Rentrée littéraire : Rompre, Yann Moix

9782246863571-001-T.jpeg

Rompre, Yann Moix

Editions Grasset, janvier 2019

Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve…

J’ai lu ce livre bien avant que ne naisse cette polémique au sujet d’une interview de Yann Moix dans les médias. Une polémique qui a fait écran au livre, ce qui est bien dommage. Car cet ouvrage est tout sauf provocateur. Je l’ai trouvé au contraire très intéressant, sincère et touchant.

Dans Rompre, Yann Moix met en scène une interview fictive entre lui et une personne venue à sa rencontre à la terrasse d’un café. L’occasion de répondre aux questions qu’il aimerait qu’on lui pose sur l’amour, ou plus exactement sur son incapacité à aimer.

Car à chaque fois que s’ébauche dans la lumière une histoire d’amour entre lui et une femme, se tisse dans l’ombre la trame d’une rupture. Une rupture dont il souffrira terriblement, mais qu’il provoque malgré lui. Malgré tout. Autant qu’il la redoute.

« Le scénario est inlassablement le même : je rencontre une femme, elle me plaît, j’en tombe amoureux. Dès lors un monstre s’insinue en moi, et pénètre dans le couple. Cette insidieuse créature, surgie de mes enfers, entend dévorer la moindre parcelle de bonheur qui viendrait à poindre. (…) C’est alors que tout se détraque ; chez moi la fin se déclenche dès le début. La mort de l’amour commence à l’instant où il naît. »

Comme si le présent n’était que répétition inéluctable du passé. Celle d’une enfance aux couleurs non pas d’un paradis perdu mais d’un « enfer perpétuellement retrouvé ». Avec beaucoup de sincérité, l’auteur se livre sur son caractère destructeur, pour lui-même autant que pour celles qui l’ont aimé. Comment aimer une femme quand on ne s’aime pas soi-même ? Comment se défaire des schémas du passé ? Comment concilier liberté et vie en couple ?

Dans une langue riche en aphorismes et en formules inédites, qui font mouche à chaque fois, Yann Moix, en fleurettiste du verbe, nous offre de très belles réflexions philosophiques sur l’amour, sur la solitude, la jalousie, la liberté. Un livre aussi brillamment mené que sensible. Même si je ne partage pas le pessimisme de l’auteur, considérant qu’une enfance brisée brise toute chance d’une vie adulte heureuse, j’ai trouvé son analyse et les questions qu’il soulève pertinentes et très intéressantes.

Extrait : « Ce qui fait du mal dans une rupture, ce n’est pas l’absence d’une présence, mais la présence d’une absence. »

« Aimer, c’est rechercher une présence ; être en couple, c’est rechercher une compagnie. »

Publicités