Rencontre avec Guy Lagache : « On est seul en tant qu’écrivain, alors que dans l’écriture journalistique on n’est jamais seul »

Guy Lagache et son éditrice Juliette Joste (éditions Grasset), sont venus présenter le roman « Une histoire impossible », paru en ce mois de mai, à la librairie Ici-Grands boulevards à Paris. Rencontre avec l’auteur de ce magnifique premier roman.

Guy Lagache romancier et journaliste

©Karine Fléjo photographie

C’est un texte palpitant, prenant, aussi fort dans la grande que dans la petite histoire. Pouvez-vous nous dire de quoi il s’agit ?

En fait, c’est parti d’un truc assez simple. Il y a quatre ans, à la télévision je m’occupais de l’info et des magazines documentaires au sein du groupe Canal, quand avec notre équipe on a construit une série de documentaires historiques, en appliquant la logique de l’investigation à l’histoire. Et, pour le premier numéro de notre série, on a parlé du débarquement du 6 juin 1940. Et à un moment donné, on a récupéré un document photographique sur lequel il y avait le Général Leclerc qui foulait la plage de Normandie en sortant de la barge, et à sa droite, il y avait un homme.  Et j’ai réalisé que c’était mon grand-père.

Mon grand-père est mort 15 ans avant ma naissance et ma grand-mère nous a juste dit qu’elle et mon grand-père avaient été des résistants de la première heure. Ce que je savais aussi, c’est que leur rencontre s’était faite dans des conditions extrêmement particulières, en 1940, alors que mon grand-père était haut fonctionnaire, diplomate en Chine, et ma grand-mère une jeune fille britannique. Quand mon grand-père a rencontré ma grand-mère, il était déjà marié et avait un enfant. Au-delà de ça, je ne savais rien de leur vie, juste qu’il a débarqué quatre ans plus tard avec le général Leclerc. J’ai toujours été traversé par la question de savoir ce que j’aurais fait à leur place en 1940 ? Je n’avais aucune info car ma grand-mère a brûlé toute sa correspondance avec son mari et parce que mon grand-père est mort. Donc j’ai eu envie de raconter ce qu’aurait pu être leur histoire. Ce qu’a été le destin de cet homme qui a dû faire un choix difficile et un choix qui n’était pas seulement politique.

Ce passage de journaliste à romancier, c’était difficile, c’était nécessaire, ou une libération ?

C’est d’abord un combat. C’est l’Everest (rires). On commence, on se dit que l’objectif c’est d’aller au bout, sauf que cela va prendre trois ans. En plus, c’est un travail d’une immense solitude. Ensuite, il y a un truc que je trouve absolument génial : j’adore raconter des histoires et en tant que journaliste, je l’ai fait souvent pour des documentaires, mais dans la fiction ce qui est extraordinaire c’est qu’on peut pipoter sans aucun problème ! C’est un vrai plaisir et une vraie découverte.

Guy Lagache et Juliette Joste

©Karine Fléjo photographie

Une des forces du roman, c’est d’alterner les deux points de vue de Paul et Margot, les deux héros. Comment faites-vous cet exercice ?

Je l’ai fait intuitivement. Je suis descendu à l’intérieur de moi-même. C’est effrayant car on est seul comme écrivain, alors que dans l’écriture journalistique on n’est jamais seul. J’avais ma femme que je saoulais, à qui je lisais chaque chapitre pour savoir si ça sonnait bien. Mais cela reste très solitaire.

Ce qui est aussi très réussi dans votre livre, c’est la construction, la scénographie, le rythme. Il y a le sens du récit, une maîtrise de l’outil romanesque, qui impressionnent pour un premier roman. D’où cela vient-il ?

A la télé, avec mon équipe à M6, j’ai pris conscience de l’importance de l’histoire. On a raconté des histoires dans nos documentaires et cela m’a beaucoup servi. On avait une vision non-linéaire de la façon de les raconter.

Deuxième chose, c’est une histoire dans laquelle j’avance en reculant tout le temps. Je veux être dans le cerveau de mes personnages. Je me suis amusé à faire des associations d’idées sur la base d’expériences, c’est ce qui m’a guidé. Les récits que j’ai pu faire à la télévision, que ce soit en économie, en histoire, m’ont beaucoup aidé dans la façon de raconter cette histoire-ci.

Guy Lagache

©Karine Fléjo photographie

Pour vous, c’est très important dans ce livre cette question de la conscience, des choix.

Oui. Il y a des périodes dans l’histoire où on fait des choix qui ne sont pas du tout politiques. En mai 1940, quand le gouvernement a décidé de cesser les combats, peu de gens ont décidé de faire de la résistance. Or ceux qui se sont engagés ne se sont pas lancés dans la résistance sur la base d’une analyse politique réfléchie je pense. Ceux qui l’ont fait, avaient un truc en commun : ils ont trouvé une force incroyable, celle d’aller à l’encontre du conformisme et du conservatisme, au risque de tout perdre. Donc Paul a comme choix : j’ai une carrière, je peux gravir les échelons, avoir plus de pouvoir, plus de statut, ou j’entre dans la résistance et quitte ma femme et mon enfant au risque de tout perdre. Que faut-il pour être capable d’être en rupture comme ça ? Je trouve cette question-là passionnante.

S’il y a une histoire d’amour réussie dans ce livre, c’est celle entre la grand-mère et son petit-fils. Pensez-vous que votre grand-mère aurait été fière de ce livre ?

J’espère, ma grand-mère fait partie des gens qui m’ont le plus aimé. Ma thèse était que Margot ressemblait à ma grand-mère : une femme qui en apparence, à la fin de sa vie, est très réservée, loin de la fantaisie, mais qui, dans la période de guerre, est Margot, une femme très rock. Comme s’il y avait un feu sous sa glace.

Une histoire impossible de Guy Lagache

©Karine Fléjo photographie

—> Retrouvez la chronique que j’ai consacrée à Une histoire impossible, en cliquant sur ce lien : article

 

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