Une évidence, Agnès Martin-Lugand

Une évidence de Agnès Martin-Lugand

©Karine Fléjo photographie

En 2014, on découvrait Agnès Martin-Lugand avec « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Cinq années et 3 millions d’exemplaires vendus plus tard, elle nous revient avec un sixième roman extrêmement touchant : Une évidence. S’il est une évidence, c’est que ce roman va vous transporter !

Secret autour de la maternité : mentir par amour

Reine élève seule Noé, son fils âgé de 17 ans. Avec lui, elle forme un duo fusionnel. Au point que depuis sa naissance, elle n’a jamais envisagé de refaire sa vie, de se vivre comme une femme et pas seulement comme une mère. Entre son travail passionnant en binôme avec soin associé Paul, et sa vie de maman, sa vie est bien remplie. Et épanouie. Aussi, à la perspective que son fils prenne son envol du nid après le baccalauréat, Reine s’inquiète. Ce bel équilibre qu’elle a eu tant de mal à acquérir pourrait bien se rompre. Noé est le centre de son monde, le centre de sa vie. Son tout.

Pour la distraire de ses préoccupations, Paul lui propose de s’occuper d’un chantier très accaparant : il s’agit de monter un plan de communication pour une boîte d’import/export de thé et de café : Des quatre coins du monde. Une entreprise basée à Saint-Malo et tenue par deux associés. Quand Reine rencontre le premier associé, Pacôme, elle tombe sous le charme. Et est sidérée de constater à quel point elle se sent libre à ses côtés, légère, déchargée l’espace de quelques heures et pour la première fois en 17 ans, de son rôle de mère. S’était-elle oubliée jusqu’alors sans s’en rendre compte ?

Mais une surprise plus grande encore l’attend, quand elle rencontre le deuxième associé, Nicolas. Un homme qui lui est tout sauf inconnu. Et si le passé n’était pas dans son dos mais lui faisait face ? Et si son univers, construit sur de mensongères fondations depuis 17 ans s’effondrait ? Impossible d’avancer, impossible de reculer. Reine est prise au piège. Pour se libérer du passé, devra-t-elle aussi se libérer du mensonge qu’elle entretient depuis la naissance de son fils ? Mais si le secret est levé, ne risque-elle pas de perdre l’amour de celui pour qui elle donnerait sa vie, Noé ? Un mensonge par amour peut-il être pardonné ?

Une évidence : un roman touchant, d’une grande finesse d’analyse

Ce qui me frappe cette fois encore dans l’écriture d’Agnès Martin-Lugand, c’est à la fois sa capacité à nous faire entrer dans son univers en quelques mots et son analyse psychologique extraordinairement fine des personnages. Il lui suffit à chaque roman de quelques lignes pour que le lecteur franchisse le seuil de l’histoire, se sente désireux d’entrer pour faire connaissance avec les personnages. Juste quelques lignes pour d’emblée créer une atmosphère, introduire une tension narrative, susciter la curiosité et l’envie d’en découvrir davantage. Juste quelques lignes lues pour ne plus reposer le livre avant la dernière page. Ici, Agnès Martin-Lugand nous interroge sur le poids du mensonge : peut-on réellement avancer, laisser son passé derrière soi, quand on a bâti son histoire sur des bases fausses ? Toute vérité est-elle bonne à dire pour autant ? Mensonge par amour, mensonge par désir de protection, mensonge par omission, mensonge par jeu, mensonge pernicieux, il existe différentes formes de mensonge et toutes n’ont pas le même degré de gravité. L’aveu peut-il susciter le pardon, quand l’amour et le désir de protection ont poussé à dissimuler la vérité ?

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