu qu’un bel inconnu a allumé en elle, nous propose Solène Bakowski. Son couple lui parait alors fade, routinier. Sa place dans le foyer pesante. Ses jumelles éreintantes. De son côté, Coline sent poindre de la jalousie envers sa sœur, privilégiée d’avoir assisté à ce feu d’artifice. Une jalousie qui, à l’image du feu, va la consumer petit à petit.

Les deux romancières se sont lancées dans un pari audacieux : avoir des contraintes nombreuses (personnages, lieux, contexte) et parvenir à offrir deux récits équilibrés, aussi captivants l’un que l’autre, aussi justes tous les deux dans l’analyse psychologique des personnages, aussi habiles à maintenir le suspense de la première à la dernière page. Autrement dit, deux brillants thrillers psychologiques inclus dans un seul (gros) livre, que demander de mieux ? Un défi brillamment relevé !