S’inventer une île, Alain Gillot

S'inventer une île, livre sur la perte d'un enfant

Un roman lumineux, tendre, émouvant, sur la deuxième chance offerte à un père et à son fils de se retrouver. Ou quand une île devient le cocon d’une renaissance. Un livre qui invite à se concentrer sur l’essentiel pour ne pas passer à côté de sa vie.

Faire son deuil d’un enfant

Dani travaille sur un chantier de construction de pont en Chine quand il reçoit un appel qui fait basculer sa vie. Son fils Tom, âgé de sept ans, s’est noyé lors d’une baignade sur la plage, échappant à la surveillance de sa grand-mère. Il prend alors le premier avion pour la France.

A son arrivée, il retrouve Nora, sa femme, le visage massacré par la peine. Quand elle lui propose d’aller voir son fils à la morgue, Dani refuse. De même qu’il ne peut se résoudre à la voir dans son cercueil, il laisse à Nora le soin de tout organiser : le lieu et la date d’inhumation, le choix du cercueil et des vêtements qu’il portera, de la musique de cérémonie, tout. Nora tente de déléguer certaines démarches, lui demande de s’occuper de la déclaration de décès. Mais c’est au-dessus de ses forces. Pas plus qu’il ne parvient à épauler sa femme, il ne parvient à laisser jaillir ses larmes, en état de sidération.

« Pourquoi étais-je incapable d’aider Nora ? Je ne pouvais pas la blesser, mais je ne pouvais tout simplement pas la suivre. (…) J’éprouvais un sentiment de dépossession monstrueux. Pas seulement de Tom, de ma peine aussi, comme si on m’empêchait de me l’accorder. »

Foudroyés de douleur, perclus de culpabilité de n’avoir pas été près de leur fils pour lui éviter cet accident, Dani et Nora sont incapables de communiquer sur le drame.

« Le deuil est quelque chose d’organique, qui convoque ce qu’il y a de plus puissant en soi, et la manière d’y survivre appartient à chacun. »

Nora sombre dans la dépression. Dani se sent pour sa part au bord de l’implosion, faute d’exprimer ses émotions. Quel père a-t-il été ? Aurait-il pu et dû être davantage présent pour son fils ?

C’est alors que quelque chose d’incroyable se produit :  son fils Tom lui apparaît, lui parle, comme s’il était toujours vivant. Sauf qu’il est le seul à le voir. Conscient que c’est le choc émotionnel et l’épuisement nerveux qui créent cette illusion, qu’il n’y a là rien de rationnel, de réel, il finit cependant par l’accepter tant revoir son fils le réconforte, l’émeut. Il demande alors à Tom ce qui lui ferait plaisir :

« Papa, tu n’as jamais été là pour les vacances. Je voudrais qu’on parte en vacances. Tu te rappelles on devait aller sur une île, tu m’avais montré des photos ! »

Et le père et le fils de mettre le cap sur Belle-Ile, en Bretagne. Dani va-t-il se voir offrir une seconde chance d’être un bon père ? Pourra-t-il rattraper le temps perdu, ces moments de jeux et de tendresse volés par son travail au loin ?

S’inventer une île, un livre sur les liens entre un père et son fils

Ne soyez surtout pas effrayés par le sujet. Certes, la mort d’un enfant est un sujet ô combien douloureux. Mais je dirais que ce n’est pas le propos du livre, juste le prétexte du roman d’Alain Gillot. Car bien davantage qu’un roman sur la mort, il s’agit d’un roman sur la reconstruction d’un lien entre un père et son fils, d’une deuxième chance qui leur est donnée de vivre des moments forts, intenses, magiques, moments dont ils n’avaient pas pu profiter avant le drame. Ce n’est donc pas du tout un livre noir, sombre, triste, au contraire ! C’est une parenthèse de douceur, de féerie, de tendresse, sur une île balayée par les vents. Une île authentique, comme le sont les sentiments du père et du fils l’un envers l’autre. Fort de cet amour, le père pourra faire son deuil et poursuivre son chemin en se concentrant désormais sur l’essentiel.

Ce que l’homme recherche par-dessus tout, c’est un peu de tendresse, je l’avais compris désormais, mais il ne sait pas la demander, encore moins la procurer, car il doit pour cela tomber l’armure et il n’a jamais appris à le faire. Il faut que la mort frappe, que le rideau se déchire pour qu’il commence à en prendre conscience. La plupart du temps beaucoup trop tard.

Un roman riche en émotions. Un livre lumineux.

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