Rencontre avec Laurence Tardieu : « Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent »

Le 2 janvier dernier, les éditions Stock ont publié, dans la collection La bleue, le nouveau roman de Laurence Tardieu, Nous aurons été vivants.  Un roman qui est un hymne à la vie. Laurence Tardieu nous en parle avec émotion. 

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Comment s’est effectuée la genèse de ce roman ?

C’est un roman que j’ai pris un plaisir fou à écrire. Avec la fiction, j’ai retrouvé le bonheur de réinventer un monde dans lequel j’essaye de donner vie à des personnages, à travers leur bataille dans la vie d’explorer mes obsessions.

Quelle est le thème de ce livre, cette obsession ?

Dans ce roman j’ai trouvé le cadre dans lequel j’étais très libre pour explorer les thèmes qui me sont chers, notamment le thème du temps. J’avais très envie d’exprimer ce qu’est le temps dans une vie, à quel point nos vies sont terriblement brèves et en même temps, avec des instants d’éternité. C’est vraiment ce qui a déclenché le désir profond du livre.

Pouvez-vous nous présenter « Nous aurons été vivants » ?

Toute l’action du texte se déroule sur une journée particulière d’avril 2017 et tout commence sur une apparition dont on ne saura pas tout au long du livre si elle est réelle ou fantasmée. J’ai tenu à cette incertitude, car elle est juste pour exprimer ce qui peut se passer dans une vie, à savoir que rien n’est certain. On continue d’avancer avec des doutes qui pourtant provoquent des basculements importants. C’est exactement ce qui se passe avec cette apparition, c’est à dire quand Hannah un matin d’avril 2017, croit reconnaître sur le trottoir d’en face sa fille Lorette disparue il y a sept ans, alors qu’elle était âgée de 19 ans.

Une apparition qui la soulage ?

Quand elle croit l’apercevoir à quelques mètres d’elle, c’est à la fois un bonheur immense et un effroi. En effet, depuis sept ans elle s’est barricadée dans une forteresse intérieure pour échapper au chagrin, à la culpabilité, à l’incompréhension du départ de sa fille. Elle a voulu oublier. Elle a voulu oublier le passé, l’enfance de Lorette, sa vie avec le père de l’enfant, son passé de peintre. En quelques secondes, cette vision fracasse le fragile édifice qu’elle avait tenté de bâtir et elle se retrouve complètement désarmée. Deux bus passent à ce moment-là et quand ils repartent, Laurette ou celle qui lui ressemblait n’est plus là. Le livre commence ainsi.

C’est aussi un roman sur les moments de bascule dans la vie, ces moments où en une fraction de seconde, la vie bifurque…

Oui, la première partie ce n’est pas seulement Hannah, c’est aussi d’autres personnages qui ont tous un lien avec Anna et qui, ce matin-là, voient tous leur vie basculer. Il s’agit de Simon, le frère d’Hannah, qui est cancérologue et doit ce matin-là annoncer à une patiente condamnée, que sa tumeur a disparu. Il doit annoncer la vie et non la mort et se retrouve complètement désarmé. Il y a également Lydie, qui est la grande amie d’Hannah et qui réalise brutalement qu’elle n’a plus aucun désir pour son travail de publiciste, qui a tellement changé depuis ses débuts dans la profession. Ce matin-là, elle ne veut pas aller à son travail, car ça n’a plus de sens. Et au même moment, sans le savoir, son compagnon, prénommé Paul, revoit dans un café une femme à laquelle il a donné des cours de musique il y a plus de 30 ans. Une rencontre qui va provoquer des changements très grands dans la vie de Paul. Cette première partie, ce sont ces moments de basculement dans l’existence fragile de ces gens, fragile comme l’est toute existence.

Dans la seconde partie, on fait un bond en arrière

Je tiens beaucoup à la composition du texte. Dans la deuxième partie on revient 30 ans plutôt. La nuit de la chute du mur de Berlin en 1989. On remonte dans le temps par épisodes successifs, car j’avais très envie de montrer ce qu’est une vie, car une vie n’est pas un film que l’on déroule comme cela de manière linéaire, ni un parcours qu’on construit. On y retrouve Hannah, passionnée par son métier de peintre, d’artiste, car comme vous le savez la création est un sujet qui m’est cher. J’ai la chance de faire ce métier d’écrire depuis très longtemps et je suis absolument bouleversée, de plus en plus, par ce que c’est de mettre au monde des personnages, des vies, de faire naître un livre qui, auparavant, n’existait pas. J’avais envie d’explorer ce que peut être la création à travers ce métier de peintre.

La vie d’Hannah se construit avec en parallèle, la construction de l’Europe

De la même manière que la vie d’Hannah petit à petit est traversée par des fêlures, des ruptures, j’avais envie de montrer que cette vie était inscrite en France mais aussi en Europe. J’avais très envie de parler de ce rêve de l’Europe qu’on a eu le 9 novembre 1989, nuit d’un espoir fou, celui de l’unité, et de montrer de façon assez légère, comment petit à petit on est arrivé à l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, qui est fracassée, disloquée, avec des murs en son sein.

Ce roman est avant tout un hymne à la vie

La troisième partie, je ne vous la dévoilerai pas car j’espère que vous aurez très envie de lire mon livre et de la découvrir par vous-même. Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent notamment à travers la troisième partie où Hannah retrouve la joie de se sentir vivante en dépit de tout ce qui s’est passé et retrouve l’unité de la vie.

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