Rencontre avec Marie Charvet et son éditrice chez Grasset : le parcours de publication d’un premier roman

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Je vous ai parlé le mois dernier de mon énorme coup de coeur pour le roman de Marie Charvet, L’âme du violon. Un premier roman magnifique tant par le style que par la profondeur de l’histoire. Ce mardi, à la librairie Ici, Marie Charvet et son éditrice Chloé Deschamps (éditions Grasset) sont venues nous parler du roman sous un angle particulier et très intéressant : le parcours de publication d’un premier roman.

Chloé Deschamps (éditrice) : Comment est née l’inspiration de ce livre ?

Marie Charvet  : Dans ma famille, il y a un violon signé Maggini, luthier italien du XVIème siècle, dont il a fallu s’assurer de l’authentification. Cette anecdote familiale, concernant le violon de maître de mon arrière-grand-père, m’a toujours trotté dans la tête et a servi de point de démarrage. Après, cela va paraître peut-être un peu bizarre, mais l’idée d’écrire un roman choral, avec trois temporalités, quatre personnages m’est venue au réveil un jour à 5h du matin. J’ai noté mes idées et me suis rendormie. J’ai tout de suite eu très clairement les quatre personnages et les quatre histoires. Après, j’ai eu beaucoup de mal à mettre en place le puzzle, c’est-à-dire à faire s’imbriquer parfaitement les pièces.

CD : Est-ce que tu savais où tu allais avec tes personnages, où tu allais les emmener ? 

MC : Plus ou moins. Je savais où allaient mes personnages, que le violon serait le fil conducteur. J’ai écrit de façon linéaire, ce qui était compliqué. C’est-à-dire que j’écrivais au XVIe siècle puis dans les années 30 puis au XXIe siècle, puis je recommençais au XVIème siècle , ainsi de suite. J’ai mis un point d’honneur à écrire dans cet ordre-là. Cela m’a aidée à garder un fil pour que le lecteur ne soit pas trop perdu.

CD : Avant de te lancer dans l’écriture, as-tu lu des livres d’auteurs sur l’écriture comme par exemple Lettre à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, Ecrire de Marguerite Duras ou un manuel d’écriture, as-tu essayé d’aller dans un atelier d’écriture ou t’es-tu lancée au contraire toute seule ?

MR : Je n’ai pas eu ce genre d’ouvrage, Je n’ai pas du tout pensé qu’il allait falloir que je prenne un mode d’emploi. Je pense que j’aurais été terrorisée de lire les conseils donnés par un écrivain, cela m’aurait complètement inhibée. Donc je me suis lancée, guidée par mon intuition.

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CD : Quand écrivais-tu ?

MC : J’écrivais pendant les vacances, pendant mon temps libre, lors des longs weekends, car il me fallait des séquences d’au moins 3, 4 ou cinq jours pour rester plongée dans l’univers du livre. J’ai un travail assez prenant donc peu de temps et donc les périodes d’écriture étaient assez espacées. C’est pourquoi l’écriture de ce roman m’a pris environ deux ans.

CD : Avant de commencer l’écriture, t’étais-tu organisée pour faire tes recherches, te documenter, ou as-tu fait les recherches nécessaires à l’histoire au fil de l’eau ?

MC : Je n’ai pas fait les recherches en amont et comme il y avait vraiment beaucoup de recherches à faire, c’était un peu l’enfer. Je partais à la pêche aux informations au fil de l’eau ce qui me prenait beaucoup de temps. Cela m’a beaucoup ralenti dans l’écriture.

CD : À quel moment t’es-tu dis que tu allais envoyer ton manuscrit un éditeur ? Était-ce pendant la rédaction ou une fois que tu as terminé le manuscrit ?

MC : Lorsque les quatre premiers chapitres ont été rédigés, je les ai envoyés à quelqu’un qui dirige des ateliers d’écriture pour avoir son avis. Et il m’a vraiment encouragée à poursuivre. Donc j’ai poursuivi et lorsque j’ai terminé la rédaction je lui ai renvoyé le manuscrit entier. Mais là, je n’étais pas du tout dans l’idée d’envoyer ce manuscrit une maison d’édition, j’étais encore dans le processus d’écriture. Je n’avais pas l’édition en ligne de mire car cela me paraissait complètement improbable. C’était davantage un projet que j’avais eu envie de suivre, de terminer. Et là, il m’a dit qu’il fallait l’envoyer à une maison d’édition. Je l’ai donc posté notamment aux éditions Grasset.

CD : Je l’ai en effet reçu pendant l’été, il est passé en comité de lecture et a plu immédiatement. Et là on a commencé à travailler. Il y a eu trois versions. Est-ce que tu pensais que le travail éditorial serait celui-ci ?

MC : Mon premier métier était d’écrire des livres de voyage donc je savais qu’à partir du moment où on signe avec un éditeur, il y a un peu de travail derrière. En revanche je ne pensais pas que ce serait aussi fouillé. On a eu une très bonne relation et il y a eu beaucoup d’engagement de ta part, de précision dans la lecture et dans les retours sur le texte. J’ai trouvé cela magique. Et c’était très soulageant, car pendant deux ans j’étais toute seule dans l’écriture et là j’avais quelqu’un avec qui je pouvais échanger.

CD : Peut-être peux-tu expliquer en quoi notre travail a consisté ?

MC : Oui. En fait il y a eu trois étapes. La première a été d’étoffer les personnages, de leur donner du relief et de les façonner. La deuxième étape a été d’aller interroger des spécialistes dans divers domaines pour nourrir le texte : j’ai échangé avec un luthier, avec un collectionneur de tout ce qui concerne le paquebot Normandie, … La troisième étape a consisté à travailler sur la fluidité du texte à chasser les répétitions. Ces trois étapes ont pris huit mois.

CD : As-tu déjà une idée du prochain livre que tu vas écrire ? Et penses-tu que l’expérience éditoriale que tu viens de vivre va changer quelque chose dans ta façon d’aborder l’écriture du prochain ?

MC : Oui, cette expérience va me servir. Déjà, je vais partir sur un projet d’écriture qui va nécessiter des recherches beaucoup moins compliquées. Et j’ai mis en place cette fois une méthode d’écriture : je fais des fiches pour mes personnages, je mets des dates, des repères. Et puis, cette fois mes personnages sont beaucoup plus étoffés, beaucoup plus vivants, dès le départ. Ils ont presque déjà une vie avant d’exister dans le manuscrit. Au niveau de l’écriture, je ne veux plus me servir de mon ordinateur. Écrire sur un cahier, sur des carnets, permet d’être beaucoup plus libre, de s’affranchir des questions d’électricité, de batterie, de soleil qui éblouit l’écran, d’ordinateur lourd dans le sac. Avec un carnet, c’est la liberté. Quant au sujet du prochain, comme je travaille pour un haut joailler de la Place Vendôme, je suis au contact de beaucoup d’anecdotes sur des histoires de bijoux, ce qui sera ma matière de démarrage. Ce sera l’histoire d’une femme de 35 ans, commissaire-priseur, qui va devoir enquêter sur des bijoux pour en savoir plus sur sa propre vie..

 

—> Si vous voulez lire la chronique coup de cœur que j’avais consacrée à ce roman, vous pouvez cliquer sur ce lien : L’âme du violon

l'âme du violon de Marie Charvet

 

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