Prix Régine Deforges : Joseph Ponthus

Hier soir, au restaurant parisien Macéo, avait lieu la remise du Prix Régine Deforges. And the winner is…

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Le Prix Régine Deforges

  • Porté conjointement par la Ville de Limoges et les enfants de l’auteure et co-présidents du jury, Camille Deforges-Pauvert, Léa Wiazemsky et Franck Spengler, le prix littéraire Régine Deforges récompense un premier roman écrit par un auteur francophone et se déroule chaque année dans le cadre de la fête du livre Lire à Limoges.
  • Le jury du prix : Camille Deforges-Pauvert, Léa Wiazemsky et Franck Spengler, et composé de Julie Bonnie, Marina Carrère d’Encausse, Julien Cendres, Noëlle Châtelet, Grégoire Delacourt, David Foenkinos, Serge Joncour, Agnès Martin-Lugand, Daniel Picouly et Éric Portais.

 

Le lauréat de l’édition 2019 du Prix Régine Deforges : Joseph Ponthus

 

 

Il y avait huit livres en lice pour le prix Régine Deforges. San Perdido, David Zukerman
(Calmann-Lévy), À la ligne, Joseph Ponthus (La Table ronde), Les photos d’un père, Philippe Beyvin (Grasset), Massacre, Anne Hansen (Le Rocher), La fiction ouest, Thierry Decottignies (Le Tripode), Matador Yankee, Jean-Baptiste Maudet (Le Passage), Le fou de Hind, Bertille Dutheil (Belfond), Le matin est un tigre, Constance Joly (Flammarion).

Pour cette quatrième édition, c’est Joseph Ponthus, auteur de A la ligne, aux éditions de La table ronde, qui remporte le prix. Un auteur indiciblement ému dont le bonheur faisait plaisir à voir!

 

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Le livre « A la ligne », éditions de La table ronde

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Une victoire célébrée avec des bulles !

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L’albatros, de Nicolas Houguet

l'albatros, livre de Nicolas Houguet

Autobiographie musicale, poétique et anticonformiste, L’Albatros est un hymne à la liberté insufflée par une Pythie des temps modernes, Patti Smith.

« Ecrire. Ecrire en permanence même quand on n’écrit pas. Pour tenir le choc. Pour ne pas abandonner. Pour encaisser. Se souvenir des livres qui nous ont inspirés, qui nous ont grandis, qui nous ont même parfois tirés de la léthargie et de la détresse des grands chagrins. Se souvenir des pages que l’on tournait d’une main molle et exsangue. Des mirages littéraires qui nous ont ranimés comme d’une sortie de coma. »

Nicolas Houguet est un amoureux des mots. Ceux qui naissent de sa plume. Ceux des autres dont il se nourrit. Ceux avec lesquels il partage ses lectures sur son blog littéraire. Ceux sur les ailes desquels il s’envole, loin du carcan de son corps. Les mots ont un pouvoir salvateur, libérateur. Et ceux des textes des chansons de Patti Smith au concert de laquelle il assiste, ont une résonance particulière. Particulièrement forte même.

En ce soir d’octobre 2015, Nicolas Houguet est à l’Olympia. Seul. Ou presque. Quelque part dans le public, la femme qu’il a follement aimée, qui l’a aidée à repousser ses limites. A oser. Et sur scène, cette chanteuse électrisante, Patti Smith, dont les textes et les chants habillent de mots sur mesure le corps des émotions de l’auteur, épousent en tout point son âme.

Au fil des chansons, Nicolas Houguet égrène la partition de ses souvenirs. Sa naissance prématurée, ses amours, ses émerveillements artistiques, sa famille, son corps qui ne lui obéit pas, les heures solitaires à l’école, les joies, le pouvoir transcendant de la musique et de la poésie. Il rend un hommage vibrant à ses parents, qui ont su rendre possible l’impossible, lui permettre de vivre ses rêves, de monter à cheval, de skier, de plonger, de voyager. Comme tout un chacun. Comme si son corps n’était pas un obstacle, du moins pas de ces insurmontables obstacles. Car l’amour de ses parents est tel, depuis le premier jour, qu’ensemble ils ont tout surmonté.

« Sans l’écriture je crois que je n’aurais jamais su qui j’étais, ce que je ressentais et ce que j’avais dans le ventre. Je n’avais rien expérimenté par moi-même. On ne pouvait me connaître que par les papiers que je semais, et connaître également ce qu’il y avait dans mes silences. Sans l’écriture, mon existence au monde était presque à remettre en cause, gravement complexée, atrophiée. »

Sans l’écriture de ce livre, nous n’aurions pas vécu cette lecture lumineuse, emplie d’amour et de gratitude, de courage et d’émerveillements.

« J’écris pour que ça résonne. Pour que quelqu’un me prenne au vol et m’accompagne. Le temps que ça sonnera juste. »

Et cela résonne. Fortement. Magnifiquement. Un hymne à la liberté, une invitation à prendre son envol.