Rencontre avec Agnès Martin-Lugand : « Je ne veux pas raconter une histoire que je ne porte pas au fond de mes tripes »

Il y a quelques jours, les éditions Pocket ont organisé une rencontre avec Agnès Martin-Lugand, à la faveur de sa double actualité : la parution aux éditions Pocket de « A la lumière du petit matin » et la sortie récente aux éditions Michel Lafon de son nouveau roman « Une évidence. » 

Qu’est-ce qui vous fait, à un moment donné, vous asseoir devant votre ordinateur pour raconter une nouvelle histoire?

Je dirais que sur mes quatre premiers romans, c’est la thématique qui m’a amenée au roman et aux personnages, mais ce qui est très fort et que j’ai vécu pour les trois derniers livres, c’est que ce sont les personnages qui se sont imposés à moi. Par exemple, dans A la lumière du petit matin, j’ai pensé à une professeur de danse qui se blesse et là j’ai pensé au rapport au corps, le corps défaillant, le corps reproducteur, le corps derrière lequel on se cache ; et pour le dernier roman Une évidence, Reine est arrivée avec ses 40 ans, son fils de 17 ans et son mensonge. Donc ces personnages s’imposent à moi et après il y a aussi la frustration terrible et le manque d’écriture qui vont me pousser à écrire le roman.

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On dit : « Il n’y a de voyage qu’intérieur, le reste c’est du tourisme« . Vous, vous conjuguez les deux : il y a des transformations dans la tête des personnages, mais il y a aussi des mouvements géographiques, lesquels accélèrent leur transformation personnelle.

Oui, il y a les deux. Parce  que le déplacement géographique dans le cas d’Hortense, c’est pour qu’elle se ressource, pour la ramener à ses origines. Dans le cas de Reine, c’est un déplacement qui va la mettre à mal, qui va l’amener vers quelque chose d’inconnu et la faire réagir. Dans les romans je parle toujours de lieux que je connais,  parce que j’ai besoin d’avoir vécu une expérience sensorielle dans ces lieux. J’ai besoin de savoir ce que c’est que d’avoir froid, d’être dans le vent, de voir la mer, de connaître le chant des cigales qui tape sur les nerfs dans le sud et de sentir la lavande. Je dois avoir un ressenti des lieux dans mon corps, moi, pour pouvoir le retranscrire après avec mes mots.

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Dans votre nouveau roman Une évidence, vous écrivez « les vrais livres sont ceux qui nous font aimer d’autres livres ». Est-ce qu’il y a des livres qui vous ont donné envie d’écrire ?

Je dirais que ce ne sont pas des livres en particulier qui auraient pu me donner envie d’écrire, ce sont les histoires qui m’ont donné envie d’écrire. Quand je lis, je pars très loin, je suis embarquée, je souffre, je ris, ou j’aime en lisant des histoires. Et je me disais que j’aimerais un jour pouvoir moi aussi raconter des histoires pour essayer d’embarquer d’autres personnes.

C’est difficile de vous parler de vos livres sans vous parler de la musique. Et d’ailleurs dans vos livres vous donnez la playlist des musiques qui ont accompagné l’écriture. Qu’est-ce qu’elle a comme rôle entraînant, la musique, lorsque vous écrivez ?

S’il n’y a pas la musique, je n’écris pas. La musique est indissociable de mon processus créatif. La bande originale du roman, je l’établis en amont et elle s’étoffe au fur et à mesure de l’écriture. Cela m’est arrivé à de nombreuses reprises d’être dans la position où j’ai créé une scène avec un morceau dont je croyais qu’il rentrerait en résonance avec ce que je veux dire, or ça coince. Je ne suis pas contente. Au bout d’un moment, une évidence apparaît : le morceau n’est pas en accord avec l’atmosphère, avec le ressenti profond du personnage, donc il faut que je change de musique.

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Avez-vous déjà connu le syndrome de la page blanche ?

En toute honnêteté cela ne m’est pas arrivé jusqu’ici. Et si cela arrivait? cela signifierait peut-être qu’il faut que touS ces personnages dans ma tête se calment un peu, qu’il me faut un peu plus de temps pour me plonger dans une histoire et pour faire connaissance avec mes nouveaux personnages. En tous les cas, je me refuse à avoir une écriture forcée. Parce que je me dis que le jour où j’aurai une écriture forcée, je n’aurai plus de sincérité dans l’écriture, je raconterai une histoire pour raconter une histoire. Or je ne veux pas raconter une histoire que je ne porte pas au fond de mes tripes.

—> retrouvez en un clic sur le titre, les chroniques que j’ai consacrées à A la lumière du petit matinUne évidence .

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